Prego
Bonjour famille et amis,
Je vous écris de Milan, ville ou je séjourne depuis maintenant près d’une semaine.
Ma tendance a gènèraliser trop rapidement m’indique qu’il s’agit d’une ville riche, jolie et rapide.
Je suis venu ici pour rencontrer Claudio, un ami de mes amis Laurent et Mireille. Grace a eux, j’avais eu la chance de rencontrer Claudio cet été et il m’avait invité à aller le visiter à Milan.
Ca a été un plaisir de le revoir.
Claudio m’a fait découvrir sa ville, et j’ai beaucoup de chance car Claudio est un homme de théatre et de culture. Chaud, ouvert, curieux et cultivé.
Il m’a amené visiter La Scala, opera légendaire des plus grands compositeurs. Il s’agit d’un lieu d’une opulence et d’une beauté extravagante.
Claudio m’a aussi amené voir “Songe d’une nuit d’été” de Shakespeare au théatre Piccolo. Il s’agissait d’une piece a gros budget, mise en scène par Luca Ronconi. Un homme un peu megalomane que Claudio a comparé a Robert Lepage.
Les décors etaient sublimes et surréalistes. Par exemple, lorsque les personnages se rendent à la foret, glisse mécaniquement derrière eux une série de lettres tri-dimensionnelles formant le mot FORESTA. Chacune des lettres devait mesurer au moins 8 metres de haut par 4 metres de large et était illuminée de l’intérieur par un néon vert foret. Tout ca en “sans serif”… Je specifie pour toi, Patrick Senecal.
Parenthese:
Patrick Senecal est mon ami et il est graphiste, pour voir son travail et/ou lui donner des contrats, prière de visiter son site web au: http://www.clctf.com/
Fin de la parenthese.
Je n’ai rien compris a la piece, puisqu’elle etait en italien… mais l’aspect visuel m’a suffisament scié les pattes pour que je demeure concentré pendant 3 heures et demi.
Sinon, dans le seul but de vous faire chier, voici une liste non-exhaustive des mets qui ont pénétré ma bouche depuis mon arrivée a Milan:
- Raviolo au Proscuito Crudo, servis avec sauce aux noix de grenoble et grana.
- Risotto au champignons a la Milanese, c’est-a-dire que le riz est cuit dans un bouillon de boeuf et legumes.
- Burratta… Le meilleur fromage frais que j’ai eu la chance de gouter de ma vie. Il s’agit d’un type particulier de Mozzarella di Buffala, au coeur duquel on retrouve un lait d’une douceur divine et des filaments, qui rappellent la texture du fromage fondu.
- Pizza a la roquette et au proscuito crudo.
- Tagilatelle aux tomates fraiches.
- Boeuf braisé avec sauce au persil… et j’en passe.
J’aime la cuisine italienne car son objectif n’est pas la complexité ou la virtuosité comme la haute cuisine étoilée ( ou hexagonale, devrais-je dire), mais plutot la justesse de l’execution. “Un plat doit être fait comme il faut, avec sérieux, en respectant les traditions, pour retrouver le goût que savait lui donner la mamma. Il y a des choses qu’on fait et d’autres pas. Le parmesan rapé, le sel, le poivre, le citron, l’huile ne sont pas permis sur n’importe quel plat.” Assertion volee a Wikipedia…
J’ai eu la chance de préparer une sauce tomate sous l’oeil critique et avisé de Massimo, le copain de Claudio qui m’a instruit de précieux conseils qui ont su simplifier et épurer ma recette.
La dessus, je vous salue et vous aime tous autant que vous etes. Je vous revois a Mtl.
Maxime
Korça, Barack et Moi
Donc…
J’ai quitté Berat pour me rendre à Elbasan.
J’y ai rencontré mes prochains hôtes Couchsurfing nommés Kysha et Jonathan.
Ils sont devenus mes nouvelles bouées dans cette aventure d’incompréhension linguistique qu’est mon voyage en Albanie.
On a fêté l’Halloween avec les autres membres du Peace Corps et on est partis pour Korça le lendemain après-midi.
Et nous avons roulé.
