L’Amérique instable ?
Le samedi 11 octobre 2008 - dans les alentours de Jackson, Wyoming
Avant de commencer à lire ce long texte, un petit morceau à se mettre dans les oreilles. Je vous préviens, c’est assez mélancolique, mais ça va tellement bien avec le texte : Sigur Ros - ” Ara Batur “
Quelqu’un était-il au courant que Jackson est une des stations de ski les plus réputées au monde ? La qualité de la neige, d’après ce qui est dit dans le coin, est exceptionnelle, et les hors pistes fabuleux. Dommage que j’y suis arrivé en automne.
Néanmoins, j’ai tout de même la chance de vivre les première tombées de flocons sur la ville qui compte plus ou moins 8000 habitants. Youhou !
Et oui, que de changements depuis mon séjour à Salt Lake City. Je suis bien arrivé il y a 4 jours à Jackson, après avoir pris 4 bus et vans différents depuis Douglas. Cette petite bourgade assez huppée a des côtés très charmants. Toutes les décorations sont signées d’une couleur Far-West, et chaque coin de rue est extrêmement paisible.
Mais pour me ramener ici, il a tout de même fallu me taper plus ou moins 30 heures de voyage. Paysages splendides, des déserts de l’Utah, aux plaines de l’Idaho, jusqu’aux montagnes de Jackson (l’arrivée dans la ville , avec en arrière-fond ” the Great Tetons ” fait rêver tous les touristes grimpeurs, surfeurs et skieurs venant des 4 coins du pays).
Ma principale motivation de venir ici vient du fait que je suis à côté du Yellowstone Park, un endroit que j’avais visité avec mes parents il y a 18 ans. Du coup, j’avais envie de voir cet endroit à travers mes propres yeux.
Mais je voulais aussi passer du bon temps, faire du vélo et un peu me promener, histoire d’un peu décompresser de cette semaine où je me suis cassé la tête pour le montage de ce film à la frontière. D’ailleurs, j’ai très vite filmé, histoire de prendre un peu d’avance.
Mais comme d’habitude, le sort en a voulu autrement. A peine arrivé à Jackson, je me suis enfermé dans une horrible auberge sans fenêtre. Histoire de faire mon montage au plus vite et profiter de mon séjour ici. Du coup, pendant qu’il faisait superbe à l’extérieur, je suis resté à l’intérieur à me plonger dans ce docu que je comptais finir illico presto. Mais le problème, quand tu te mets au travail à l’avance, c’est que tu prends beaucoup plus de temps à fignoler ton travail. Du coup, j’ai pris 4 jours à terminer ce film, qui ne parle finalement pas de grand chose. Youpie !
Et puis entre temps, il s’est mis à neiger, Du coup, le vélo à la montagne, ce sera une prochaine fois…
Par contre, après deux jours à l’auberge, je me suis tout de même trouvé un couchsurfer nommé Jeffrey. Charpentier du Wisconsin, habitant depuis plus d’un an dans le coin, on s’est donné rendez-vous à une dégustation de vins et bières jeudi soir. Parfait pour décompresser. Et puis l’alcool aidant, Jeffrey m’a proposé de continuer la soirée dans une grande brasserie. Et là, quelle surprise de découvrir que même au fin fond des States, on fête l “Oktoberfest” !
Servi par des charmantes demoiselles habillées avec des tenues bavaroises typiques, nous nous sommes mis à cuver comme des bons Schleus ! Faut dire que l’ambiance y était : plein de jeunes bourrées, à faire “Santé Santé” toutes les 5 minutes, et plein de jeunes filles ouvertes à la discussion. Ben oui, que voulez-vous, ça intrigue fort un Belge qui voyage et fait des films en même temps. Néanmoins, Jeffrey et moi sommes rentrés bredouilles, mais bourrés, dans sa grosse jeep.
Et là, nouvelle surprise en arrivant chez lui après 15 minutes de route derrière la bagnole des flics : Jeffrey habite dans une cabane au milieu des collines. Se chauffant principalement au bois, Jeffrey loue cet habitat tout fait de troncs depuis son arrivée dans la région.
Que de bonheur dès lors en découvrant au réveil la nature sauvage orangée des environs.
Par contre, quelques souvenirs alcooliques nous laisse un peu dans le gaz toute la journée. Surtout pour Jeffrey qui, du haut de ces 42 ans, aura plus de mal que moi à se remettre d’aplomb (un vendredi entre internet et le divan, c’est pas le genre de journée dont on désire se souvenir très longtemps).
