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Miami

 

 

Il fait très chaud dans le bus. L’air conditionné est en panne et… le chauffage est bloqué et tourne à plein régime !! Très agréable, dans un car sous le soleil de Floride ! :-)

 

 

La gare Greyhound de Miami Downtown ressemble à une blague. Ou à un guet appens. Mais apparemment, Miami Downtown, c’est à peu près ça. C’est plutôt à Miami Beach que ça se passe, une grande île qui longe la côte. Avec Annah, une dame que j’ai rencontrée dans le bus, nous nous rendons là-bas, dans une auberge. C’est horrible. Les chambres sont minuscules, les lits superposés font 50 cm de large, c’est sale, bondé, cafardeux. Pour reprendre une phrase qui fera l’anthologie de Müvmédia 2008: “Ceci n’est pas une auberge Hostelling International”. De fait.

 

Je propose à Annah de trouver une solution alternative: une chambre d’hôtel à partager en deux. On fait une recherche approfondie sur internet et on trouve le deal du siècle. Si bien que pour le même prix par personne, on trouve une chambre d’hôtel trois étoiles très confortable et très bien située ! Je passe trois jours à y faire mon montage, assis sur mon lit. Mais ça sent tellement la fin que ça va vraiment, vraiment lentement.

 

  

 

Cela dit, je suis agréablement supris par Miami. Le climat est très agréable, des palmiers partout, et tout le centre le long de la mer est art-déco. C’est très people, et les gens se la pètent, mais ça m’amuse. 

 

(Très) courte halte à Savannah

 

Plusieurs personnes m’ont recommandé Savannah (toujours en Géorgie) comme destination suivante. Mon plan est d’y aller deux ou trois jours dans un hôtel, pour entamer tranquillement le montage de mon film bilan, et continuer ensuite à mon aise jusque Miami, une destination à laquelle je pensais dès le début car un ami belge, Thomas, vient d’y emménager. 

 

Je débarque à Savannah en début de soirée. C’est une très belle ville, très verte, beaucoup de rues piétonnes, et de vieux arbres forment un toit dense et naturel au-dessus de nombreuses rues. Mais c’est très cher. Je me rends vite à l’évidence, je ne trouverai pas d’hôtel à prix abordable. Je fais des recherches sur internet, et le seul endroit que je peux me permettre n’est plus desservi par les bus à cette heure-ci. Que faire ? Une observation que Geoffrey avait faite il y a bien longtemps à Montréal me revient à l’esprit: le pass Greyhound, ça permet aussi d’avoir toujours un endroit où dormir… Bonne idée: à 1h du matin, je prends le bus pour Miami. Je dors comme un bébé.

 

 

Dernier grand trajet Greyhound

 

J’ai décidé de terminer mon périple par un petit tour dans le Sud-Ouest des Etats-Unis. Je fais ainsi mon dernier grand voyage en bus. Dix-neuf heures. Pour la dernière fois, une de ces nuits si étranges. Entouré d’une étrange population pure américaine, silencieuse. Je pense que je ne l’ai pas encore mentionné, mais les gens qui prennent le bus aux Etats-Unis, en règle générale, c’est parce qu’ils n’ont pas de voiture. Et pour que des Américains n’aient pas de voiture, il faut vraiment qu’ils aient de gros problèmes financiers ou sociaux, voire physiques ou mentaux !

 

C’est vraiment une expérience, un voyage en bus Greyhound. Cet air trop froid soufflé à la base des fenêtres, cet accoudoir que vous vous empressez de baisser quand vous pressentez que la dame obèse qui vient d’entrer dans le bus est pour votre pomme, ce tissus bleu au motif du chien emblématique sur les sièges, qui doit avoir déjà vu passer pas mal de gens propres et moins propres, le chauffeur qui bredouille dans son micro dans un anglais que je ne pouvais pas comprendre les premières fois, et qui n’a maintenant plus de secret pour moi (il faut dire que c’est chaque fois la même chose: interdiction de fumer, même dans les toilettes, merci de “voyager Greyhound”, ne pas oublier le reboarding pass avant le changement de chauffeur…). Et ces fameuses haltes pendant la nuit, lors desquelles tout le monde est obligé de descendre pendant une heure, dans une sinistre gare endormie, dans laquelle on erre hagards, en attendant de pouvoir réintégrer sa banquette pour essayer de retrouver le sommeil…

 

 

C’est le matin. En route vers la Géorgie, et c’est l’automne ! Les paysages sont magnifiques. Me reviennent à l’esprit des poèmes de l’école primaire sur la nature qui a revêtu son beau manteau d’automne, etc. Ca ne m’avait jamais touché. J’avais jamais trouvé que les arbres qui changeaient de couleur méritaient des poèmes. Là, aujourd’hui, je crois que c’est la première fois que je trouve ça vraiment, franchement beau. 

 

Ca me fait aussi réaliser que du temps est passé depuis que je suis parti. Je compte. Tout juste trois mois. 

 

Encore une heure de bus avant d’arriver à Macon. En arrivant, je téléphonerai à mon hôte couchsurfing. Il viendra me chercher à la gare. On ira chez lui. Je parlerai avec lui pour essayer de trouver un sujet pour mon film. Ca devient un peu répétitif. Mais c’est la dernière fois.