Une route de 3 heures en minibus.
Le temps de ne plus sentir mes fesses.
Le temps d’apprécier les montagnes et la magnificience du lac Horid, frontière naturelle avec la Macédoine.
En arrivant à Korça, je me suis couché et j’ai dormi pendant 18 heures.
Fatigue accumulée j’imagine.
Kysha et Jonathan m’ont étrangement accompagné dans cet abus de sommeil.
Cette nuit en FFWD, planifiée par aucun de nous a été une façon anecdotique de tisser quelques liens.
Tout ça pour dire que:
Pendant le reste de la semaine, je me la suis coulée bien douce.
J’ai bouffé plusieurs suflaç et préparé quelques bons soupers.
Entres autres, une salade constituée d’une infinité de fruits et de légumes.
J’y ai foutu tout ce dont je me suis ennuyé depuis le début du parcours:
Jambon, huile d’olive, citron, pommes, laitue, tomates, concombres, fèves, pommes grenades.
Très frais.
J’ai même eu la chance de servir le tout dans une fabuleuse chaudière bleue à défaut d’un bol à salade.
À la Peace Corps.
J’ai aussi trouvé le moyen de commencer à travailler sur mon film de la semaine prochaine.
La question du regard en Albanie.
Je n’en dis pas plus car j’espère que le film aura la capacité de s’auto-expliquer.
Aussi…
La nuit des élections a été magnifique.
Je me souviendrai pendant longtemps de cette nuit particulièrement riche en émotion.
Kysha, noire américaine, illinoise d’origine a passé la nuit sur Skype avec sa famille.
Son père Robert nous a informés des résultats en direct alors que sa mère Carole nous a tenus éveillés à l’aide de son hyperactivité.
Nous avons eu la chance d’entendre les progrès de la soirée en étant liés à l’Amérique.
Kysha a pleuré quand elle a entendu de la bouche de son père:
“Le prochain président des États-Unis sera Barack Obama.”
Je crois avoir été aussi ému que Kysha.
La victoire d’Obama signifie beaucoup pour moi.
Elle signifie la volonté de l’amérique et du monde à cesser le cynisme qui enrobe systématiquement la chose politique depuis quelques années.
Elle signifie le soulagement d’un boulet historique, celui de l’esclavage et de l’idée encore reçue selon laquelle les noirs seraient des êtres inférieurs.
Elle signifie la préséance de l’ouverture sur la peur, de l’humain sur les machinations.
Cet été, j’ai eu la chance de lire les deux livres d’Obama.
Le premier, “Dreams From My Father, a story of Race and Inheritance” m’a touché d’une façon toute singulière.
À la fin de son mandant comme premier président noir du Harvard Law Review en 1995, un éditeur a demandé à Obama d’écrire sa biographie. Il n’avait que 34 ans.
Le livre est donc une autobiographie mais aussi un mémoire sur l’histoire de sa famille.
On y apprend l’amour qu’il vouait à sa mère, pillier nécessaire à son évolution.
On y apprend l’amour qu’il vouait à ses grands-parents avec qui il a grandi à Hawaii.
On y apprend l’amour qu’il a voué au 2e mari de sa mère lors du temps ou il a habité en Indonésie.
Mais au-dela de cette histoire intéressante et écrite avec un grand humanisme et un certain sens artistique, l’intérêt du livre est d’illustrer la réflexion identitaire d’Obama. Surtout en ce qui à trait à l’abandon de son père, un homme brillant et mégalomane, complexé par sa négritude, qui a fini sa vie dans le malheur et la pauvreté, un peu comme son père avant lui.
À la fin du livre, Obama s’adresse directement à la tombe de son père:
“Oh, Father, I cried.
There was no shame in your confusion.
Just as there had been no shame in your father’s before you.
No shame in the fear, or in the fear of his father before him.
There was only shame in the silence fear had produced.
It was the silence that betrayed us.
If it weren’t for that silence, your grandfather might have told your father that he could never escape himself, or re-create
himself alone.
Your father might have taught those same lessons to you.
