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Sur la route de Fort McMurray

Pendant des heures, des forêts sans la moindre trace humaine, si ce n’est la route qui coupe le paysage en deux. De temps en temps, un hameau avec une station service.

C’est là que j’achète un sandwich, genre les tartines en triangle pré-emballées. J’ai choisi celui qui me paraissait le plus équilibré.

Quand j’étais à l’âge d’apprendre à faire mes tartines (= sandwiches, pour les non-belges), on m’a dit que l’on ne pouvait pas mettre plus d’une, voire deux couches de charcuterie ou de fromage. Tu aurais fort à faire à éduquer ces Américains, maman ! (j’ai compté 15 couches par endroits)

Calgary

Lundi 18 août. Début officiel de Müvmédia. C’est l’aube. Anne, Sébastien et moi nous séparons dans la gare des bus de Calgary, ils doivent encore prendre une dernière correspondance. Moi, je m’arrête ici. Je traverse le grand hall, seul. D’un coup, ça fait bizarre. C’est pas vraiment le fait d’être seul qui me dérange, mais c’est l’idée que je vais l’être pendant trois mois. Je repense aussi aux autres Müvmédiens qu’on a quittés à Montréal.

Je sors de la gare des bus. Et… une photo s’avère nécessaire.

Calgary

Calgary

Si ça, c’est pas l’Amérique…

Traversée du Canada en car

Trois nuits et deux jours de car non stop, eh bien, c’est faisable ! Je suis toujours vivant, même pas crevé, et les mouches ne tombent même pas en m’approchant. Il faut dire qu’on a fait le voyage à trois, que sur certains tronçons, il n’y avait pas trop de monde, qu’on avait acheté des DVD, qu’on a bien discuté, et même bien dormi. Les paysages de l’Ontario étaient magnifiques (mais la batterie de mon appareil photo était plate, arg!) Des collines boisées de petits conifères à perte de vue, et des lacs, des lacs, … Des petits, des grands, et des immenses (comparez sur une carte la taille du Lac Supérieur avec la taille de notre Mer du Nord belge, et vous vous trouverez gonflé d’appeler ça une mer !).

Des DVD pour passer le temps. A l’attention du président du Jury Muvmédia: cher Laurent, vous aurez remarqué qu’Anne, Seb et moi vous aimons beaucoup. Nous espérons que vous saurez nous en être redevable en temps voulu. Avec notre considération distinguée.

Après, un paysage plus plat que celui chanté par Brel, à n’en plus finir de prairies. Sur des milliers (des milliers!) de kilomètres. Sous un soleil écrasant (vive l’air conditionné, même s’il est réglé sur 15°C).

Le tout ponctué de bleds paumés pour arrêts d’une demi-heure, avec fast food typique à nourriture peu équilibrée.

Heureusement, le tout en agréable compagnie. Ainsi que de chouettes gens rencontrés dans le bus: Julien, un Français qui consacre six mois pour un grand voyage à travers toute l’Amérique; une québécoise et son ami, qui s’en vont rejoindre de la famille à Vancouver, sur qui nous tombons par hasard dans un resto japonnais (nous avons eu le temps et la même idée de bouder l’éternel fast food devant lequel le car nous a déposé), et qui nous invitent gentiment à leur table. Ou encore, Shawn, un Canadien avec qui j’ai pas mal refait le monde.

mode starac avant mode solitaire

On sent que l’aventure va commencer, là ! Ces derniers jours de préparation à Montréal, on se croirait comme des vedettes de télé-réalité: on est célèbres pour n’avoir (encore) rien fait !

Mardi, aller-retour à Québec (à trois heures trente de route) pour apparaître vingt secondes sur un podium entre deux groupes, devant une foule en délire, en guise de promo. Ca le fait, je trouve. Ou plutôt: ça fait sont job, comme on dit ici.

Mercredi, conférence de presse, journalistes qui nous mitraillent, on s’y croit. Et on fait déjà les difficiles quand ça s’éternise. :-P La salle est décorée avec des photos de nous en pied plus grandes que nature. Egalement mercredi, lancement du site internet. Là, vraiment, on attrape la grosse tête.

Et si je vous dis que ce jeudi, on le passe dans un studio télé (j’écris en attendant mon tour), vous comprendrez que nous sommes vraiment devenus des stars du show biz.

Tout ça sans mérite, c’est très bizarre. J’imagine que c’est une chance, mais je ne réalise pas vraiment. Si on m’avait dit que j’allais passer une journée dans un studio pour une émission dans laquelle je participe, j’aurais trouvé ça extraordinaire, et là, je me surprends à râler parce que c’est long et qu’il fait trop chaud !

Je ne réalise pas non plus que demain, déjà demain, j’embarque dans le Greyhound pour soixante heures de bus jusqu’à Calgary, ma première destination, tout dans l’ouest du Canada. Soixante !

Ca contrastera avec tout ce qui se passe ici, de se retrouver tout seul au Far West à devoir se débrouiller pour manger, dormir, faire des films, trouver des connexions internet…