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Center = centre commercial

 

J’avais oublié cette anecdote, il y a déjà plusieurs semaines, à un arrêt de bus à Fresno, en Californie. Je me renseigne auprès des gens qui attendent.

 

- Is it the good line to go to the city center ?

- I don’t know.

- Heu… The city center, Fresno ? 

- I don’t know, ask the driver when a bus comes.

 

Autre tentative:

 

- Is this line going to the center ? 

- To which center ? 

- Beh… The city center !

- I don’t know. Where is it ?

- ?! Beh… 

 

Soit les gens d’ici ne sont pas des lumières, soit il y a comme quelque chose qui m’échappe. Encore un essai:

 

- Is it the good line to go to the city center?

- I don’t know this center.

- ?!?!

We are in Fresno, right ?

- Yes.

- So where is the city center ? 

- I don’t know ! 

Is it downtown ?

- … (Aaaaaaaah, ok !!!) 

Yes !! I want to go DOWNTOWN !

- Yes, that’s the line.

- (Alleluia)

 

Y avait comme quelque chose qui m’échappait.

Comme quoi, j’améliore mon anglais tous les jours.

Pastels Bistro

Tecopa Hot Springs Resort, c’est aussi, last but not least, un petit restaurant. Lui non plus ne paie pas de mine. Et pourtant ! Il faut savoir que le cuisinier de ce qu’on pourrait prendre pour une gargote est un des plus grands ! Après une glorieuse carrière dans les restaurants les plus réputés de New York et Las Vegas (!), le chef John Muccio a décidé de tout planter là, il n’était pas heureux. Il a décidé de se retirer à Tecopa et d’y établir un tout petit restaurant, juste l’ouvrir trois jours sur sept, chaque semaine avec une nouvelle carte d’une dizaine de plats. 

 

Mais quels plats ! Fins, goûteux, délicieux, beaux pour les yeux, c’est magique. D’autant plus que c’est une véritable surprise de manger comme ça dans le bled le plus paumé qu’il soit. 

 

 

John a emménagé à Tecopa avec son fils Ryan, et sa meilleure amie, Sholei, qui est là depuis quelques mois pour faire le service. C’est aussi un véritable plaisir de manger là pour leur compagnie. Ils sont tous les trois éminemment sympathiques, sans pour autant être envahissants.  

 

Les quelques clients sont les gens du coin à qui il n’aura pas fallu dire deux fois de revenir, ainsi que de rares touristes arrivés là par hasard, et repartant complètement éberlués par le repas qu’ils viennent d’avoir.

 

C’est là que j’ai tourné mon film sur les élections américaines. J’ai simplement discuté de politique avec les gens du cru, les hommes du désert. Malheureusement, l’histoire de John et de son restaurant a dû passer à la trappe. Kill your darlings, qu’ils disent, les monteurs. C’est exactement ça. Mais rien n’est perdu, puisque voilà quelques plans de John rien que pour vous !

 

http://www.dailymotion.com/videox74ov2

 

 

Je quitte cet endroit à regrets (mais c’est le lot au moins hebdomadaire du Muvmédien). John me dépose à un soi-disant grand carrefour non loin de Tecopa. Je vais faire du stop vers Barstow, où j’espère arriver à temps pour le dernier bus vers Los Angeles. 

Le grand carrefour en question n’est pas spécialement fréquenté. Je dirais même plus, pas du tout. Me voici en plein désert, un peu coincé ! Mes amis belges m’avaient fait promettre de ne pas faire du stop dans le désert en dehors d’une agglomération, ni sans chapeau, ni sans des quantités d’eau. Bon. J’ai une casquette. Et mes deux bouteilles d’eau, ben, elles sont bues après une demi-heure. Et là, ça fait deux heures que j’attends. Mais ça va, la nuit va tomber. J’en serai quitte pour une nuit à la belle étoile… Mais non, car je tombe sur deux Suédois, l’un en vacances, l’autre travaillant à Los Angeles, qui reviennent de Las Vegas vers LA. Me voici embarqué d’un coup tout là-bas, et je passe même la nuit chez eux. La vie n’est pas toujours si compliquée.

