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Macon

 

Pour mon dernier film, j’ai choisi un hôte couchsurfing qui me semblait habiter à la campagne, dans un petit village. C’est du moins l’impression que j’avais en consultant Google Maps. Malheureusement, il s’agit en fait de la grande banlieue de Macon. Le modèle typique américain: plus on s’écarte de la ville plus les maisons sont espacées, … mais c’est toujours la ville. Pas de petit village ou de hameau avec une église, une école et une mairie, juste un centre commercial qui fédère un peu le coin. C’est raté pour l’atmosphère rurale ! Même après trois mois, j’ai du mal à accepter l’idée qu’en général, l’organisation spatiale de la société étasunisienne est fort différente de la nôtre. 

 

Tout ça pour dire que (et c’est la dernière fois que j’emploie cette expression), je me retrouve dans une superbe maison dans un jardin immense, mais coupé de toute vie de voisinage, de “gens du coin”. Bien que l’on soit tout entouré de plein d’autres villas et jardins tout aussi classe. La ville est à près de quarante-cinq minutes en voiture, y a pas l’ombre d’un train ou d’un bus pour la rejoindre, et je n’ai donc que les déplacements professionnels de Jacob, mon hôte, pour bouger et trouver mon film. 

 

En fait, j’ai surtout beaucoup misé sur un super sujet (le thème est “samedi soir”): son oncle qui vient de sortir de prison. A quoi ressemble le samedi soir de quelqu’un qui doit reconstruire son réseau social à zéro ? Ca me semblait parfait. Pendant plusieurs jours, c’était à deux doigt de se faire, pour finalement avoir un non définitif. J’aurais dû prévoir un plan B, mais je ne l’ai pas fait. 

 

Samedi soir à Macon, Géorgie.

Center = centre commercial

 

J’avais oublié cette anecdote, il y a déjà plusieurs semaines, à un arrêt de bus à Fresno, en Californie. Je me renseigne auprès des gens qui attendent.

 

- Is it the good line to go to the city center ?

- I don’t know.

- Heu… The city center, Fresno ? 

- I don’t know, ask the driver when a bus comes.

 

Autre tentative:

 

- Is this line going to the center ? 

- To which center ? 

- Beh… The city center !

- I don’t know. Where is it ?

- ?! Beh… 

 

Soit les gens d’ici ne sont pas des lumières, soit il y a comme quelque chose qui m’échappe. Encore un essai:

 

- Is it the good line to go to the city center?

- I don’t know this center.

- ?!?!

We are in Fresno, right ?

- Yes.

- So where is the city center ? 

- I don’t know ! 

Is it downtown ?

- … (Aaaaaaaah, ok !!!) 

Yes !! I want to go DOWNTOWN !

- Yes, that’s the line.

- (Alleluia)

 

Y avait comme quelque chose qui m’échappait.

Comme quoi, j’améliore mon anglais tous les jours.

Moral en dents de scie

Je suis de moins en moins content de mon projet de petit film. J’ai opté pour un regard « systémique » sur les flux de personnes dans Calgary. Une ville super riche, presque que de bureaux, qui est envahie tous les matins par les travailleurs… et par des centaines de sans-abris. C’est incroyable. Dans certaines artères, il y en a autant que de gens « avec-abris ». Deux communautés qui ne se partagent rien, sauf le même espace.

Bref, de plus en plus, je me dis qu’on va me reprocher de ne pas avoir suivi une personne en particulier. Surtout que c’est le premier truc que le jury va voir de moi.

Et parfois non, je me dis que c’est original. Mais en tous cas, je m’y prends mal et je n’arrive pas à en sortir: je passe tout mon temps à ça, je ne fais rien d’autre que de me lever à l’aube, marcher toute la journée et rentrer crevé.

Je me rends chez mon troisième et dernier hébergeur à Calgary: une famille en banlieue. Je suis à l’avance, et je m’assieds au bord d’un parking de centre commercial. Je réalise je suis à trente kilomètres du centre, toujours en pleine ville, dans un quartier qui porte le nom du centre commercial. En Amérique, c’est pas un clocher, qu’on trouve au milieu d’un quartier, mais un centre commercial. Peut-être que l’expression consacrée, ici, c’est « il faut remettre le centre commercial au milieu du village » ?

Débordant d'énergie

Mais ça me fout le blues. Si c’est ça, l’Amérique, eh bien c’est bon, j’ai compris, pas besoin d’y rester trois mois. Comment je vais faire pour trouver des sujets de films dans cette jungle uniformisée ?

Mais il m’en faut peu, pour le moment, pour passer d’un état démotivé à un état super positif.

Genre tomber sur une famille couch surfing qui m’accueille à bras ouverts.

Wendy, Charlie et Fraser sont débordants d’énergie, de sourires, de curiosité à mon égard. Ils m’emmènent au restaurant (les restos, c’est aussi dans les centre commerciaux, mais bon).

Ils m’expliquent tout sur le geo-caching qu’ils pratiquent avec passion. C’est un autre site web communautaire dont le but est de cacher des « trésors » un peu partout dans le monde, et laisser des indices sur le site. On regarde s’il y en a qui sont cachés à Gedinne, mon village en Belgique. Y en a trois ! Et je connais les lieux-dits décrits. Ca fait tout bizarre. Mon père adorera ça.

J’aurais vraiment aimé accepter leur proposition de faire une balade geo-caching avec eux, mais « c’est à l’aube que tout commence » tombe comme une sentence, et ce sera pour une autre fois.

Il faut vraiment que je m’organise mieux pour la suite. Trouver un sujet simple, petit, concret, chouette, le tourner en un jour maximum, le monter DE MANIERE SIMPLE en un autre jour maximum, privilégier les plans séquences de par exemple 3 min 45, et profiter du voyage ensuite, sinon, Müvmédia va devenir une corvée. Il faut que ça reste un plaisir, absolument. Voilà, je l’ai écrit, comme ça, c’est officiel, et je suis bien obligé de m’y tenir. Désolé de vous faire subir cette popote interne, mais merci de l’avoir accréditée par votre lecture :-D

Charlie, Wendy et Fraser

Charlie, Wendy et Fraser

Fraser s’en va à l’université de l’autre côté du Canada la semaine prochaine. Sa mère et lui sont allés acheter des webcams pour communiquer par Skype. Ca me fait rire, toutes les mères sont les mêmes par rapport à l’informatique. Je leur dis.