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Fin !

 

Thomas revient de Belgique le dernier jour de la semaine. Il vient d’emménager dans LA tour à appartements branchée de Miami Beach. Après lui avoir téléphoné, c’est comme si j’étais déjà un peu rentré. Je manque d’ailleurs de me faire écraser sur un passage pour piétons, car, me sentant chez moi, je force ma priorité, comme en Belgique (sauf qu’ici, il faut plus qu’un simple piéton pour faire ralentir un automobiliste). 

 

On ne dirait pas comme ça vu l'ameublement plutôt sobre, mais Thomas poursuit une brillante carrière à Miami.

 

C’est donc chez Thomas que je passe ma dernière nuit de montage. C’est un peu irréel. Je sens que mon corps sent que c’est la fin et qu’il puise dans ses dernières ressources, prêt à me lâcher; je suis chez un ami belge mais dans un appart avec vue fantastique sur Miami Downtow; je travaille à terre, couché sur l’épaisse moquette, car Thomas n’a pas encore un seul meuble. Tout est bizarre. Je me surprends même à faire une pause pour aller tranquillement au resto avec lui, alors qu’en d’autres temps, je me serais à peine autorisé à aller acheter un chocolat à un distributeur. Dire que dans quelques heures j’aurai tout fini !!

 

 

La nuit passe vite. Onze heures le matin, heure de la dead line. Mon fichier est envoyé. Comme chaque fois David (de la production) est sur Skype et accuse bonne réception, et demande des nouvelles. C’est agréable. Surtout que là, c’est fini. Fini ! En l’espace de quelques instants, la situation ultra tendue de fin de montage a fait place à une situation de vide vertigineux. Voilà. Ca y est. Je suis toujours étendu au milieu de ce grand living vide et hyper lumineux, juste quelques caisses en carton, mon ordinateur et moi. Dehors, la vie post-Müvmédia bat son plein. Sans même me lever, je rampe jusqu’à une caisse vide, que je couche sur le côté. J’y rentre la tête et les épaules, et je m’y endors.

City trip à Atlanta

 

Je profite d’un déplacement de Jacob à Atlanta pour y faire un city trip de quelques heures. 

 

 

Atlanta, c’est la ville du Coca Cola… Il y a un musée et un supermarché de produits dérivés. Tout objet imaginable existe avec le logo Coke, et c’est pas donné, en plus.  (j’ai juste pas trouvé de dé à coudre, désolé Laurence).

 

Venir ici dans la mère patrie du produit le plus et le mieux distribué au monde, c’est un peu comme un pélerinage à la Mecque du capitalisme… (c’est quoi encore la ridicule proportion des humains qui ont plus que 200 m à faire depuis leur domicile pour trouver un distributeur de coca ?). J’ai osé imaginer que, pour avoir traversé la planète pour venir ici, Coca Cola allait accueillir les touristes avec reconnaissance, en souhaitant bienvenue, en offrant un casier de coca, par exemple. Et en disant : “ça fait plaisir d’enfin vous voir, car on se connaît indirectement car vous êtes des clients. Vous savez, nous ne sommes pas si mauvais que ça, c’est le Système qui veut que nous associions notre produit  au sexe, au plaisir et et à la réussite, alors qu’au départ ce n’est qu’un médicament. Mais oublions ça. Aujourd’hui, nous sommes heureux de vous offrir ce cadeau et de vous inviter à visiter notre grand musée gratuit.” 

 

Tu parles. Musée hors de prix. Articles cadeaux hors de prix. Coca Cola et le capitalisme n’allaient pas laisser passer cette trop belle chance de nous sucer jusqu’à la moelle. 

 

  

John Styth Pemberton, l'homme qui, en 1886, inventa le produit qui allait repeindre la planète en rouge.

 

Si Atlanta est donc un symbole emblématique du capitalisme et de la consommation, c’est aussi la capitale de l’hégémonie américaine de l’information, CNN, pour ne pas la nommer, y a ses quartiers généraux. Impressionnant.

 

  

J’aurais dû poser avec un panneau: “Mais Müvmédien et fier de l’être”. :-)

 

Ce dimanche après-midi, il y a un grand match de baseball. Autour du stade, il y a des autoroutes urbaines sur des vidaducs qui enjambent des terrains vagues. Sur ces terrains, une marée de gens, voitures, et tentes. Un grouillement à perte de vue de supporters qui se sont rapprochés le plus possible du stade pour le match. Des milliers de personnes, des milliers de grosses voitures. Des télés, des barbecues, de la fumée, des groupes électrogènes, des enfants, et un grand soleil… Une fourmilière.  Depuis combien de temps sont-ils là ? Combien de temps restent-ils ? Qui veille à l’ordre ? Je me promène sur ces routes, en hauteur, et je regarde les Américains, en contre-bas, songeur. Une fête, ou l’enfer ? 