 

Las Vegas - Tecopa

C’est marrant, la perception du stop aux Etats-Unis est semblable en Europe. Les gens qui prennent disent chaque fois qu’ils ne voient jamais d’auto-stoppeurs, mais que dans le temps, c’était courant. Que c’est dangereux, de nos jours, savez-vous. Et vous attendiez depuis longtemps ? Et là, c’est toujours gênant de dire que non, que je venais de brandir ma pancarte, et que non, désolé, vous n’êtes pas mon salvateur d’un calvaire de plusieurs heures sous le soleil. Même si j’aimerais dire que c’est le cas pour lui faire plaisir. Exactement comme en Europe.

 

Bref, il ne m’a pas fallu vingt minutes pour trouver un lift pour m’extraire de Las Vegas (j’ai par contre dû beaucoup marcher pour trouver l’emplacement idéal). Je trouve les “bike lanes” très à propos pour laisser la place à la voiture pour s’arrêter, surtout sur les routes à six ou huit bandes.

 

En deux étapes, John, puis Damian, j’arrive à Tecopa. Un hameau aride (pas un brin d’herbe, que de la rocaille). La Vallée de la Mort est le point le plus chaud d’Amérique. Même le vent, brûlant, ne rafraîchit pas.

 

Et il se trouve que Tecopa est réputé pour… ses bains d’eau bouillante. Ben voyons ! C’est étonnant à première vue, mais je dois dire pour l’avoir essayé, qu’à la nuit tombée, et quand la température est un peu descendue, on se sent fort bien en en ressortant. La chambrette que je loue au Tecopa Hot Springs Resort (nom assez pompeux pour ce que c’est) me donne accès gratuit aux mini-piscines où l’on peut s’ébouillanter dans une eau déjà reconnue pour ses bienfaits il y a plusieurs siècles par les Indiens.

Petite pause sentimentale

C’est la troisième fois que je suis dans un état émotif intense aujourd’hui. Ce matin, dernière journée à San Francisco, je prends un café au Starbucks du coin. A peine connecté sur Skype, on me dit de Montréal que le film que j’ai rendu hier est bien. Pfiou, après trois films assez moyens, ça fait du bien. Je suis d’autant plus étonné que quand j’ai osé le regarder hier soir après l’envoi, je l’avais trouvé plate, comme disent les Québécois. 

C’est aussi ma semaine de congé qui commence, il fait beau, la ville est belle, mon café est bon, et l’Amérique est toute à moi. Je suis bien.

 

En fin de journée, je prends le bus pour Fresno, au Sud. Je compte retrouver Oli, Doris, Nico et Bobby, des amis belges qui font un tour de Californie. 

Quand je reçois leur réponse à mon sms, ça me fait super plaisir. Ils ne sont pas loin. Ca va être très chouette de les retrouver. Surtout dans un contexte de vacances californiennes ! Je plane.

YouTube Preview Image

Là, je suis dans le car qui roule dans la nuit. Personne n’a allumé sa petite lampe. Il n’y a que le bruit de la console de jeux d’un gamin et le ronronnement du moteur. J’écoute « Who wants to live forever » de Queen. C’est la première fois que j’écoute de la musique depuis le début du voyage. En fait, ce morceau colle super bien à la route de nuit. A la fois sombre et grandiose. 

 

Je pense à Müvmédia en général, je fais un peu le bilan. Ca fait six semaines que j’ai quitté Bruxelles. Ca ne m’est jamais arrivé d’être parti aussi longtemps, je crois. Et ce n’est encore que le début, là, je suis en train de continuer à m’enfoncer dans l’Amérique et dans la nuit.

 

Je pense à toutes les personnes que j’ai déjà rencontrées. Cela fait beaucoup. Je ne reverrai probablement jamais la plupart. C’est spéce. 

 

Et je pense à tout mon entourage que je reverrai, lui. J’ai l’impression qu’après un tel voyage, je l’apprécierai plus. Je me rends compte de sa valeur. Je veux passer plus de temps avec mes amis et ma famille. Je dois profiter de la vie au jour le jour. Ne plus me dire « demain ». Les amis, ça s’entretient. Ce n’est pas « pour plus tard ». C’est maintenant. Now. 

Mon dieu, quelle envolée… :-)

 

Un type de mon village, un rien plus vieux que moi, a mis fin à ses jours la semaine passée. Je l’aimais bien. C’était quelqu’un de bien. J’aurais aimé mieux le connaître. Mais il n’est plus là. J’y pense souvent depuis que j’ai appris la nouvelle. Là, j’y pense très fort. 

 

Je remets « Who wants to live forever » pour la troisième fois. Je n’avais jamais fait attention aux paroles. Et dans la nuit sombre qui défile, je pleure un petit coup.

