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Un peu de gentillesse à Agua Prieta

 

Le jeudi 1er octobre 2008,  Agua Prieta, Sonora state, Mexico 

 

Au coin de la rue principale ...

Un magasin au coin de la rue principale ...

 

Il est presque 22 heures. Je suis assis à l’entrée du “Centro de recursos para migrantes”, un centre accueillant les immigrés “capturés” de l’autre côté de la frontière. Mes yeux fatigués cherchent à se fermer, mais j’ai néanmoins encore la motivation à attendre que quelque chose se passe ici. Ou plutôt une rencontre.

En effet, l’idée serait de parler avec un immigré qui puisse me raconter son histoire, encore sous l’émotion. Mais bien entendu, on ne peut rien prévoir.

Adrian et Febe, un couple sur le point de se marier, volontaires au centre accueillant les immigrés ...

Adrian et Febe, un couple sur le point de se marier, volontaires au centre accueillant les immigrés ...

Néanmoins, d’après le carnet de bord tenu par les volontaires travaillant ici, des gens arrivent quasiment chaque jour ici, après plusieurs heures de détention sur le sol des USA. Toutes sortes de personnes: hommes, femmes, enfants. Toutes sortes de gens ayant surtout l’intention de trouver du travail sur cette terre adorée si réputée.

Pas très loin de la frontière ...

Pas très loin de la frontière ...

 

Mais les Border Patrols, et les Minutemen veillent tout le long de la frontière, le long de laquelle une paroi de barres en fer forgé est installée, et rénovée, quand les fonds gouvernementaux veulent bien arriver jusqu’ici.

J’étais paumé en arrivant ici, avec Agua Prieta d’un côté, Douglas de l’autre. Mais au fur et à mesure que je me renseigne sur les problèmes liés à l’immigration et au trafic illégal en tout genre (drogue, humain,…), le lieu se met à me passionner de plus en plus. Le format de trois minutes est ridicule pour énoncer tout ce qui se passe autour de “the fence”. Autant du côté américain que mexicain.D’un côté, on a les routes propres, les grands parkings pour les divers grands magasins, et les innombrables Mexicains ayant eu la possibilité de vivre là, au sein d’Américains ne parlant même pas l’Espagnol. Et puis évidemment un Mac Donald 100 mètres après le poste douanier…

De l’autre côté, on a les junkies américains, s’étant enfuis des Etats-Unis pour des raisons diverses, et souvent drogués jusqu’à l’os.

Derrière le portique, le poste douanier ...

Derrière le portique, le poste douanier ...

Deux femmes ravagées ont tenté de me demander de l’argent; l’une ne pouvait pas payer ses dettes aux USA et vit désormais grâce à la prostitution, une autre n’a même pas été capable de me dire son nom tellement elle est camée à la “piedra”, drogue bon marché mais destructrice (une vendeuse du coin m’a dit que très bientôt, on ne verrait plus cette femme …).

Et au milieu un poste douanier où plusieurs centaines de personnes passent chaque jour pour aller à l’école ou travailler sur le sol des Etats-Unis.

 

 

Mais autour de cet univers, que reste-t-il? 

100 000 Mexicains habitant bien sagement sur une terre qu’ils n’ont pas spécialement envie de quitter. Et parmi ces Mexicains bien sympathiques, des familles mexicaines. 

D’ailleurs, je suis accueilli dans l’une d’entre elles maintenant. 

Daniel V.et Estella m’ont accueilli hier et m’ont gentillement dit en entrant dans leur maison en construction : “mi casa e tu casa”. Aucune traduction n’est nécessaire pour comprendre leurs regards et leurs gestes accompagnant leurs paroles.

Je les ai rencontrés via leurs amis Daniel R. et Mati, qui m’ont eux aussi accueilli, avec leurs 4 enfants, les deux jours précédents. Un foyer où j’étais épaté de voir l’amour que le timide Daniel R. portait à sa femme et ses enfants.

 

Les deux Daniel, Estella, Mati, el chiquito Daniel et Yasmine ...

Les deux Daniel, Estella, Mati, el chiquito Daniel et Yasmine ...

 

Mais comment es-tu arrivé dans ce patelin, à dormir dans cette maison familiale, alors qu’il n’y avait aucun article dans le Lonely Planet, et seulement une “couchsurfeuse” dans cette ville nullement touristique?

Très simple. Je voulais faire un film le long de la frontière. J’ai choisi cette ville car j’avais un rendez-vous à Douglas avec une personne dont vous découvrirez l’identité dans quelques semaines. Et n’ayant aucune info sur Agua Prieta, j’ai fait comme tout bon internaute du 21ème siècle, une recherche sur Google.

Là, PAF! Je tombe sur un site en espagnol qui me vante les mérites de la ville.

 

Pour l'étape 6, sur un trottoir mexicain ...

Pour l'étape 6, sur un trottoir mexicain ...

