Categorie - Archives pour quotes

Le matin du jour J

 

http://www.dailymotion.com/videox7kdqm

Linda

 

J’apprends que Linda, la réceptionniste de l’auberge de Chicago, travaille là certaines nuits. Je décide de faire son portrait. Je pense que ça peut être intéressant de passer la nuit avec ce personnage que j’avais trouvé ambigu. 

 

Mais elle me prévient d’emblée, la nuit, il ne se passe rien. Qu’importe, pensè-je, le grand documentariste que je suis va capter ce rien de la nuit pour en faire un film :-D

 

Eh bien non, évidemment. Ca ne va pas. Je ne vois rien à filmer. Linda étudie un manuel de cours pour devenir hotel manager. Mais c’est tout. Juste à un moment, vers minuit, un groupe de quatre jeunes Sud-Américains débarquent tout contents d’avoir trouvé l’auberge. Mais Linda, sur un ton monocorde :

 

- I’m sorry, I don’t have male beds available. 

 

Celui des jeunes qui parle anglais attend que Linda continue. Linda répète.

 

- I don’t have male beds available.

- So…? 

- You keep asking me, but all I can say is that I don’t have male beds available.

- But we don’t have any place to go. Hotels are very expensive, here.

- Yes, I know. But I can’t do anything for you.

 

Silence. Le jeune homme garde son regard suppliant.

 

Linda soupire et descend de son tabouret. Elle prend une feuille dans un présentoir et la lui tend. C’est la liste des auberges les plus proches. Mais finalement, elle prend son téléphone et téléphone elle-même. Elle leur explique comment s’y rendre. Puis elle leur donne une carte de visite de l’auberge. 

 

- Call me if you get lost.

 

C’était une scène magnifique. Linda la dure, la sèche, qui d’un coup devient une vraie mère pour ces jeunes perdus dans la grande ville. Je l’adore. 

Mais… je ne filmais pas.

 

 

Linda… J’aurais aimé lui demander d’où elle vient, pourquoi elle porte des habits traditionnels africains (je n’ai vu personne d’autre le faire ici). Je suis partagé entre le fait de prendre les gens pour ce qu’ils sont au moment présent, ou m’intéresser à leur passé, leurs origines. Qu’est-ce qui serait le plus agréable pour elle ? Moi, j’aime exister pour ce que je suis là maintenant que pour d’où je viens ou mon background. C’est cool quand les gens s’intéressent à moi quand je leur parle de Müvmédia, mais je ne suis pas que Müvmédia ! Parfois, c’est comme si subitement les gens me regardaient différemment avant et après que je leur explique que je participe à une émission télé. Bon, c’est cool, bien sûr, mais je suis toujours la même personne. Suis-je insipide en-dehors du fait d’être un Müvmédien ? 

Bref, tout ça pour dire que :-) je ne pose pas de question à Linda sur ses vêtements, Linda n’est pas que ses vêtements, on doit déjà assez lui demander comme ça. 

 

Il ne se passe plus rien. Je m’endors presque, derrière ma caméra, en attendant qu’il se passe quelque chose. Je décide d’aller dormir.

 


Center = centre commercial

 

J’avais oublié cette anecdote, il y a déjà plusieurs semaines, à un arrêt de bus à Fresno, en Californie. Je me renseigne auprès des gens qui attendent.

 

- Is it the good line to go to the city center ?

- I don’t know.

- Heu… The city center, Fresno ? 

- I don’t know, ask the driver when a bus comes.

 

Autre tentative:

 

- Is this line going to the center ? 

- To which center ? 

- Beh… The city center !

- I don’t know. Where is it ?

- ?! Beh… 

 

Soit les gens d’ici ne sont pas des lumières, soit il y a comme quelque chose qui m’échappe. Encore un essai:

 

- Is it the good line to go to the city center?

- I don’t know this center.

- ?!?!

We are in Fresno, right ?

- Yes.

- So where is the city center ? 

- I don’t know ! 

Is it downtown ?

- … (Aaaaaaaah, ok !!!) 

Yes !! I want to go DOWNTOWN !

- Yes, that’s the line.

- (Alleluia)

 

Y avait comme quelque chose qui m’échappait.

Comme quoi, j’améliore mon anglais tous les jours.

Interrogatoire (1970)

 

DIALOGUE 

- Pierre, combien de membres avez-vous ? 

- J’ai quatre membres: deux bras et deux jambes. Avec mes jambes, je marche ; vous aussi monsieur, vous marchez avec vos jambes.

- Combien de doigts avez-vous ? 

- J’ai dix doigts : cinq doigts à la main droite et cinq doigts à la main gauche.

- Avec votre main droite, vous ouvrez et vous fermez la porte. 