San Francisco


J’arrive à San Francisco quand il commence à faire noir. Je n’ai à nouveau pas d’endroit où dormir et je me sens un peu perdu quand je débarque du bus dans le Financial District et ses buildings. Jusqu’à ce que je trouve un Starbucks ! C’est devenu un apaisement chaque fois que je vois l’enseigne :-P Un chez-moi douillet où que j’arrive aux Etats-Unis: une bonne connexion internet dans un cadre agréable, pour le prix d’un café. (C’était mon petit hommage à Starbucks.) Sur internet, je peux trouver un plan de la ville, des hotels, des auberges, des couch surfers. J’ai la chance d’avoir un ami, qui parmi bien d’autres choses, est un pro des bonnes combines internet, et qui est sur Skype au bon moment. Il me guide pour trouver un hôtel bon marché in extremis.  C’est ainsi que je découvre Priceline, un site sur lequel on fait une offre (le montant qu’on est prêt à mettre) et la catégorie désirée (le nombre d’étoiles) pour une chambre d’hôtel, et on paie par carte de crédit avant de recevoir le nom et l’adresse de l’hôtel. Il y a moyen de faire de très bonnes affaires. (C’était mon petit hommage à Thomas.)

 

Le lendemain, je finis par trouver un couch surfer pour m’héberger, et surtout pour m’aider à m’immiscer parmi les San Franciscains (?) pour trouver un sujet de film. Enfin, je croyais. Apparemment, y a tellement de demandes Couchsurfing à San Francisco, que les gens qui acceptent le font plus par idéal hospitalier que par plaisir de faire des rencontres, d’après ce que j’ai compris. Hospitalier, il l’est en effet, mon hôte, mais je comprends vite que ce n’est pas la personne qui m’aidera pour mon film. Par contre, je rencontre Wil, qu’il héberge en même temps, et avec qui je passerai une agréable journée de tourisme. Wil est franco-anglaise et termine des études d’institutrice, un boulot qu’elle veut exercer à l’étranger. Elle essaie de voyager le plus possible pour trouver le pays idéal.


J’adore cette ville. Le contraste des habituelles rues perpendiculaires austères avec leur incroyable inclinaison donne un cachet de folie à la ville. Et l’eau, tout autour, et les ponts majesteux, et les arbres, c’est vraiment très agréable. Ca devient déjà une règle générale: en début de semaine je suis euphorique, je voudrais que Müvmédia ne s’arrête jamais. Puis je m’angoisse parce que je n’ai pas de sujet. Ca, c’est le pire. Petite accalmie quand je suis rassuré de l’avoir trouvé, puis deux jours (et parties de nuits) de stress à me battre avec-moi même pour avancer dans mon montage. Une fois le fichier envoyé, la pression retombe d’un coup sec et c’est de nouveau génial.

 

Si San Francisco est vraiment chouette, il y a par contre ENORMEMENT de sans abris dans le centre. Mais par rapport aux autres villes, ici, ils ont tous l’air d’avoir de graves problèmes mentaux. Selon certaines rumeurs, cela tiendrait au fait que Raegan aurait décidé en son temps de ne plus financer les institutions pour handicapés mentaux, jetant à la rue des tas de personnes tout à fait incapables de s’en sortir seules.

 

J’ai aussi entendu parler de cars qui les auraient déposés à l’entrée de villes où les hivers sont plus cléments, histoire qu’au moins, ils ne meurent pas tous dès les premières gelées ! (à vérifier !!)

 

Je ne suis pas prêt d’oublier un tableau surréaliste dans un couloir du métro: un vieux noir en guenilles tremblant de partout, jouant du violon en y mettant la passion des plus grands virtuoses. Mais à cause de sa tremblote, son archet ne faisait que sauter de manière désordonnée sur les cordes, produisant des sons complètement incohérents… Vraiment, un fou comme dans Tintin. J’ai hésité à le prendre en photo, je ne l’ai pas fait.

 

Je passe le reste de la semaine chez David, un type très sympathique (je ne l’ai pas pris en photo non plus) (lui, c’est un oubli, c’est pas un souci de déontologie, lol). Je me mords les doigts d’avoir dû décliner ses propositions pour rencontrer ses collègues ou amis, qui avaient pourtant l’air très intéressants, retard accumulé dans mon film oblige.

 

Mon film: vous verrez, ça tourne autour d’une photo d’enfant trouvée à terre dans la rue…