Chance et malchance au sein du Yellowstone Park

Le 14 octobre 2008 - Madison, entre Old Faithfull et West Yellowstone, Wyoming, USA

Comme à ses habitudes, le voyage se déroule à nouveau de manière assez inattendue. Couché sur un lit-fauteuil dépliable, je me permets d’écrire quelques mots pendant le téléchargement de musiques que Nicole et Joe m’ont proposés. Voilà un morceau illustrant bien mon état actuel : John Butler Trio

Je suis au sein du Yellowstone National Park, reconnu pour avoir un environnement exceptionnel au nord-ouest du Wyoming. Le parc est en fait un gigantesque volcan en activité, dans lequel on trouve toutes sortes d’endroits reflétants l’activité volcanique souterraine : geysers, bains à bulles bouillants, émanations de fumées aux odeurs de souffre,…

D’après de multiples études géologiques, des chercheurs sont arrivés à la conclusion que si une irruption venait à apparaître, tout l’état serait réduit à néant. Mais le plus important, c’est que les cendres rejetées dans l’atmosphère serait d’une telle proportion qu’elles provoqueraient un changement radical dans les climats du monde entier. On parle d’une nouvelle ère glaciaire…

Mais soyons rassurés, ce genre d’éruption n’est apparu que trois fois depuis 50 millions d’années. Les risques étant trop faibles à mon goût, j’ai décidé de ne pas y consacrer 3′30” de film…

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos bisons puisque ce sont eux qui me font déplacer depuis deux jours tout cet attirail qui commence à me peser sur les épaules. Ayant quitté hier Jackson vers trois heures de l’après-midi pour me rendre à West Yellowstone, premier patelin du Montana à la sortie du parc, mon idée principale était de rencontrer assez rapidement des personnes connaissant la problématique des bisons du site. Je ne raconterai pas ici l’issue de ces fameux bisons, mais l’idée m’a été soufflée par Jeffrey, mon hôte de Jackson, alors qu’on sillonnait quelques plaines du Teton National Park à la recherche de chasseurs qui auraient pu être intéressants à suivre.

A la recherche de nos fameux chasseurs ...

A la recherche de nos fameux chasseurs ...

Après avoir passé 4 nuits fort agréables chez Jeffrey, je me suis posé à la sortie nord de Jackson, pour faire du stop vers West Yellowstone. Effectivement, aucun bus public ne peut m’y rendre. Ayant pas mal de temps libre avant la remise du film, je me dis pourquoi pas tenter l’expérience. En plus, la région est splendide et il fait superbe.

Par contre, je ne m’étais pas bien rendu compte du terrains sur lequel je m’aventurais…

Vers le milieu de l’après-midi, je me mets donc à faire du stop. En peu de temps, Nadine m’invite à partager son chemin jusqu’à Flagg Ranch, à plus ou moins 80 kilomètres de là, le patelin où elle habite pour le moment, à l’entrée du parc.

- ” De là, tu trouveras probablement quelqu’un qui te prendra pour la suite de ton trajet…enfin j’espère, car on y sera vers 16h30, une heure où le trafic est rarement le plus abondant dans ce coin-là, surtout à cette période de l’année “.

Les fameux " Tetons " ...

Les fameux " Tetons " ...

Après une heure et demi environ de sillonnements sur ces routes solitaires qui me permettent enfin d’admirer les fameux  ” Tetons “, Nadine me dépose le long de la route, à côté du Resort qu’elle entretient durant l’hiver quand les touristes ne sont pas là (genre ” Shining “, mais pour un hôtel bien plus petit). Elle me dit que si dans une heure et demi personne ne m’a pris, je devrai probablement camper à un kilomètres de la route, sur un site de camping. Vaste blague, me dis-je, pas question que je dorme dehors sous ce froid de canard (du genre 4-5 degrés celsius la journée, 0 degré la nuit). 

A Flagg Ranch, près à faire du stop comme un chef ...

A Flagg Ranch, près à faire du stop comme un chef ...

Mais cette motivation à trouver une voiture me permettant de traverser le parc en début de soirée s’atténue petit à petit. Après le passage d’une quinzaine de voitures qui accéléraient à chaque fois qu’elles passaient à ma hauteur, déprimé, je remets mes affaires sur mes épaules et me dirige vers ce fameux camping, en me disant que je ne vais pas fermer l’oeil tellement il va faire froid. Sur le chemin, je croise le fiancé de Nadine, Thomas, qui arrête son véhicule à ma hauteur et me propose un lift jusqu’au camping. J’essaye, avec délicatesse, de le convaincre de me trouver un endroit au sec, à l’intérieur (du genre chez eux, en fait). Mais rien n’y fait, il me dit qu’il peut éventuellement me prêter une couverture supplémentaire. Arrivé au camping, suivant les conseils de sa bien-aimée (ils vont se marier dans une semaine à las Vegas),il me remets du bois sec pour faire un feu, et me promets de repasser pour me donner une couverture et un repas pour ce soir. 

Cool, cool, car il me reste seulement deux energy bars et un sachet de fruits secs.

