Tag - Archives pour Obama
Jogging à Grant Park
Je m’étais promis d’aller courir tous les jours pendant Müvmédia, mais je ne l’ai encore fait que quelques fois. Pourtant, qu’est-ce que ma journée est meilleure si je l’ai commencée par une demi-heure de footing. Quand je commence vraiment à déprimer parce que j’ai pas de sujet, ou que j’ai besoin d’un petit électrochoc pour me changer les idées, je vais courir. C’est ce que je fais ce matin à Grant Park.
Quand je vais courir, j’écoute de la musique, c’est beaucoup plus entraînant. En fait, toujours les quelques mêmes morceaux qui se trouvaient dans mon téléphone à mon départ.
Connaissez-vous Antony and the Johnsons ? C’est une amie qui m’en avait parlé, j’avais téléchargé, mais pas du tout aimé à la première écoute. Je ne sais plus comment ces morceaux se sont retrouvés dans mon téléphone. Et là, je suis obligé de les écouter tout le temps puisque je n’ai qu’une dizaine de titres pour toute musique avec moi pendant Müvmédia.
Eh bien, “Hope there’s someone”, … mais c’est un des plus beau morceaux au monde. Quand la fin, instrumentale, commence, j’ai chaque fois la gorge qui se noue. Même en courant.
Je vois les préparatifs pour la soirée électorale. C’est ici qu’aura lieu le meeting d’Obama ce mardi soir. Le cadre est superbe. L’air est très vif, léger. Les buldings qui bordent le parc sont majestueux. Et il règne ici une ambiance de nouvelle ère. Si Obama gagne, ce sera énorme. Je pense que je suis en train de courir dans un endroit et à un moment qui va probablement marquer l’Histoire. C’est vraiment the place to be, ici, en fait. La face du monde va changer à partir du discours qui sera prononcé ici. Je ne peux pas passer à côté pour mon film. Ce serait ridicule. Il ne me reste qu’à trouver une manière de combiner Obama et auberge espagnole… C’est pas gagné, mais je le sens. C’est trop énorme pour ne pas le faire. C’est peut-être l’endomorphine qui me gagne, mais tout me parait tellement évident. Je suis bien.
Chicago
Atterrissage à Chicago à la tombée du jour. Dans l’aéroport, de grands panneaux partout avec le slogan “We are glad that you are here”. C’est con, mais ça me fait plaisir. Je suis dans l’euphorie d’une nouvelle semaine qui commence. Je sais même déjà le film que je vais faire: celui sur l’auberge. Et je vais simplement me poster à l’accueil et filmer ce qui s’y passe. C’est très agréable de savoir que je vais pas devoir me creuser la tête.
Arrive la douane. Je l’avais oubliée celle-là. Une très longue file d’attente. Puis un policier pas spécialement sympathique. Je comprends pas ses questions. Il parle dans sa barbe, et l’accent a l’air différent ici. Il dit sèchement qu’on va avoir un problème si on ne peut se comprendre. J’aimerais lui dire que le problème pourrait facilement être résolu s’il articulait un rien.
Dans le métro, un type me pose une question que je ne comprends pas. Quand je lui demande de répéter une deuxième fois, il me tourne le dos avec un rictus et s’adresse à quelqu’un d’autre. Première constation sur Chicago, donc : vive la politesse.
Encore pareil à l’auberge. Une dame black en boubou est à l’accueil. Elle soupire quand je ne comprends pas les questions. Elle répète de manière condescendante, comme si j’étais un sous-homme. C’est désagréable. Mais je constate vite que les gens n’en sont pas pour autant fondamentalement mauvais.
Elle me dit qu’elle aime bien mon prénom, et veut apprendre à le prononcer. Les jours suivants, elle me salue en français, “bonjour Jean-Baptiste”.
Je ne sais pas si c’est la peur des inconnus, ou juste une carapace culturelle, mais d’autres rencontres confirment cette première impression. Les gens sont très, très froids au premier contact. Pas tous, évidemment. Mais souvent.
J’adore la ville. C’est ici qu’on trouve les plus premiers gratte-ciels. Ils ont un certain cachet. Ils sont témoins d’une autre époque, ou sont marqués par le temps, et cela confère du charme à l’ensemble. En plus, downtown, où est l’auberge, il y a le métro aérien et sa “loop”. Lui aussi très, très vieux, il fait un bruit de montagnes russes, un fracas impressionnant, on se demande si toute cette installation va tenir bon. Les différentes lignes se rejoignent comme dans un rond-point, en formant une boucle qui emprunte les rues du centre.
Le directeur de l’auberge m’invite à dîner. (J’avais hésité, mais j’ai donc bien fait d’aller me présenter formellement à son bureau pour lui expliquer le projet. :-P) Cet ancien businessman est impliqué dans l’auberge depuis sa création il y a quelques années. Il a été séduit par ce projet non lucratif, et développe au maximum les activités sociales dont je parlerai plus loin. En fait je ne connaissais pas encore la noble vocation des auberges de jeunesse HI.
Thomas, c’est son nom, m’apprend plein de choses sur l’architecture urbaine de Chicago (il est administrateur d’une organisation patrimoniale). Notamment sur les hésitations et tentatives des premiers architectes de gratte-ciels. Comment dessiner les façades de bâtiments alors au moins trois fois plus grands que leurs prédécesseurs ? Question qui nous semble naïve aujourd’hui, mais qui était fondamentale à l’époque. D’abord, ils ont créé des buildings avec trois looks différents, comme si on avait empilé trois immeubles traditionnels. Puis ça s’est affiné, ils ont veillé a avoir une base, un corps, et un sommet. Ensuite est arrivé le formalisme que l’on connaît: des parallélépipèdes parfaits.
