Un peu de relâche à Hermosillo
Le 27 septembre 2008 - Gare centrale des bus à Hermosillo, Sonora, Mexico
Avant toute chose, enfin un petit air de Mariachi pour ceux qui veulent connaître le Franck Sinatra du Mexique : Vicente Fernandez
Me voilà donc assis dans le couloir de la gare, à nouveau seul. Rafaël, un personnage de 40 ans haut en couleur par son dynamisme et son humour incessant, vient de me déposer avec son gros SUV à la gare centrale de la ville où il est né. Ma prochaine étape se situe à 6 heures en bus d’ici, à Agua Prieta, à la frontière du Mexique et des Etats-Unis. Je ne sais pas encore où j’irai loger, car mon Lonely Planet n’a pas pris la peine d’énoncer cette petite ville , connue pour ses trafics illégaux. C’est par là que je compte remonter aux Etats-Unis, histoire de reprendre la route pour découvrir ce fameux été indien dans le Montana.
Dans le dernier message, j’énonçais mon épisode à Santa Rosalia. J’ai finalement pris le petit coucou mentionné plus tôt. A l’aéroport, tenu par six militaires qui avaient l’air de se faire chier comme des rats morts (excusez l’expression un peu crûe…) je me suis presque fait arracher le mollet par un sale cabot en allant pisser.
Mais ça ne m’a pas empêché de profiter de ce cours vol de 30 minutes au-dessus de la mer de Cortez, malgré une chaleur étouffante dans cet avion où nous étions 11 au total (pas une place de plus).
L’arrivée au-dessus de la côte de Guaymas était magnifique.
Par contre, je n’ai pas beaucoup eu le temps de profiter d’autres choses de cette ville balnéaire.
Martha, assise à côté de moi dans l’avion, m’a en effet directement proposé de prendre un “camion” (bus public en espagnol) pour nous rendre à la station où l’on trouverait tous les transports pour Hermosillo.
Martha était hyper charmante avec moi. Agée de plus ou moins 50 ans, elle dégageait quelque chose de très lumineux. On a fait tout le trajet ensemble, de Guaymas jusqu’à la Plaza Zaragoza de Hermosillo ( 3 bus différents). A la sortie du bus, avec son sourire apaisant, elle m’a remis discrètement un papier dans la main, en me proposant de le lire plus tard. Une demi-heure plus tard, dans le restaurant “Vips”, j’ai ouvert le papier chiffoné; c’était une page de la Bible …
Deux minutes plus tard, je me retrouvais à nouveau devant mon ordi, à traiter de religion…
Je ne suis pas ravi de ce que j’ai fait à Mulegé, malgré tout le temps que j’y ai passé. Pour avoir la confiance des gens, c’est certain qu’il faut du temps. Mais je n’ai pas l’impression d’avoir été très honnête. Je ne vais pas expliquer maintenant de quoi il s’agit. Mais pour avoir l’aide que je voulais de la part des citoyens, j’ai dû dire que je faisais un film sur tel sujet, alors que ce n’est pas tout à fait ça dont il est question dans le film. Et même à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, je me suis retrouvé à nouveau à débattre sur la finalité du film : montrer ce qui m’a touché, ou parler de qui devait être dénoncé. En final, c’est un peu des deux qu’on trouve dans le film. Mais ça fait alors une espèce de soupe qui montre que je suis un peu perdu je trouve. Enfin, on verra bien ce que ce fameux “public” en dira…
D’ailleurs, j’imagine que les autres müvmédiens sont aussi impatients que moi de connaître les premiers avis du public. C’est vrai que ça fait plus d’un mois qu’on voyage et qu’on fait des films sans vraiment avoir de retour. Seulement quelques avis de la production et du jury (qui est d’ailleurs très vache de temps en temps).
En tout cas, pour ma part, je suis vraiment curieux de connaître l’avis de personnes que je ne connais pas. Histoire de voir si ce qu’on a voulu dire est passé convenablement à travers tous ces circuits informatiques jusqu’au salon de Monsieur ou Madame Tartenpoin…
On verra bien…
Et voilà que je me rends compte que je n’ai même pas parlé de mon cher hôte Rafaël, qui est venu me chercher au resto “Vips” dans son gros SUV.
Dans son profil, il se présentait comme un graphic designer. Quelle surprise dès lors de le voir arriver dans cet énorme tank noir flambant neuf. En fait, c’est en me ramenant chez lui, dans un nouveau quartier encore en construction, qu’il me fait part de sa réelle activité. Il a ouvert il y a dix ans, après avoir trimé ici comme graphic designer et comme pêcheur en Alaska, une taqueria spécialisée dans les tacos de poissons. Le premier ” El pescadito ” était né. Aujourd’hui Rafaël pèse probablement 30 kilos en plus qu’à l’époque (d’après les nombreuses photos qu’il m’a montré), possède quatre restos du même nom, et plusieurs personnes lui proposent d’ouvrir de nouveaux restos dans d’autres villes. En gros, c’est le jackpot depuis dix ans (il a tout de même bossé comme un porc pendant trois ans avant que ça ne fonctionne vraiment bien). Et plusieurs amis et membres de sa famille se sont insérés dans le business.
Le lendemain d’une nuit super douce passée dans son gigantesque sofa, il m’a amené à l’un de ses restos: une taqueria où l’on sent que ça tourne. Plein de monde, serveurs hyper dynamiques, bouffe succulente.
Et tout ça grâce à ce cher graphic designer, qui depuis lors voyage comme un fou à travers le monde, et invite depuis quelques mois plusieurs couchsurfers comme moi dans son salon design (il m’a même montré des photos de sa maison dans un magazine de décoration d’intérieur). D’ailleurs, le deuxième nuit que j’ai passé chez lui, un certain Daniel, Espagnol de 26 ans voyageant depuis trois mois et se rendant à Oakland où il travaille pour un syndicat, est venu partager ma “chambre”.
En gros, ces deux jours passés en compagnie de Rafaël, et de son pote et collègue Hugo m’ont bien changé de l’atmosphère villageoise de Mulegé. Les bières ” Tecate ” offertes et bues chaque soir ont probablement aidé à décompresser …
Et puis cette soirée familiale hier soir pour l’anniversaire d’une de ses cousines m’a permis d’écouter un peu de “ranchera”, country du nord du Mexique, assez kitsch, mais l’ambiance y était.
Daniel l’Espagnol m’a notamment permis de reparler un peu le français (il a effectivement fait son Erasmus en sociologie à Paris). Ce qui fait du bien de temps en temps … Il m’a d’ailleurs dit qu’il avait adoré le Mexique, qu’il traverse depuis deux mois. Ce qui est plutôt bon signe pour la suite du périple (je compte quitter le Mexique un mois pour après y revenir afin de terminer les derniers films).
Par contre, pour revenir à Rafaël, quand je lui ai demandé s’il avait une copine pour partager sa vie, il m’a répondu: ” Ca, c’est une autre histoire…”.