 

 

N’ayant pas d’autres choix que d’envoyer un message à ce site qui me paraît être le site officiel de cette cité frontalière, j’écris mes volontés diverses : je cherche quelqu’un qui connaît des gens liés à l’immigration, je cherche quelqu’un qui peut m’aider à traduire des interviews en Espagnol, je cherche un logement pas cher,…

Deux jours après, un certain Daniel R. me répond en Anglais. Il me dit qu’il peut peut-être m’aider, et que si je n’ai pas trouvé de logement avant d’arriver ici, je pourrais dormir chez lui (j’attendais en effet une réponse de Leisha, la seule couchsurfeuse du coin, qui s’est avérée par la suite absente depuis trois mois).

Je le préviens que j’arrive vendredi. Finalement samedi soir je me pointe après 6 heures de bus en ville (Hermosillo-Agua Prieta). Arrivé à 22 heures à la gare des bus, avec un jour de retard, et n’ayant aucun numéro de téléphone, me voilà dans une auberge dégueulasse en face de la gare, où les gérants se matent un film de cul.

Après une nuit plutôt tranquille (il fait beaucoup moins chaud ici qu’à Hermosillo), je cherche un café internet, pour savoir si Daniel R. m’a éventuellement répondu. Pas de bol, le dimanche, les services internet n’ouvrent que vers 14h, en tout cas dans le quartier industriel où je me trouve.

 N’ayant absolument pas l’intention d’attendre comme un con avec toutes mes affaires (ben oui, à l’auberge des films de cul, je ne pouvais pas laisser mes affaires car la proprio désagréable au possible n’avait pas du tout l’intention d’aider qui que ce soit ce jour-là), je vais dans le centre de la ville me disant que je vais bien rencontrer quelqu’un pouvant m’aider. Là, dans le premier magasin que je trouve, je demande où je peux trouver un accès internet; ne sachant pas trop où me guider, la vendeuse me propose de jeter un coup d’oeil sur son ordi. Et bingo, en 2 minutes, je découvre un message de Daniel qui me confirme que je peux dormir chez lui. A la fin du message, son numéro de téléphone…

Je l’appelle. On se donne rendez-vous dans une glacerie ouverte au coin de la place centrale de la ville. Après une heure d’attente, alors qu’il m’avait dit qu’il arrivait dans 15 minutes, me voilà serrer la main de ce charmant moustachu.

Sur le chemin, je lui demande s’il travaille pour la Ville ou quelque chose comme ça. Car le site internet par lequel nous nous sommes virtuellement rencontrés avait l’air de venir d’une administration.

“Non, non. C’est moi tout seul qui ait fait le site. Je suis informaticien. Et pour promouvoir ma ville, j’ai fait un site durant mes temps libres …”

Donc, tout ça pour vous dire mes amis (qui devez avoir aussi les yeux fatigués que moi après avoir lu tout ceci), que je suis aidé depuis 4 jours par Daniel R. et Daniel V., qui n’ont rien à voir avec l’administration, ni avec quoi que ce soit des services d’immigration, et n’ayant encore moins de rapport avec l’audiovisuel.

Juste un peu de gentillesse, un peu d’attention pour un petit gringo faisant des films en voyageant.

 

Yasmine, au restaurant chinois où on ne trouve aucun Chinois ...

Yasmine, au restaurant chinois où on ne trouve aucun Chinois ...

 

Et d’ailleurs, malgré le fait que je n’ai toujours pas rencontré d’immigrants jusqu’ici, j’ai tout de même une interview du tonnerre, qui à mon avis va plutôt plaire…

Je ne vous en dis pas plus les cocos.

Hasta la proxima!

 

Seb

Etape 2 - Reno, Nevada, USA

31 Août 2008 - Reno, Nevada, USA.

Back to Reno!

Avant toute chose, avec un jour de retard, j’aimerais souhaiter un joyeux anniversaire à mon petit frère qui fête tout de même ces 20 ans. Gaël, j’espère que tu auras fêté ça comme un chef !

Sur la route vers Black Rock City, dans le van VW de Dianne, je finis le montage du premier film ...

Ensuite, parlons un peu de cette semaine exaltante que je viens de passer. Je viens d’arriver à Reno, après avoir fait du stop. Mon pote Bob, chez qui j’avais terminé d’uploader le premier film m’accueille à nouveau pour envoyer le deuxième. Je suis donc à nouveau dans un univers adéquat pour écrire quelques mots.

Je sors en effet de Black Rock City, la ville créée à l’occasion du Burning Man Festival qui s’est passé cette semaine au milieu du Black Rock desert.

Sur le lieu de tournage du deuxième film ...

Ambiance tout d’abord poussiéreuse puisque les 44 000 participants ont dû subir lundi et samedi passés une tempête de “poussières”, où à certains moments la visibilité se limitait à quelques mètres. Ambiance apocalyptique; c’est à ces moments-là que mon objectif était le plus souvent tenté d’ouvrir son oeil. Ma caméra et mon appareil photo ont beaucoup souffert. Mais ils devraient encore tenir le coup si je ne me mets plus dans des situations aussi risquées.

Now, I'm a real Burner, man !

