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(Très) courte halte à Savannah

 

Plusieurs personnes m’ont recommandé Savannah (toujours en Géorgie) comme destination suivante. Mon plan est d’y aller deux ou trois jours dans un hôtel, pour entamer tranquillement le montage de mon film bilan, et continuer ensuite à mon aise jusque Miami, une destination à laquelle je pensais dès le début car un ami belge, Thomas, vient d’y emménager. 

 

Je débarque à Savannah en début de soirée. C’est une très belle ville, très verte, beaucoup de rues piétonnes, et de vieux arbres forment un toit dense et naturel au-dessus de nombreuses rues. Mais c’est très cher. Je me rends vite à l’évidence, je ne trouverai pas d’hôtel à prix abordable. Je fais des recherches sur internet, et le seul endroit que je peux me permettre n’est plus desservi par les bus à cette heure-ci. Que faire ? Une observation que Geoffrey avait faite il y a bien longtemps à Montréal me revient à l’esprit: le pass Greyhound, ça permet aussi d’avoir toujours un endroit où dormir… Bonne idée: à 1h du matin, je prends le bus pour Miami. Je dors comme un bébé.

 

 

Quatre sujets en un jour

 

Veille de la dead line, le matin. Je prends congé de Jacob. J’ai toujours pas de sujet. Il me dépose à un café/sandwicherie que quelqu’un sur Couchsurfing m’a recommandé. Le gérant est aussi un prêtre apparemment assez conservateur. Faute de mieux, ça pourrait faire un sujet. J’observe l’homme en question en prenant un café. Je finis par l’interpeller et lui raconter. Il m’apprend qu’il n’est plus prêtre. Mais je le trouve quand même intéressant. On se donne rendez-vous dans l’après-midi.

 

 

Vu le temps qu’il me reste, il va falloir la jouer stratégique. Je m’installe dans l’hôtel le moins cher du centre, et je vais demander au centre de tourisme s’ils n’ont pas un sujet pour moi - pourquoi pas ?! :-) (Bon, c’est vrai, je suis tombé bien bas !)

 

La préposée n’est pas trop inspirée, mais me fait une projection privée du film de présentation de la ville dans l’impressionnante salle audio-visuelle du centre. C’est assez incroyable, de telles installations pour une si petite ville. Faut dire qu’il faut déployer les grands moyens si le but est vraiment d’attirer des touristes ici… Le film est tout aussi incroyable. Super bien léché, comprenant des plans avec des mouvements de grue, des travellings… Des interviews de commerçants, d’habitants. Macon comporte pas moins de trois night clubs, ce qui en fait… une capitale sensationnelle de la musique pour toute la région ! J’en passe des pires et des meilleures. Le slogan final, c’est le pompon : “On ne sait pas pourquoi, mais il y a quelque chose à Macon qui fait qu’on a toujours envie de revenir… c’est peut-être quelque chose dans l’eau.” Si il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est que moi je ne suis pas prêt de revenir, eau magique ou pas. (Et j’espère ne jamais devoir faire de films touristiques pareils.  “C’est peut-être quelque chose dans l’eau”… C’est triste de tomber si bas). A un moment je pense même en faire mon film : une parodie de leur publicité touristique. Mais tous comptes faits, je ne pourrais pas faire plus parodique que ça.

 

Les jours précédents, j’avais vu un établissement de voyance extra-lucide. Je trouve ça plutôt original, et je me lance, je vais demander à Michelle, la voyante, si je ne pourrais pas faire son portrait. Très gentille, très accueillante, un peu mystérieuse, un peu timide, je la sens très bien ! Elle me dit de revenir un peu plus tard quand elle saura si elle doit garder ses enfants ou pas. Je suis emballé par ce sujet et je décide de laisser tomber Scott, de la sandwicherie. Je prépare des questions par écrit, ça va faire un film du tonnerre. Mais quand je reviens, la réponse est non. Bon, retour vers la sandwicherie. 

 

C’est à ce moment qu’un gros noir m’interpelle de sa voiture garée au bord de la route. Il a repéré mon matériel et est très curieux de savoir ce que je fais. Je lui explique, lui demande des pistes pour mon thème. Il me dit que c’est tout trouvé, qu’il est producteur, dans le domaine de la musique et de soirées. Il gagne beaucoup d’argent, mais il a fait des gosses à des tas de filles, et ça lui coûte une fortune. Là, il va en faire la tournée. C’est un super sujet, mais je ne le réalise pas tout de suite. Je lui dis non, peut-être parce que je n’ai pas envie d’avoir l’impression qu’il me force la main. Je prends son numéro de téléphone au cas où. 