Tout le monde n’est pas aussi libre

 

- Jake Monrow, who’s Jake Monrow? 

 

Portland. C’est la nuit. On vient de faire escale. Le chauffeur passe dans l’allée avec un papier à la main. Un adolescent de seize, dix-sept ans qui est dans le bus depuis un bon bout de temps, se lève.

 

- I’ve to check something with you, could you come and see?

 

Le garçon le suit. Trente secondes plus tard, le chauffeur revient.

 

- Helen Hunter? Is Helen Hunter here? 

 

C’est la jeune fille qui était assise à côté de l’autre, qui sort. 

 

Les autres passagers du bus commentent. Certains disent qu’il doivent avoir mélangé des bagages. D’autres confirment après avoir regardé par la fenêtre: les membres du  personnel de la gare ont l’air embêtés, coupables. Ca y est, on va tous de voir sortir pour identifier des cadavres de bagages explosés, je me dis.

 

Un employé Greyhound monte à son tour et demande où étaient assis les deux jeunes gens. Il prend leurs affaires. Les passagers avec qui ils avaient discuté expriment leur étonnement. Il explique qu’Helen et Jake ont été arrêtés. Tout simplement. Ils fugaient.

 

C’est très bizarre que des membres de notre petite communauté des voyageurs du bus soient ainsi stoppés net. Qu’on nous les prenne sans qu’ils aient pu dire au revoir. Même s’ils fuguaient, d’un certain côté, j’aurais aimé qu’ils arrivent à leurs fins. Bon vent, Jake et Helen. Moi je suis libre comme l’air, et je vous dois de l’apprécier comme il se doit !

Tiens, où est mon ordinateur?

 

Premier aperçu des Etats-Unis à Seattle. La gare des bus est assez sinistre. Vieux système, mal entretenue. On se croirait dans un pays d’Europe de l’Est il y a quinze ans. Je suis surpris de constater que toutes les indications sont en anglais et en espagnol. Je pense à la Belgique, où le bilinguisme semble tellement douloureux en-dehors de Bruxelles, alors que le pays compte deux et même trois langues officielles. La salle d’attente est très animée malgré l’heure tardive, et la file pour mon bus en correspondance va jusque dans la rue. Mais tout le monde y trouve place quand il arrive enfin. Il y a tous les âges, toutes les classes (en tous cas à en juger par les vêtements, qui vont du carrément pouilleux au tiré à quatre épingles), toutes les couleurs de peau. Une fois installé dans le bus, tout ce melting pot est étrangement silencieux, les gens sont distants les uns avec les autres, comme pour se préserver un espace vital virtuel malgré la proximité physique.

 

Le matin, par contre, après une halte petit déj dans un snack au bord de la route, les gens commencent à discuter. Comme si la nuit passée ensemble à bord du même navire nous avait rapprochés. Nous sommes entrés au Montana, et les paysages sont magnifiques. De grandes vallées de cônifères, on croise régulièrement la voie ferrée qui serpentent entre les collines, et sur laquelle circulent à vitesse réduite des trains de marchandises interminables, sortis d’un autre âge. C’est vraiment très beau. Je me sens bien. Moi, seul loin de chez moi, rien d’autre à penser autre que découvrir, juste vérifier que mon sac à dos suit bien dans la soute à bagages, et que j’ai ma caméra et mon ordinateur avec moi dans le bus. 

 

Tiens, au fait, où est mon ordinateur ? Petite sueur froide. Je vérifie à mes pieds. Dans le porte bagage. Encore à mes pieds. Encore dans le porte bagage. Je réfléchis très vite. Je me dis que c’est toujours comme ça, on se fait des frayeurs pour rien et puis on retrouve toujours ce qu’on cherche juste à côté. Eh bien là, non. Y a un post it virtuel attaché dans mon cerveau qui passe subitement devant mes yeux: « ne pas oublier l’ordinateur sur la chaise d’à côté »… Et merde. Je l’ai oublié dans le snack. Merde, merde. Je respire un grand coup. La fille assise derrière moi voit mon énervement et me demande si j’ai oublié quelque chose. Et de fil en aiguille, tout le bus est au courant et me suggère des solutions. On me prête un téléphone, quelqu’un me donne le numéro des rensigenements, quelqu’un d’autre se souvient du nom de la ville, un autre du nom du restaurant, et ainsi de suite. J’apprends avec soulagement que mon ordinateur est retrouvé et en de bonnes mains.

 

Arrivé à Missoula, la ville suivante, je m’arrange pour que le responsable du restaurant, qui l’a reçu d’un serveur, le confie à la pompe à essence toute proche, dont le tenancier devra le donner au chauffeur du bus du soir, qui devra le rapporter à Missoula, où je l’attendrai avec impatience, et surtout en croisant les doigts, parce que ça fait beaucoup d’intermédiaires ! Après une journée assez stressante à poireauter dans la ville (très belle, au demeurant), j’ai envie d’embrasser le chauffeur du bus du soir quand il fait apparaître mon ordinateur hors de son sac.

 

Arrivée du bus qui devrait avoir le laptop (son)