Categorie - Archives pour guide de survie en Amérique

Courte escale à Edmonton

Je prends le Greyhound pour Fort McMurray. On doit changer à Edmonton.

On est en retard et je rate la correspondance. Le suivant est dans trois heures. D’autres passagers sont dans le même cas, ils pestent, et se plaignent à qui veut l’entendre. Le chauffeur du premier bus, qui n’a pourtant rien à voir, endure patiemment les mécontentements. Y en a même un qui tape sa valise à terre, de rage. Eh, oh, les gars, vous n’avez jamais pris la SNCB ou quoi ?

Je téléphone à ma future couch host à Fort McMurray pour la prévenir du retard. Je m’affranchis en anglais, je trouve.

Puis j’en profite pour faire un tour dans la ville. Ca ressemble à Calgary pour les gratte-ciels, mais en plus cool. Ici, y a des jeunes, des vieux, des jets d’eau, des terrasses. Je croise quelqu’un qui me demande si je sais où je vais. C’est le chauffeur du bus qui m’a reconnu, et qui m’est peut être reconnaissant d’avoir été plus courtois que les autres, quand je lui ai demandé ce qu’il adviendrait de mon sac à dos. Il me dit que le… centre commercial est juste là-bas.

En Amérique, on sait toujours où on est

- On est où ici ?

- 6 et 24.

- Ok.

C’est sûr, ça a moins de charme que « entre la rue Haute et la place Poelaert, au centre, à la hauteur du Palais de Justice, tu vois, près de l’église des Minimes, où il y a cette petite place avec les terrasses ». Mais ça a le mérite d’être efficace.

C’est quoi, comme viande, ton sous-marin ?

Un sandwich à la carte, mais alors, vraiment, à la carte, ça se trouve au Subway. Derrière le comptoir, une série de serveuses vous posent chacune une question. On défile de droite à gauche, de serveuse en serveuse. Le sandwich fait le même trajet, de l’autre côté du comptoir.

Je repère un sandwich végétarien sur le grand menu derrière les serveuses. Ca ne peut pas me faire de mal, je demande ça.

J’aurais jamais cru qu’un sandwich végétarien puisse être autant customizable.

- Un sandwich végétarien, s’il vous plait.

- Quel pain ?

- Ben…

- Italien, blanc, gris, miel, noix ?

- Blanc.

- Douze pouces ou six pouces ?

- Pardon ??

- Douze pouces ou six pouces, le pain ?

- Ah ! Euuuuh. Excusez-moi, je suis européen, dis-je avec un petit air gêné.

Elle me sort les deux modèles du four, je choisis le petit. (Pour info, cela fait plus ou moins un tiers de baguette.)

La serveuse suivante: - Grillé ?

- Pardon ?

- Grillé, le pain ?

- Ah oui, ok.

- Quel fromage ?

- Ben… j’ai demandé un végétarien… Je, euh…

- Chedar ou suisse ?

- Euh, ben, suisse, alors.

(Il semble que le fromage ne soit pas facultatif… De toute façon, pour ce qu’il a de saveur, ça ne change pas grand chose.)

La suivante: - Quels légumes ?

Je dis deux trois légumes qui me viennent à l’esprit. Elle a l’air étonnée que je n’en dise pas plus. En effet, y a presque rien sur mon sandwich… :-S Ce n’est que plus tard (trop tard) que je remarque qu’il y a une liste avec les légumes disponibles.

- Quelle sauce ?

- Euh.

- Mayonnaise, ketchup, moutarde, (etc.).

- Mayonnaise.

- Sel, poivre ?

- Pardon ?

Elle soulève le sel et le poivre, pour me montrer (je dois vraiment passer pour un con).

- Ah non, merci.

- A emporter ou manger sur place ?

- A emporter !

(Et qu’on me foute la paix avec toutes ces questions.)

La suivante (c’est la dernière, mais pas la moindre). La caissière.

- C’est quelle viande, ton sous-marin ?

- Hein ?!

- C’est quelle viande ton sous-marin, reprend-elle en articulant bien.

Là, ce n’est pourtant ni un problème d’articulation, ni d’accent…

- Ben… j’ai pris un sandwich végétarien…

Au Subway, un sandwich, on appelle ça un sous-marin. Pourquoi pas une montgolfière ou un pédalo ? Je ne sais pas. Je sors de là encore éberlué par la dernière question, avec mon énorme pain, décoré d’une demi-rondelle de tomate et d’une feuille de salade pour toute garniture. Au moins j’ai de la chance d’avoir d’abord expérimenté le Subway au Québec, en français ! :-S Etats-Unis, here I come !