En partant, il me dit qu’il faut que je fasse tout de même gaffe, car il y a pas mal d’ours dans le coin…

Sous une température descendant au fur et à mesure que le soleil se couche, j’installe rapidement ma tente le long d’un cours d’eau relaxant, au sein d’une nature à nouveau fascinante. Pour ceux qui connaissent ces deux films, je me sens un peu entre ” Into the wild ” et ” Grizzly man “. Par contre, j’espère que mon séjour dans cette nature sauvage ne se terminera pas de la même manière que les deux héros de ces longs-métrages que je conseille vivement à tout le monde.

Plus tard, alors que j’essaye désespérément d’allumer ce feu (pas évident quand il y de la neige dans le “fire spot” ), Thomas revient me saluer. Dans ses mains, un sac de couchage et un Tupperware tiède. Le pied !

Un peu de chaleur sous la pleine lune ...

Un peu de chaleur sous la pleine lune ...

Plus tard, sous la lune pleine, au bord du feu, je savoure ce porc aux herbes entourés de patates sautées. Et, après avoir placé toute la bouffe, dentifrice et savon dans le ” bear box ” (sorte de caisse métallique dans lequel il est vivement conseillé de mettre tout ce qui pourrait attiser l’appétit d’un ours), je fermerai ensuite mes yeux sous la tente, après avoir regardé la fin de ce fameux classique ” For a few dollars more ” (et oui, nos portables ne servent pas seulement à faire du montage). Clint Eastwood a tout de même une sacrée allure dans ce célèbre Western Spaghetti.

Le lendemain, lever vers 8h30 du matin. Il fait caillant, mais j’ai passé une super nuit sous mes deux sacs de couchage. J’emballe rapidement tout mon attirail, après le passage d’un ranger qui me demande si tout va bien.

Dans le bear box, je laisse le sac de couchage qui m’a permis de survivre dans cet environnement magnifique et hostile à la fois. 

Vers dix heures, je me retrouve à nouveau le long de cette route perdue. Motivé à trouver un véhicule qui va me permettre de me rendre enfin à West Yellowstone, je tiens ma pancarte fièrement.

Après deux heures et demi d’attente le long de cette route tranquille (une quarantaine de voitures sont passées devant moi), je suis près à me placer de l’autre côté de la route pour retourner vers Jackson tellement je suis dégoûté, révolté. Ai-je l’air vraiment d’un voyou? D’un clochard ? Comment les gens peuvent-ils laisser quelqu’un seul dans le froid comme ça ? Et en plus, vous imaginez bien que ce ne sont pas des Mini et des Twingo qu’on croise dans le coin.

Rien que des SUV, des pick-ups, et des caravanes. En gros des véhicules où on peut à chaque fois mettre au moins 3 auto-stoppeurs. Je trouve ça scandaleux. La peur de l’auto-stoppeur est stupéfiante dans le coin. Ca me fait penser que déjà à Jackson, je m’étais rendu compte de cette réalité. Le deuxième jour de mon arrivée, avant de rencontrer Jeffrey, une jeune fille nommée Lindsey m’avait proposé avec enthousiasme de m’emmener à la fin de la semaine jusqu’à Red Lodge, au Montana.

Un jour avant le départ, je l’appelle.

- ” Oh, Sébastien, je suis désolé, mais ce ne sera finalement pas possible. Je n’ai en effet jamais pris d’auto-stoppeur de ma vie. Ca va me stresser de passer 5 heures en voiture avec quelqu’un que je ne connais pas. Encore franchement désolé ”

Déjà à ce moment-là, ça m’avait vraiment stupéfait. Cette jeune fille de 27 ans, qui a voyagé seule en Chine, et qui semblait super motivée à me prendre, a tout à coup  changé d’opinion. Ma barbe hirsute a peut-être quelque chose d’effrayant, mais tout de même…Le lendemain, elle m’a écri un message pour me dire qu’en fait ce sont ses parents et son petit ami qui l’ont convaincu que ce n’était pas une bonne idée de prendre un étranger… 

Revenons à nos moutons.

Malgré toute cette malchance depuis deux jours, une voiture s’arrête finalement. 

” On peut te déposer à Old Faithfull. Là tu trouveras sans problème quelqu’un pour t’amener jusqu’à West Yellowstone”

Youhou ! John et Catherine, avec leurs deux mini-chiens affreux, me balancent dans leur truck et s’arrêtent à chaque endroit touristique du parc pour que j’ai l’occasion de profiter de cet environnement exceptionnel.

Un des affreux petits chiens ...

Un des affreux petits chiens ...

John travaille pour une compagnie qui extrait du gaz. Il paraît que dans le coin, c’est la plus grande ressource de gaz au monde. Si j’avais eu le temps, je me serais bien plus intéressé à ces aventuriers du gaz qui risquent leur vie pour extraire cette ressource qui permet à chacun de se chauffer et de s’alimenter en électricité. une prochaine fois peut-être. Ils m’apprennent notamment que certains endroits ici, appelés les Continental Divide, sont des points précis où d’un côté les rivières coulent vers l’océan atlantique, et de l’autre côté vers l’océan pacifique.