And you, the son, might have taught your father that this new world that was beckoning all of you involved more than just railroads and indoor toilets and irrigation ditches and gramophones, lifeless instruments that could be absorbed into the old ways.
You might have told him that these instruments carried with them a dangerous power, that they demanded a different way of seeing the world.
That this power could be absorbed only alongside a faith born out of hardship, a faith that wasn’t new, that
wasn’t black or white or Christian or Muslim but that pulsed in the heart of the first African village and the first Kansas
homestead.
A faith in other people.
The silence killed your faith. And for lack of faith you clung to both too much and too little of your past.
Too much of its rigidness, its suspicions, its male cruelties.
Too little of the laughter in Granny’s voice, the pleasures of company while herding the goats, the murmur of the market, the stories around the fire. T
he loyalty that could make up for a lack of airplanes or rifles. Words of encouragement. An embrace. A strong, true love.
For all your gifts-the quick mind, the powers of concentration, the charm-you could never forge yourself into a whole man by leaving those things behind….
For a long time I sat between the two graves and wept.
When my tears were finally spent, I felt a calmness wash over me.
I felt the circle finally close.
I realized that who I was, what I cared about, was no longer just a matter of intellect or obligation, no longer a construct of words.
I saw that my life in America-the black life, the white life, the sense of abandonment I’d felt as a boy, the frustration and hope I’d witnessed in Chicago-all of it was connected with this small plot of earth an ocean away, connected by more than the accident of a name or the color of my skin.
The pain I felt was my father’s pain.
My questions were my brothers’ questions. Their struggle, my birthright.”
Obama évoque sa quête identitaire avec une grande maturité.
Je m’y identifie parce qu’elle n’est peut-être pas si étrangère à la mienne. Ou à celle que je recherche.
J’espère un jour arriver à concevoir la vie avec la même maturité qu’Obama.
C’est cet humanisme qui me touche dans ses discours, et sans excès d’idôlatrie, c’est avec beaucoup d’espoir et d’apprèhension que j’envisage le futur.
Mise à jour…
Bonjour famille et amis,
J’ai hâte de rentrer…
Pas parce que je ne m’amuse pas en Europe, mais plutôt parce que j’ai hâte de racontrer mes aventures autrement que sur un blog. Mais aussi parce que j’ai hâte d’entendre les vôtres autrement que sur Skype.
Donc. Je suis en Albanie.
Mais pour que la mise à jour soit complète, je crois que je vais devoir faire un petit retour en arrière… (Bruit de magétoscope qui recule.)
J’ai quitté la Hongrie pour me rendre en Croatie. J’avais décidé d’y aller pour faire le film sur le thème “Cessez le feu” parce que j’avais le souvenir des images de guerre au téléjournal.
Je me suis dit que c’était le pays idéal pour parler de guerre. Et de la cessation de la guerre.
Or, quand je suis arrivé à Zagreb, je me suis rendu compte que la guerre est un sujet particulièrement délicat dans les pays qui l’ont connu. On rencontre des gens qui ont vécu dans la peur, des gens qui ont perdu des proches, des gens qui veulent oublier tout ça et on sent qu’on est la pour gratter le bobo. C’est un sentiment particulièrement désagréable, surtout quand on sait qu’on n’a que 8 misérables journées pour essayer de faire un film un tant soit peu signifiant.
J’ai donc été très embêté au début de mon séjour, mais j’ai eu la chance de rencontrer Irena, la couchsurfeuse qui m’a acceuilli. (C’est elle qui tient une bière 4 fois trop grosses pour ses petites mains). Elle m’a préparé un souper délicieux la première soirée. Nous avons eu la chance de parler un peu de mon sujet. Elle m’a dit que c’était un sujet riche mais délicat, et elle m’a donné le nom de quelques uns de ses amis qui voudraient probablement me parler. Elle-même, n’avait pas du tout envie de parler devant la caméra et de plus, elle quittait pour la côte le lendemain, en me laissant la clé de son appartement. C’est aussi ça Couchsurfing… des gens qui vous rencontrent, vous font confiance et vous laissent habiter leur appartement pendant leur absence.