Mais qu'est ce que je fous ici ?

Mais le Burning Man Festival, ce n’est pas seulement un regroupement de gens prêts à affronter les rudes conditions du désert. C’est avant tout un évènement visant à remettre en question les relations sociales qui tentent à se dégrader dans notre société capitaliste et consommatrice à outrance. A travers la liberté d’expression, les participants du festival sont les acteurs du rassemblement.

Tout d’abord, il faut prendre en compte les trois lieux principaux:

- La Playa: pleine aride de plusieurs kilomètres de long sur laquelle des installations artistiques, le Temple et “The man” sont installés.

- L’Esplanade: demi arc de cercle autour de la Playa. C’est là qu’on trouve les principales scènes, piste de danses et bars.

- Le Camping : au-delà de l’Esplanade, tous les campings cars, tentes,… sont installés et peuvent accueillir n’importe quel personne pour un atelier, débats,… créés bien à l’avance où à l’arraché.

Pour aller d’un lieu à l’autre, de multiples voitures, chars, podiums mouvants, etc…, accueillent n’importe qui voulant être bercés par des rythmes électroniques divers.

Chacun vient avec sa bouffe, ses boissons, sa musique, ses oeuvres d’art,… Et ensuite on partage tout! C’est-à-dire que pendant une semaine, quasi aucune monnaie ne circule au sein de ce site gigantesque (un type m’a dit que visiter tout le site du festival reviendrait à se taper 120 miles !). Seul des glaçons et du café au “Center Camp” sont mis en vente. Le reste n’est qu’histoire de troc. Et le pire, c’est que ça fonctionne.

Alors imaginez un instant, des gens de tout horizon (j’ai rencontré des Japonais, des Russes, des Israéliens, des Autrichiens, des Anglais, des Australiens, des Italiens, des Français, des Irlandais), ayant tous un intérêt à découvrir des oeuvres d’art exposés majoritairement sur la “Playa”, étant ouvert à communiquer sans les barrières imposées par nos conditions sociales et voulant s’exprimer le plus librement possible. Qu’est ce que ça donne? Une multitude d’univers différents, de cocktails éclatants, de danses tonitruantes, de pétages de gueules foudroyants, de méditation relaxantes, d’émotions intenses. Le tout autour d’une sculpture monumentale représentant un homme debout sur une tour, que l’on brûle à la fin de cette semaine exubérante.

Quelques minutes avant de brûler "The Man" ...

Quelques minutes après avoir brûlé "The Man" ...

J’avoue n’avoir jamais vécu un évènement aussi riche. Bien entendu, ça a ses côtés négatifs. L’alcool est disponible à volonté, les drogues circulent comme dans un moulin, le sexe n’a pas de limites… Mais tout dépend de comment on veut vivre cette semaine où tout est permis. Les premiers jours, j’avoue avoir un peu déconné, en me laissant vivre le long de “l’Esplanade” où les principaux bars et pistes de danse fabriqués par les participants sont disposés” Discussions diverses, mouvements du corps sur des musiques techno plutôt violentes, quelques cocktails de trop. Les réveils étaient plutôt costauds. Mais le lendemain, tu te reprends en main et tu décides que tu vas plutôt te balader sur la Playa, pour découvrir les oeuvres d’art soigneusement éclairées, à la recherche de moments solitaires, ou à la rencontre d’autres personnes souhaitant se poser à l’abri de l’ambiance festive qui tourne autour de l’Esplanade.

Certains diront : “Ouais, encore un de ces foutus festivals de hippies et de junkies! “. Mmmouais, pas sûr. Car ici, tout est ouvert, que tu sois ingénieur, sculpteur, jongleur ou avocat, aucun a priori n’est percevable. Il n’y a pas de communautarisme, ou de rejet complet de la société. D’ailleurs, pour que les classes sociales soient peu perceptibles, tout le monde est déguisé, pendant toute la semaine. Imaginez donc plusieurs milliers de personnes, au milieu du désert, tous déguisés, avec le sourire aux lèvre toute la journée. S’est-t-il pas beau la vie?

Vanessa et John, rencontrés à Vancouver et avec qui j'ai pu camper et passer plusieurs soirées ...

Bon, voilà donc en quelques mots la description de ce festival où je viens de passer une semaine. Je pourrais encore déballer plein d’anecdotes sur les différents moments vécus et personnes rencontrées. Mais je commence à être naze. Je vous promet que je serai désormais plus présent pour narrer mes mésaventures.

D’ailleurs, pour ceux qui veulent déjà un peu savoir les plans qui suivent, je dois me rendre à San Francisco dans les quelques jours. Avant ça, quelques heures de montage en perspective…

 

Beth and her girlfriend ...

Beth and her girlfriend ...

 

En vous souhaitant le meilleur à tous,

Hasta la proxima les gringos!

Seb

 

PS : encore une petite photo, prise par Manju le dernier soir au festival. Vielen Danke !

 

Photo prise 30 secondes après avoir rencontré mon sosie ...

Photo prise 30 secondes après avoir rencontré mon sosie ...