Sur un des " Continental divide " ...

Sur un des " Continental divide " ...

Enfin bon, en gros, le lieu où je suis révèle un environnement tout à fait particulier. Je ne vais pas étaler mes faibles connaissances dans ce blog. Pour ceux que ça intéresse, aller voir plutôt ce site : www.nps.gov/yell/

A Old Faithfull ...

A Old Faithfull ...

Quelques bisons à Old Faithfull ...

Quelques bisons à Old Faithfull ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vers deux heures et demi, ils me déposent finalement à Old Faithfull, un des villages touristiques où on peut admirer ces fameux geysers, au sein d’une flore et faune exceptionnelles (cerfs, bisons,…).

 

Les geysers au loin ...

Les geysers au loin ...

Après avoir mangé un bon double bacon cheeseburger au fast-food du Snowlodge, et avoir filmé quelques plans, je me retrouve à nouveau à faire du stop. Une minute plus tard, me voilà dans la voiture de Nicole, qui fait visiter le coin à sa maman Karin. Nicole et son copain Joe travaillent dans le parc depuis six mois.

Sur la route vers Madison ...

Sur la route vers Madison ...

 

Ils sont saisonniers, comme beaucoup de monde travaillant pour le parc. après une heure de voiture, on arrive à Madison, dernier patelin du parc avant West Yellowstone. Nicole me propose de venir chez elle avant de refaire du stop, histoire de me débarbouiller un petit coup. J’en profite pour leur dire que je ne sais pas encore où je vais loger à West Yellowstone, car j’attends toujours une réponse d’une couchsurfeuse sur place. Après un petit coup rapido sur internet au bureau de Joe, je me rends compte qu’elle n’a toujours pas répondu à mon message.

” Tu peux rester chez nous si tu veux. Demain, on doit passer par West Yellowstone pour déposer la maman de Nicole qui doit prendre son avion.Elle retourne à San Diego ” me répond Joe.

 

Comment se fait-il que j’ai autant de chance ? Impossible de refuser cette offre, c’est avec grand plaisir que je passe la soirée avec ces trois nouvelles personnes qui me parlent de leur occupation: 

- Joe, 25 ans, est biologiste environnementaliste. Il s’est occupé de prélever des échantillons au sein du parc pour étudier les cycles de certains éléments naturels.

- Nicole, 23 ans, est biologiste. Elle s’est plutôt occupée de tout ce qui est assistance médicale dans le parc.

- Karin, la maman de Nicole, est hôtesse de l’air pour le vol entre San Diego et Las Vegas. Travaillant à mi-temps, elle travaille notamment dans un salon de coiffure à San Diego.

Après avoir mangé une pizza à  West Yellowstone (situé à 25 minutes d’où ils sont), c’est sur un confortable lit-fauteuil que je passerai la nuit, dans leur petite maison qu’ils quittent dans deux jours. La saison est en effet terminée. Heureusement que je ne suis pas arrivé une semaine plus tard…

 

Juste avant le départ de Karin ...

Juste avant le départ de Karin ...

4 commentaires

  1. Caro | octobre 15, 2008 @ 16:29

    Hello seb!
    Quel plaisir de te lire, de voir ton travail! Je fais le tour de l’Amérique depuis  Bruxelles et mon pc… le monde me parait encore plus vaste à travers toutes tes histoires fabulatoires et tes yeux grands ouverts.
    Tout ça te ressemble plus que jamais, continue comme ça,  puisque rien n’est jamais rose ni blanc ni noir.
    Tu seras champion, on le sait bien!
    Bravo et courage et tout et tout et tout,
    Grosses Bises,
    Caro

  2. Jeff kloppenburg | octobre 16, 2008 @ 23:56

    Hey Sebastien,
    Glad to see you made it to Yellowstone. Nice choice on the stocking cap.
    Hope all is well. Keep up the hard work.  Can’t wait to see your next movie on Sunday : )
    Glad to have met you & share your experience.
    Pace,
    Jeff

  3. JB | octobre 18, 2008 @ 16:22

    rhaaaa qu est-ce que j envie ton sens social, qui suinte de toutes les pores de ton blog !

  4. BIG BOSS | avril 1, 2009 @ 12:24

    MERCI POUR TON VOYAGE QUE TU RACONTES SI BIEN,
    JE VAIS RÉGULIÈREMENT DANS LE WYOMING,
    ET J’Y RETOURNE EN JUILLET 2009.
    JE SUIS DU NORD DE LA FRANCE,
    AU BORD DE LA FRONTIERE AVEC LA BELGIQUE,
    MAIS JE NE ME SENT PAS CHEZ MOI EN FRANCE,
    JE SUIS NÉ SUR LE MAUVAIS CONTINENT.
    http://bigbosswyoming.skyrock.com/
    ENCORE MERCI A TOI.
    BIG BOSS.

Suivre ses commentaires pour RSS

Ecrivez un commentaire !

Nom : (obligatoire)

Courriel : (obligatoire et confidentiel)

Website:

Commentaire :