En fait, ça m’attristait un peu de le voir dans cet état-là. Jeffrey en effet a une fiancée depuis quelques années nommées Barbara (d’ailleurs, sur le site de couchsurfing, ils se présentaient ensemble). Mais partie depuis plus de 6 semaines dans le Minnesota pour étudier pendant un an, Jeffrey m’en parle sans arrêt avec beaucoup de mélancolie. Solitaire aimant la nature et les grands espaces, il n’a pas voulu la suivre à Minneapolis. La vie de couple n’a rien d’évident …
Hier en fin d’après-midi, nous nous sommes promenés le long d’un sentier. Détendus par l’air frais et la beauté de la nature, nous nous sommes parlés de nos différentes histoires de coeur, nos peines et nos désirs. Ca faisait un peu les feux de l’amour, mais en même temps, se livrer à un inconnu fait beaucoup de bien en fait. Et puis, puisqu’on en vient à parler de relations, je citais ci-dessus qu’un Belge se promenant avec une caméra peut parfois attirer pas mal de monde…Je ne parlerai de mes rencontres amoureuses du périple, mais ce que je pense, c’est qu’effectivement, la rencontre avec l’inconnu peut être fort intrigante, excitante.
Mais en fin de compte, quoi qu’il arrive, on termine toujours par se séparer, et se retrouver à nouveau seul. L’aventurier nomade a donc quelque chose de très fascinant pour ceux qui travaillent sur place et ne peuvent se déplacer. Mais le nomade est aussi quelqu’un qui n’a que son sac sur lui, des belles paroles, des beaux regards, mais à côté de ça pas grand chose de très stable.
Et c’est ce qui fait qu’en tant que voyageur, nous vivons une sorte de position à la fois très enviée, et à la fois redoutée. Car la solitude est un sentiment que personne ne désire au fond de soi. C’est pourquoi, ça m’a attristé de voir Jeffrey avec sa gueule de bois, tout seul, couché dans son fauteuil alors que je continuais à monter comme un imbécile…
Et cette réflexion m’amène aussi à un autre point intriguant. A la brasserie, lors de palabres embourbés d’alcool, je me suis rendu compte qu’il n’y avait quasiment aucune personne venant de Jackson même. Tous des gens s’étant déplacés pour venir y travailler, le temps d’une saison, ou même plus longtemps, tel que Jeffrey.
Certains diront que c’est normal dans une ville touristique comme Jackson. Oui, mais le souci, c’est que dans tous les endroits où je suis passé aux Etats-Unis, je ne rencontre que des gens qui ont bougé de chez eux, chacun à la recherche d’une meilleure situation.
Ce n’est donc pas une légende quand on dit que toute famille américaine déménage plus ou moins 5 fois dans sa vie. Et, pour revenir sur le fait de voyager, je crois que le plus grand problème dans le fait de vivre dans une société en perpétuelle mouvance, à la recherche sans cesse d’une vie meilleure, c’est que finalement tu n’es entouré que de gens “instables”, n’étant pas attaché à une culture liée à la terre. Et quand tu sais que tu risques de ne pas rester dans tel ou tel endroit, tu prends probablement moins le temps à te familiariser avec les gens autour de toi. Bien sûr, ce que je dis là n’est qu’impression, et ne peut être considéré comme une vérité absolue.
Néanmoins, quand j’ai demandé à Jeffrey s’il avait des potes dans le coin, il m’a répondu qu’il connaissait des gens, mais il n’a aucun lien d’amitié avec qui que ce soit.
” Et tes voisins, tu ne vas pas de temps en temps les voir ? Ceux qui habitent là-bas au fond de ton jardin …”
” Ca fait plus d’un an que je suis ici, et je n’ai jamais été leur parler …”
” Et tes amis du Wisconsin?
” Tout le monde a bougé, nous ne nous voyons plus…”
Pour finir cette déduction qui témoigne d’un aspect fort triste de la société américaine ( de nouveau, je tiens à préciser que ce n’est qu’un avis découlant de mes observations de nomade instable), j’aimerais parler de ce cher site de couchsurfing. Comme tous mes camarades de Müvmédia, je profite à fond de ce site qui est une invention incroyable. Par contre, ce qui est indéniable, c’est que parfois, on tombe sur des gens qui sont très seuls, et qui accueillent en fait pour pouvoir être écouté…
En conclusion, j’en viens à une interrogation : Y a-t-il quelqu’un qui sait combien de couchsurfers y a-t-il dans le monde? Et combien d’entre eux sont-ils des Etats-Unis?
Ouhhh, je crois qu’on a un débat là …
