 

En continuant à marcher vers la sandwicherie, je me dis que je viens de renoncer à un très bon sujet. Je fais demi-tour pour retrouver mon homme. Il n’est plus là. Heureusement, j’ai son téléphone. Je cherche un cabine, je ne trouve pas. Je fonce à l’hôtel. Je téléphone… mais je tombe sur quelqu’un d’autre, j’ai mal noté le numéro. 

 

Bon… Cette fois-ci ce sera vraiment la sandwicherie. Ca va dans tous les sens, aujourd’hui… Et dire que dans quelques heures, je dois déjà commencer le montage… Pas mal, pour la dernière étape !

 

Je filme Scott. C’est un chouette type. Joshua Cup est un endroit convivial par excellence. Ambiance chaleureuse, et calme, bonne nourriture équilibrée, connexion internet gratuite. Public principalement étudiant. Scott discute régulièrement avec les clients, pour beaucoup d’entre eux, il est aussi un guide spirituel. 

 

Mais je termine mon tournage avec autre chose dans la tête: en filmant, j’ai rencontré un autre personnage du café, qui m’interpelle encore plus. Colleen. 

 

Colleen a une histoire triste et incroyable. Alors qu’elle était en train de faire une belle carrière à la base aérienne locale en tant qu’infographiste, elle a tout perdu. Son boulot, son argent, sa maison. Elle défend sa cause seule contre les quatorze avocats de ses anciens employeurs. Elle apprend le droit sur internet. C’est une fille droite et sensible, d’un courage sans pareil. Je me sens directement à l’aise avec elle, et elle m’ouvre son coeur et son histoire.

 

C’est ainsi qu’en fin de journée, je commence à l’interviewer. 

 

Si vous voulez en savoir plus sur son parcours (tellement abracadabrant que je me sens incapable de le résumer ici), vous pouvez lire son blog. Elle y a même parlé de notre rencontre (ici).

 

Je ne me suis jamais senti aussi utile dans mon “métier de documentariste”. C’est une sensation agréable. Mais c’est triste de devoir se limiter à quatre minutes… Or, je repars déjà demain. Je pourrais revenir après…

 

“Il y a quelque chose qui fait qu’on revient toujours à Macon”

 

 

                                  *   *

                                    *

 

 

Et me voici en montage, dans ma chambre d’hôtel… Ponctué de plusieurs allers-retours vers la pompe à essence pas loin,  où j’achète d’horribles hot dogs à un dollar, des M&Ms, des pâtisseries industrielles. Je suis complètement saturé de cette nourriture, mais je ne veux plus perdre une minute. 

 

Une heure avant la dead line, je me rends compte que je n’arriverai pas à faire ce que j’ai en tête. J’ai longtemps cru que j’y arriverais, mais là, je vais devoir prendre plus de temps et sacrifier des points. Mais d’abord, quelques heures de sommeil. Je fais quand même à toute vitesse une version simple que j’envoie dans les temps, histoire d’avoir quand-même envoyé quelque chose si je n’arrive pas à en terminer une autre dans les douze heures.  Après quoi, je vais m’acheter un vrai repas à emporter, que je mange en regardant un épisode de Desperate Housewives sur le site d’ABC. Sur Skype, Anne me dit que je dois laisser tomber et aller dormir. David aussi. J’hésite. Plus envie de travailler. Je sens que je sature. Ca devient éprouvant, cette situation chaque semaine, chaque fois en pire, en fait. Je décide de dormir quelques heures, je mets mon réveil à 4h du matin. 

 

Lorsqu’il sonne, il y a une pluie et un orage terribles. Des éclairs toutes les cinq secondes. Je reste un long moment à contempler le spectacle par la fenêtre. Je regarde mon ordinateur, éteint. J’hésite. Je suis crevé, mais c’est un dernier effort à fournir pour Müvmédia, ça se termine tout doucement. Je ne voudrais pas regretter cette paresse plus tard. C’est marrant, un tel dilemme amplifié par cet orage énorme…

 

Je retourne dormir.

Dernier grand trajet Greyhound

 

J’ai décidé de terminer mon périple par un petit tour dans le Sud-Ouest des Etats-Unis. Je fais ainsi mon dernier grand voyage en bus. Dix-neuf heures. Pour la dernière fois, une de ces nuits si étranges. Entouré d’une étrange population pure américaine, silencieuse. Je pense que je ne l’ai pas encore mentionné, mais les gens qui prennent le bus aux Etats-Unis, en règle générale, c’est parce qu’ils n’ont pas de voiture. Et pour que des Américains n’aient pas de voiture, il faut vraiment qu’ils aient de gros problèmes financiers ou sociaux, voire physiques ou mentaux !

