L’imprévu Salt Lake City …
Le mardi 7 octobre 2008 - Sur la route vers Jackson, Wyoming, USA
Un morceau bien pêchu pour commencer (ça m’aide à placer les photos plus rapidement ….)
A nouveau dans un des ces fameux bus Greyhound. J’aurais déjà dû être à ma destination finale, Jackson - Wyoming, depuis 5 heures ce matin. Mais la providence en a voulu autrement.
L’idée était de foncer dans le Nord, d’une traite. Une destination plus ou moins prise au hasard, dans le fin fond de cet état que j’ai visité avec mes parents quand j’avais 9 ans.
Mais après 24 heures de voyage depuis Douglas, cette transition d’une heure à Salt Lake City s’est avérée s’allonger en une agréable petite nuit chez Ty.
Je m’explique. Après près de sept semaines de voyage, chacun d’ente nous a probablement développé certains automatismes. Pour ma part, à chaque fois que je suis dans un endroit public, j’essaye soit de recharger mon ordi, soit mes batteries de caméra. Très bon plan, me direz-vous. Mais le souci, c’est quand on oublie cette énergie vitale pour tout vidéaste itinérant sur le mur de la gare et que vous vous retrouvez depuis 5 minutes sur la route…
- ” Oh excusez-moi, je crains avoir oublié quelque chose de très important à la gare. Peut-on vite faire un petit retour à la gare ? “, dis-je d’une petite voix fluette et discrète.
- ” Je suis fixé sur un horaire mon petit gars ” me répond le chauffeur appuyant encore plus fort sur le champignon.
- ” Bon, ben je crois que vous allez devoir me laisser là “.
Déposé sur le coin d’un trottoir, me voilà disposé à retourner à la gare des bus, alors qu’un chauffeur peut agréable me certifie que mon bagage dans la remorque derrière le van (pas besoin d’un grand bus, car peu de gens se rendent à Idaho Falls, ma prochaine transition) ne risque rien en restant à la prochaine gare.
Après un kilomètre de marche dans la célèbre ville des Mormons, je retrouve avec joie mon rechargeur toujours branché au mur. Par contre, pas de bus pour Idaho Falls avant demain, 8h15 du matin.
Il est 19h, je n’ai pas ma valise, juste une caméra et tout le reste du matériel audiovisuel. Le Wifi de la gare bien entretenue me fournit le site tant apprécié quand on se ballade en sac à dos : courchsurfing.com.
Par contre, quand on recherche quelqu’un ayant un profil intéressant dans une ville où l’on compte passer, on s’y prend d’habitude 4 jours à l’avance, et non pas le soir même, quand on est déjà dans la ville…
Après un message subtilement rédigé, et quelques copier-coller effectués, mon message est envoyé à une dizaine de personnes vivant à Salt Lake City. Mes attentes sont minces, mais comme on dit chez nous : ” Qui n’essaye rien, n’a rien “.
N’attendant pas une réponse immédiate, que me reste-t-il à faire? Deux petits appels via Skype à Isabelle et Anne ( nos grandes habitudes à nous müvmédiens solitaires, c’est d’essayer de trouver chaque jour un petit moment pour nous partager nos bonheurs et nos douleurs, histoire de se sentir moins seuls) comblent le temps. Mais rien n’y fait. Après une trentaine de minutes de discussion virtuelle, me voilà à ranger mes affaires, prêt à découvrir cette ville, le temps d’un soir ( et surtout pour trouver un hostel, car je ne m’attend pas à rencontrer qui que ce soit ce soir prêt à me prêter son sofa).
Sur le chemin vers le centre, un complexe cinématographique me barre le chemin.
Et pourquoi pas se mater un film, histoire de bien passer son temps confortablement. Je suis un peu naze et pas très chaud en fait pour me promener.
Et puis ça va me relaxer de cette petite tension que j’ai eu à la gare.
Assis dans une grande salle où nous ne sommes que quatre, je découvre le nouveau film de Spike Lee, ” The miracle of St-Anna “.
Malheureusement, ce long-métrage dont le récit ambitieux se passe dans la campagne s italienne fasciste, sous le regard de soldats américains noirs ne me fera pas couler toutes les larmes de mon corps. Idée intéressantes, mais le jeu des acteurs ainsi que le scénario ne me permet pas d’être convaincu par ce contexte néanmoins intéressant ( qui connaît un seul film traitant des soldats blacks durant la deuxième guerre mondiale?).
Par contre, maintenant qu’il est 23h30 du soir, j’imagine qu’il est un peu tard pour être hébergé. Je checke tout de même ma messagerie. Et là, PAF! Deux réponses, dont une est positive. Ashlye est prête à m’héberger ce soir. A la sortie du complexe, je cherche un téléphone pour l’appeler, avec tout de même un peu de gêne de la contacter si tard. Après avoir demandé à une bande de mon âge, croisé à la sortie, si je dois faire le code de la ville avant de faire le numéro, l’un d’entre eux me prête son Iphone en m’assurant que ça ne lui coûtera quasi rien.
Là je tombe sur la messagerie d’Ashlye. Aïe Aïe Aïe, c’était à prévoir. Je laisse un gentil message, et me retrouve désormais à discuter avec ces six personnes sortis aussi d’une projection.
Très vite intrigués par mon accent, les voilà en train de m’écouter raconter tout mon délire de voyageur paumé.
- ” As-tu faim ? ” Veux-tu qu’on aille manger un coup ? On pourra t’accompagner ensuite à une auberge près de la gare des bus “.
Et voilà donc la providence qui se met à nouveau à jouer en ma faveur. Dans un bar karaoké pseudo-branché, je leur dévoile, autour d’une grosse pizza, de hot-dogs pas trop dégueulasses et d’une bonne bière brune provenant d’Oregon, toute mon aventure. Les voilà bouche-bés par tout ce que je leur raconte. Et voilà qu’au milieu de mon discours ( que je commence à bien connaître, vu qu’en moyenne je raconte 2-3 fois par jour la même histoire), le téléphone de Brandon se met à sonner.
- ” Et, c’est la personne que tu as appelé tout à l’heure qui rappelle ! ”
Sur la terrasse du restaurant, j’écoute la voix charmante d’Ashlye qui me dit que je peux passer quand je veux chez elle. Je dois juste l’appeler quand j’arrive.
Mais malgré cette porte ouverte à mes pieds fatigués, ce ne sera pas là que je dormirai. Mes braves camarades du cinéma s’avèrent très sympas. La moitié d’entre eux sont Mormons. Ils m’apprennent que plus ou moins 70 % de la ville est Mormon (50 % pratiquants). Fans de snowboards, ils me conseillent notamment plein de trucs à faire à Jackson, ville qui s’avère être une station de vacances plutôt huppée. Par contre, ils me préviennent qu’il risque d’y avoir ce week-end… une tempête de neige ! Oups, ce n’était pas vraiment prévu ça…
La suite de la nuit se déroule doucement comme un tapis rouge devant mes pieds. A la sortie du restaurant, l’un d’entre eux, Ty, me propose de loger chez lui. Il me déposera demain matin à la gare.
Accueilli chez lui comme un prince, me voilà à dormir comme un loir dans un lit confortable, après avoir discuté avec sa coloc et son copain peintre, et avoir goûté à l’herbe locale bien relaxante …
C’est-il pas beau la vie?