 

En retrouvant Jacob, on fait une pause pour aller manger. Y a un restaurant qui a un grand succès depuis des années, à Atlanta. C’est un parking à moitié couvert, on ne sort pas de sa voiture. Le serveur se faufile entre les véhicules et vient à la fenêtre pour prendre la commande. Il arrive un peu plus tard avec les frites et autres hamburgers qu’on lui a commandé. On mange dans la voiture. On peut même voir le vieux couple qui mange à côté, la famille garée en vis à vis, le jeune couple de l’autre côté. Après manger, on peut repartir. On a pu se détendre et manger à l’aise, tout ça sans quitter son siège. Comme c’est pratique. On a encore du chemin à faire, en Europe ! :-/

Films manqués à Fort McMurray

Le film que j’ai fait à Fort McMurray, j’ai presque honte de savoir que vous allez le voir, qu’il va passer sur TV5, et qu’il va être soumis à un jury de pros. Je n’ai pas eu de chance cette semaine. Peut-être pas d’énergie non plus.

Si habituellement, les gens qui viennent à Fort McMurray vivent de véritables success story, c’était loin d’être mon cas. Voici un petit aperçu des films que j’ai voulu y faire. Le thème imposé est « festin ».

Annie travaille dans un petit restaurant à Fort McMurray. Elle est Québécoise. Comme tant d’autres, elle est venue ici pour se faire de l’argent. Des salaires souvent deux fois plus élevés qu’ailleurs. La main d’oeuvre est une denrée valorisée, dans cette petite ville prospère du Nord ! Annie passe son temps à prendre les commandes. Hamburger du chef, hamburger spécial, hamburger frites. Ce n’est pas très varié. Mais Annie fait son job avec un sourire sincère. Elle rayonne. Le soir, supermarché. Que prépare-t-elle pour elle et son fils, après avoir servi des centaines de hamburgers ?

Annie vient de trouver un second job en soirée, et n’a plus une minute à me consacrer avant plusieurs jours.

Autour de Fort McMurray, il y a des « camps de travail ». Assez éloignés pour y faire loger les ouvriers. Et leur servir des bons petits plats pour qu’ils ne se sentent pas déprimés. Des sociétés se sont spécialisées dans la préparations de ces repas particuliers. Des cuisiniers travaillent sur place. J’aurais voulu faire le portrait de l’un d’eux.

Démarches entreprises pour autorisation, demande refusée.

Ce qu’il manque à Fort McMurray, ce sont des liens sociaux. Soucieux d’y palier, le conseil de la ville organise par exemple un grand petit déjeuner en plein air. Voilà l’occasion de filmer les gens du cru rassemblés autour d’un rare événement fédérateur.

Temps dégueulasse, presque personne ne vient, je filme un peu, amorphe, trempé, ça ne donne rien.

En revenant sous la pluie, deux Indiens m’accostent pour faire causette. A nouveau, des gens venus ici pour travailler et se faire beaucoup d’argent. Ils sont chouettes. Comme c’est samedi, ils vont au centre dans un bar à strip-teaseuses. Ils me proposent de les accompagner. Héhé, il semble que mon film soit enfin venu à moi, et de lui-même ! Je renonce à prendre le bus pour continuer à marcher avec eux et faire connaissance. 

Soudain, une voiture klaxonne, des potes à eux, ils s’engouffrent à l’intérieur, et je reste planté là tout seul sur le trottoir, j’ai juste droit à un petit signe d’au-revoir d’un des deux. 

Mike vient de Terre-Neuve. Il a tout plaqué pour créer sa propre affaire à Fort McMurray: un snack pizzeria. Concept très simple: quatre sortes de pizzas, coupées en quarts et attendant le client dans un présentoir, plus un frigo rempli de boissons, toutes à 1,25. Il n’a pas d’employé, il fait tout tout seul. Il se la joue un peu. Chaque fois il laisse le temps au client exprimer un «Euh… » devant le présentoir, avant de réciter fièrement les sortes de pizza et le tarif. Les affaires marchent très bien, les gens viennent en disant qu’ils raffolent de ses pizzas.

Je trouve ça cinématographique. Je recommande un quart, en observant comment son petit univers fonctionne. Je discute avec lui. Je suis sûr d’avoir enfin trouvé un super sujet. Je lui demande. C’est ok ! Ah, aujourd’hui ? Non, il ferme dans un quart d’heure pour aller voir ses enfants laissés au pays, il profite du long week-end.

Via via, je tombe sur Massoud, un comptable bien représentatif des success story de Fort McMurray, qui me recoit quelques heures avant mon bus de retour. Une fois chez lui, il me fait comprendre qu’il n’a pas beaucoup de temps à m’accorder. Et merde. Je lie la discussion avec la nourriture de manière plutôt pathétique.

Je sors de chez lui dépité, l’interview n’est même pas bonne, et je n’ai même pas d’autres images de lui. Allez, c’est trop bête, je retourne chez lui pour lui demander d’aller faire un tour en ville, pour prendre d’autres plans.

Il ne m’ouvre pas.

Deux heures avant le bus, je fais une ultime tentative dans un autre snack. Un Libanais. Il a ouvert il y a une quinzaine de jours. Francophone et tout. Super sympa. Lui aussi, ici pour faire fortune. Le sujet idéal. Je me dis que je vais me payer une nuit à l’hôtel, tant pis si c’est 200 $. Tout s’arrange ? Non, mon sujet ne veut pas parce que la déco n’est pas finie, mais il aurait adoré dans une dizaine de jours. J’insiste. No way.

Zou, le bus. Je me démerderai bien avec les images de Massoud ou du ptit déj sous la pluie.

Pas vraiment le pays de la Smart ou de la Twingo !