 

C’est vraiment une expérience, un voyage en bus Greyhound. Cet air trop froid soufflé à la base des fenêtres, cet accoudoir que vous vous empressez de baisser quand vous pressentez que la dame obèse qui vient d’entrer dans le bus est pour votre pomme, ce tissus bleu au motif du chien emblématique sur les sièges, qui doit avoir déjà vu passer pas mal de gens propres et moins propres, le chauffeur qui bredouille dans son micro dans un anglais que je ne pouvais pas comprendre les premières fois, et qui n’a maintenant plus de secret pour moi (il faut dire que c’est chaque fois la même chose: interdiction de fumer, même dans les toilettes, merci de “voyager Greyhound”, ne pas oublier le reboarding pass avant le changement de chauffeur…). Et ces fameuses haltes pendant la nuit, lors desquelles tout le monde est obligé de descendre pendant une heure, dans une sinistre gare endormie, dans laquelle on erre hagards, en attendant de pouvoir réintégrer sa banquette pour essayer de retrouver le sommeil…

 

 

C’est le matin. En route vers la Géorgie, et c’est l’automne ! Les paysages sont magnifiques. Me reviennent à l’esprit des poèmes de l’école primaire sur la nature qui a revêtu son beau manteau d’automne, etc. Ca ne m’avait jamais touché. J’avais jamais trouvé que les arbres qui changeaient de couleur méritaient des poèmes. Là, aujourd’hui, je crois que c’est la première fois que je trouve ça vraiment, franchement beau. 

 

Ca me fait aussi réaliser que du temps est passé depuis que je suis parti. Je compte. Tout juste trois mois. 

 

Encore une heure de bus avant d’arriver à Macon. En arrivant, je téléphonerai à mon hôte couchsurfing. Il viendra me chercher à la gare. On ira chez lui. Je parlerai avec lui pour essayer de trouver un sujet pour mon film. Ca devient un peu répétitif. Mais c’est la dernière fois.

Center = centre commercial

 

J’avais oublié cette anecdote, il y a déjà plusieurs semaines, à un arrêt de bus à Fresno, en Californie. Je me renseigne auprès des gens qui attendent.

 

- Is it the good line to go to the city center ?

- I don’t know.

- Heu… The city center, Fresno ? 

- I don’t know, ask the driver when a bus comes.

 

Autre tentative:

 

- Is this line going to the center ? 

- To which center ? 

- Beh… The city center !

- I don’t know. Where is it ?

- ?! Beh… 

 

Soit les gens d’ici ne sont pas des lumières, soit il y a comme quelque chose qui m’échappe. Encore un essai:

 

- Is it the good line to go to the city center?

- I don’t know this center.

- ?!?!

We are in Fresno, right ?

- Yes.

- So where is the city center ? 

- I don’t know ! 

Is it downtown ?

- … (Aaaaaaaah, ok !!!) 

Yes !! I want to go DOWNTOWN !

- Yes, that’s the line.

- (Alleluia)

 

Y avait comme quelque chose qui m’échappait.

Comme quoi, j’améliore mon anglais tous les jours.

Tulum

 

 

- Oui, mais une plage comme ça, il faut en profiter.

- Oui, mais attends, si on va à la plage maintenant, après on n’aura plus envie de voir les ruines.

- Bah, c’est jamais que des ruines.

- On n’est quand même pas venues ici pour faire bronzette. Faut quand-même voir ces ruines.

- (gros soupir lourd de sous-entendus). Ok.

 

Les ruines mayas de Tulum sont à flanc de falaise. Le site comprend une plage sublime. J’observe la querelle typique d’amis en voyage ; là, trois françaises. L’horreur ? Eh bien, je les envie quand-même. Aujourd’hui, je me sens seul. J’erre entre les ruines sans vraiment apprécier, ici tout le monde est en groupe ou en couple.

 

… 

 

C’est drôle que je broie du noir dans des endroits pareils.

 

Ou peut-être que justement, c’est parce que j’aimerais partager cela avec quelqu’un.

 

En prenant cette photo, j'ai l'impression d'avoir vu cette image quelque part récemment. Peut-être dans un dépliant touristique ? Je réalise quelques jours plus tard que c'était sur le blog d'Anne, qui a foulé les mêmes sentiers que moi peu de temps auparavant ! On n'est pas très originaux dans nos destinations ! Il faut dire que c'est vaut la peine, et aussi que l'aéroport de Cancun tout proche nous permet une liaison gratuite vers le Nord.

 

 

 

Finalement, je trouve que ces ruines mayas-ci, à l’entrée du site, ont encore plus de charme.

 

 

woups, outre les touristes, y a aussi des indigènes, sur la plage...