- J’ouvre et je ferme la porte aussi avec la main gauche.

- Et comment est votre tête ? 

- Ma tête est ronde.

- Vos cheveux sont bruns, n’est-ce pas ? 

- Oui monsieur, ils sont bruns et courts.

- Avez-vous des cils et des sourcils ? 

- Oui, j’ai des cils et des sourcils noirs.

- Avez-vous des oreilles ? 

- Oui, j’ai deux oreilles.

 

Je commets ici l’acte parfaitement illégal de retranscrire intégralement un dialogue de la passionnante méthode de français pour adultes qu’utilisent les élèves de la classe de Maria-Luisa. J’espère que les héritiers de l’auteur vont m’intenter un procès pour non-respect du copyright de cette prose géniale. Ce serait drôle.

 

Et ci-dessous, une pancarte affichée au mur, laissée par l’ancien prof de français… Décidément, des cours les plus naïfs aux plus osés, c’est l’école des extrêmes !

 

 

C’est marrant de voir comment est perçu le berceau de la langue de Molière par les Mexicains. La France et ses merveilles…

 

 

Mais tout le monde s’accorde à dire que le français à une sonorité magnifique, et que c’est la langue de l’amour ! Certains étudiants l’ont choisi juste pour ces raisons.

 

Et pour en terminer avec ces anecdotes futiles, la carte de Paris. Elle m’a scié ! Au premier coup d’oeil, j’ai cru que c’était une parodie. Quel bordel de rues ! Après avoir passé trois mois dans les plans de villes en damier, celui-ci, bien de chez nous, m’a paru délicieusement exotique… 

 

“Y a pas plus d’ours ici qu’à Gedinne”

Vacances !! C’est ma semaine de relâche, et je passe deux jours avec des amis de Bruxelles, qui font un tour de Californie pendant trois semaines. Ils sont deux couples, Oli et Doris, et Nico et Bobby, ils ont loué une voiture, et ils vont de grandes villes en parc nationaux.

 

 

J’apprécie énormément cette petite incursion dans le groupe. C’est tellement plus facile et plus drôle d’accoster les gens, de blaguer avec la serveuse du resto, de partager des sensations, de commenter les paysages, … Il faut dire aussi que ce sont vraiment de chouettes amis ! Bien sûr, en groupe, il faut tout le temps se mettre d’accord, il faut s’attendre, etc. Mais là, je trouve ça vraiment agréable. Et je redoute déjà le moment où je devrai repartir seul de mon côté. Ce n’est pas que je suis tout le temps tout seul, au contraire, je passe mon temps à rencontrer des gens. Mais ce n’est pas la même chose que de partager du temps avec des personnes que je connais bien… 

 

Nous visitons ensemble le parc Yosemite. Ca fait du bien pour une fois d’être un vrai touriste sans devoir penser à faire un film.

 

 

          

 

          

 

 

Nous louons un abri de camping pour la nuit. Partout, des indications par rapport aux ours. Le plus important: ne pas laisser de nourriture dans les voitures. Sinon ils la repèrent avec leur odorat aiguisé et ils démolissent la voiture pour l’obtenir. Idem dans les campings qui sont munis d’armoires blindées où il faut ranger en permanence toute nourriture et produits de toilette.

 

 

Fin de soirée, on va se brosser les dents. Faut-il vraiment ranger les cadavres des bouteilles de bière pour cinq minutes ? 

 

- Mais non, voyons, dis-je. Il n’y a pas plus d’ours ici qu’à Gedinne (mon village en Belgique). J’échafaude une théorie selon laquelle toutes ces mises en garde ne servent en fait qu’à rendre la région plus palpitante pour attirer le touriste.

 

On se rend aux sanitaires, pas loin. Lorsque je reviens à l’abri, j’y retrouve Doris toute affolée. Deux ours sortaient de chez nous quand elle est arrivée ! Ils étaient donc dans les parages depuis un moment, ils nous observaient, et ils sont venus dès qu’ils nous ont vu partir…

 

Cinq minutes plus tard, on entend hurler “get out! get out!” d’un abri voisin.Puis des fusées de détresse sont lancées, pour les effrayer, comme nous l’explique un garde qui passe nous rassurer peu après.

 

Pas mal, ça, comme petit divertissement de fin de soirée autour d’un feu de camp, non ?!

 

Ma grand-mère (dans mon film "Vers l'Ouest"), face à Oli et Doris, à l'Apple Store de San Francisco ! Quel mélange...

 

Alors que leur périple se termine, Doris, Oli, Bobby et Nico me suggèrent des pistes pour la suite du mien. Ils me parlent d’une chouette soirée qu’ils ont passée dans un petit hameau perdu dans la Vallée de la Mort.

Vendu !