Montage à Los Angeles
Charlotte, Guillaume, et leurs enfants Eliot et Sam, des amis belges d’un ami belge, vivent à Los Angeles. Ils m’ont offert de m’héberger quelque jours. Au départ, je pensais n’aller à Los Angeles que si je ne trouvais rien à faire dans la Vallée de la Mort, mais je me suis dit que c’était bête de passer à côté sans y aller. Même si c’est principalement pour faire du montage pendant quelques jours.
J’ai beaucoup apprécié mon petit séjour là-bas. C’était très intéressant de partager la vie d’une famille d’”expats”.
Mais aussi la vie d’une famille tout court, avec de jeunes enfants. Depuis quand ça ne m’était pas arrivé ? M’est-ce seulement déjà arrivé ? Beaucoup de souvenirs de mon enfance à moi ont refait surface là-bas. Ne fût-ce que la participation des enfants aux repas. Je me suis rappelé que quand j’étais petit, je faisais très bien la distinction entre les conversations “des grands”, auxquelles je ne comprenais rien, parce qu’ils utilisaient plein de mots que je ne comprenais pas, et les conversation avec les enfants, plus faciles à suivre… C’est bête, mais j’ai ainsi pris conscience pour la première fois que je suis aujourd’hui de l’autre côté de la barrière grands/petits. Et dire qu’il a fallu traverser l’océan et l’Amérique pour ça.
Comme chez moi avec mon père, Guillaume tient à certains principes comme les repas tous ensemble à table, où il faut bien se tenir, finir son assiette pour avoir du dessert… Je trouve ça beau.
L’histoire avant d’aller dormir… Quels moments privilégiés ! Quelle chance nous avons eu mon frère, ma soeur et moi, d’avoir aussi eu droit à une histoire tous les soirs pendant des années ! D’habitude, c’était maman qui nous lisait un livre. On se disputait chaque fois pour savoir dans la chambre du quel de nous trois on lirait l’histoire.
Plus exceptionnellement, c’était papa, mais alors il y mettait le paquet, il inventait de terribles histoires de crimes, de secrets, de prêtres véreux… On avait peur, mais qu’est-ce qu’on aimait ça !
Charlotte fait écouter Henri Dès à ses enfants, les mêmes chansons que quand j’étais petit, probablement les a-t-elle aussi écoutées à leur âge. C’est émouvant d’entendre ce petit univers musical si loin.
La vie là-bas est agréable. Un climat parfait, Venice Beach à quinze minutes à vélo (Venice Beach: des plages magnifiques avec une digue bordée de palmiers, sous lesquels il y a des centaines d’artistes et d’artisans plus incroyables les uns que les autres).
Il y a une communauté d’expatriés francophones assez importante, ce qui permet de tisser des liens peut-être plus forts que quand on fait partie du groupe majoritaire…
Guillaume et Charlotte suivent la campagne électorale avec grand intérêt. Depuis le début de mon voyage, je n’ai jamais autant entendu parler de politique. Charlotte dit qu’elle voudrait revenir en Belgique si c’était Mc Cain qui passait… Il semble que l’appartenance politique soit même marquée par quartiers.
Des événements politiques spontanés pas banals sont d’ailleurs organisés pas loin: des après-midis auxquels les convives viennent avec leur téléphone et un bottin, pour tenter de convaincre un maximum de personnes de voter pour Obama. Il semble que cela porte des fruits, même minimes: une grosse partie de la population est très mal renseignée sur les débats en cours et est prête à suivre le premier conseil venu.
Par ailleurs, contrairement à chez nous, il faut se décarcasser pour exercer le droit de vote. Il faut aller s’inscrire, apporter des attestations, remplir des formulaires. Des démarches que seule une partie de la population est prête à accomplir… Des gens d’une certaine éducation et d’un certain niveau de vie. D’où l’importance de convaincre ceux qui ne votent pas d’habitude d’aller voter, pour donner plus de chances à Obama. Depuis que je suis aux Etats-Unis, j’ai croisé à différents endroits, en rue, des étudiants qui proposaient d’aider à “register to vote”.
Je ne suis guère sorti de la maison pour visiter. Comme je le redoutais, avoir quelques jours d’avance, ça me fait travailler plus lentement au montage. Résultat: je fais en plus de quatre jours ce que j’aurais pu faire en deux…
J’ai quand même fait quelques tours à vélo. J’ai beau savoir à l’avance que cette ville est immense, ça reste impressionnant de tracer à vélo, tout droit pendant des kilomètres et des kilomètres, sans que le paysage change. Il faut même une heure et demie en bus pour aller de Venice Beach à Downtown où se trouve la gare Greyhound. Stressant, quand on est, comme moi, toujours sur le fil du rasoir pour les horaires ! Je veux prendre le bus jusqu’à Tijuana. Là, je prendrai l’avion pour Oaxaca où je compte faire mon film “auberge espagnole”. (On doit faire un film sur ce thème à un moment donné de Müvmédia, Hostelling International étant un sponsor).