Dans le cas d’Irena, il y avait une condition cependant… nourrir ses deux chats, mais aussi son iguane de presque 2 mètres. J’avoue avoir été terrifié à l’idée d’entrer dans le terrarium la première journée. J’aimerais bien pouvoir dire que la deuxième journée a été moins pénible, mais non. Ce reptile m’a glacé le sang du début à la fin.
Tout ça pour dire, que je suis retrouvé avec une iguane, un appartement vide et aucun sujet de film.
Le lendemain, je suis allé me balader dans son quartier. De loin j’ai aperçu deux enfants. Je me suis dit que ça serait ça mon sujet. La perception de la guerre par les enfants. En Croatie, la guerre a eu lieu en 1991, ce qui fait que quelqu’un qui avait 10 ans lors de la guerre en a 27 aujourd’hui.
Je me suis senti apte à parler avec les gens de cette génération et je me suis mis à les chercher dans Zagreb. Tâche difficile mais très intéressante. Bref, j’en ai assez dit… Vous verrez le film.
Une fois les entrevues terminées, j’ai quitté Zagreb pour aller voir la fameuse côte croate… Ce nouveau paradis du tourisme Européen. C’était magnifique… la mer adriatique, le climat presque méditéranéen. Le mélange slave-latin. L’influence de l’Italie. J’aurais aimé me rendre à Dubrovnik, mais je n’ai pas eu le temps, montage oblige… j’ai du m’arrêter à Split. Une très jolie ville fortifiée.
J’ai ensuite commencé à faire des démarches pour me rendre en Albanie. J’ai vite compris que ça n’allait pas être facile, voire impossible à moins de faire quelque chose d’un peu fou.
Voici donc ce que j’ai fait (et qui était un peu fou):
-Traversier de Split (Croatie) à Ancona (Italie)
-Une journée et demie d’attente en Italie.
-Traversier de Ancona à Durres en Albanie.
-Autobus de Durres à Vlore dans le sud du pays.
Après avoir passé près de 50 heures en transport, et avoir explosé mon budget en traversier non remboursé, je me suis installé dans cette petite ville albanaise et je me suis dit: “Je suis loin de Gatineau la.”
Je me suis pris un hotel à 10 euros pour la nuit.
Le lendemain, j’ai rencontré mes hôtes Couchsurfing: un groupe d’enseignants américains travaillant pour Peace Corps Albania. N.B.: À partir d’ici, les photos sont fictives, mais je promets de les remplacer par les bonnes dès demain… mon appareil est déchargé au moment ou je soumets cet article.
Tous très gentils, très curieux, et surtout très amoureux de l’Albanie.
J’ai été surpris de voir à quel point ils étaient bien intégrés à la société albanaise…
J’ai compris plus tard qu’ils recevaient des salaires albanais et qu’ils devaient vivre dans la plus grande économie de moyens possible.
Ce qui signifie: parler albanais sur le bout des doigts, vivre dans des appartements typiquement albanais, manger comme les albanais, voyager comme des albanais etc…
Ça a été une chance pour moi, car j’ai pu bénéficier non seulement de leur hospitalité, mais aussi de leurs services de traduction et surtout de leurs contacts.
L’un des enseignants, Matt Whalen, 24 ans, orginaire de Caroline du sud, m’a amené jusque dans son petit village de Novocele pour que je puisse y tourner mon film de la semaine.
Dans un champ d’olives, j’ai eu la chance de gouter à l’hospitalité albanaise: de la bouffe délicieuse à profusion et surtout… beaucoup trop de raki, cet alcool qui saoule d’une manière si particulière. Un mélange des sensations habituellement procurées par le vin, les anti-histaminiques et les amphétamines.
Bref, j’ai fini par envoyer mon film à temps, le lendemain j’ai quitté mes nouveaux amis albano-américains et je suis parti en direction de Berat, une jolie ville décrétée Unesco il y a quelque temps en raison de ses vestiges d’architecture ottomane.
C’est d’un café internet particulièrement miteux mais efficace que je vous salue et que je vous embrasse.
À bientôt.
Maxeo, qui vous aime tous autant que vous êtes.






















