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Petite coupe de cheveux dans la Zona Rosa

 

J’ai enfin trouvé un coiffeur de chez qui je ne ressors pas déprimé. Le problème c’est qu’il est un peu loin de Bruxelles. 

 

C’est un des petits détails “behind the scenes” qu’il faut gérer quand on voyage si longtemps… Et qu’on n’a pas l’habitude de faire ailleurs. Passer chez le coiffeur. Racheter des chaussettes. Faire des lessives. 

Mes vêtements qui sèchent place Zocalo.

 

 

La petite auberge HI se trouve dans le quartier “Zona Rosa”, c’est le quartier branché/gay de Mexico. C’est Guy qui me l’a fait remarquer, un peu hautain, d’ailleurs. Moi, il faut croire que je n’ai pas les yeux en face des trous ! Car énormément de couples homos se baladent main dans la main, même bien plus qu’à San Francisco. Autre chose que je n’avais pas remarquée, et là c’est Geoffrey qui me le fait rendre à l’évidence: physiquement, les Gringos ont la cote chez les Mexicaines. Et chez les Mexicains de la Zona Rosa. Du coup, pour voir, je soutiens le regard des mecs que je croise. Wooops… en effet ! C’est assez gratifiant, je trouve… :-P

Cherchez l’erreur

 

Il y a un détail insolite dans cette photo. Lequel ? 

 

 

 

Réponse: Ben il n’y a que des femmes sur cette partie de quai ! Pendant les heures de pointe, une partie des rames du métro sont exclusivement réservées au femmes (et petits enfants). Celles-ci ont le droit d’être un peu moins compressées que les hommes. Et compressé, c’est peu dire. 

 

J’en fais les frais. Bloqué comme ça pendant tout un temps entre deux stations. Ma caméra disparaît de mon sac. 

 

Me voilà paralysé…

 

Mais pour deux jours seulement. Car, il faut le souligner, l’équipe de production de Müvmédia est disponible et efficace: Marie-Michèle m’expédie directement une caméra de remplacement, qui me parvient une quarantaine d’heures plus tard. 

 

 

Et… je vois Geoffrey qui est à Mexico aussi ! Quel plaisir d’échanger nos expériences, plaisirs, frustrations de Müvmédiens ! C’est bizarre, c’est en le voyant ici que je réalise subitement que je suis au Mexique ! On passe quelques heures ensemble, il me donne aussi un coup de main pour mon film, et puis nous retournons vers nos travaux respectifs. C’est que la dead line approche… Il y a toujours une dead line qui approche, pendant Müvmédia… :-S Je décline son invitation à un match de catch mexicain, très populaire ici. (Il me reste moins de deux jours pour terminer le tournage et faire le montage.) Mais ce n’est pas pour autant que je n’expérimenterai pas ce sport, comme vous le constaterez dans une très prochaine émission télé.


Même terrasse qu'avec Guy, trois jours plus tard: c'est Andres qui le remplace, pour faire des contre-plans.

 

Je ne montre jamais ce genre d'endroit où je passe chaque semaine beaucoup d'heures difficiles: mon studio de montage :-)

 

 

Pour ce film, j’ai copié Maxime, je me suis senti inspiré pour une affiche…

 

Bientôt sur vos écrans et sur www.muvmedia.tv ! :-P

Mexico sonore

 

Un petit exercice que je m’amuse régulièrement à faire depuis que j’ai passé quelques jours dans le désert: faire l’analyse sonore du bruit ambiant. Essayer d’isoler et de reconnaître chaque composante du son qui parvient à mes oreilles. C’est pas nécessairement évident.

 

Un vieux souvenir de cours: dans la pratique, le vide sonore absolu est impossible. Même dans le plus grand isolement sonore, il restera toujours le bruit des battements du coeur de celui qui écoute… C’est dire s’il est rare de se retrouver dans de telles conditions: un endroit où il ne reste vraiment plus que son propre coeur à écouter. 

 

Eh bien à Tecopa, c’était frappant. Je n’en suis pas arrivé là, mais quand j’y prêtais attention, le silence était… vertigineux. Le moindre petit bruissement prend des proportions démesurées. 

 

Quand j’ai fait du stop dans le désert, à des kilomètres de toute habitation, il y avait un panneau indicateur métallique à une trentaine de mètres de moi. Parfois, un léger souffle de vent lui faisait émettre un petit bruissement. Un tout tout petit murmure. Mais là, c’était comme s’il remplissait tout le désert. Et du coup, on se rend compte de la grandeur du silence qu’il y a autour.

 

J’ai aussi pris une photo, en attendant. Je me suis rendu compte pour la première fois qu’il y avait un moteur dans mon appareil photo ! Probablement le stabilisateur d’image. Eh bien j’ai longtemps attendu le passage d’une machine agricole, avant que l’appareil s’éteigne automatiquement (en faisant un plus gros bruit); le silence qui a suivi m’a fait comprendre que ce son provenait de l’appareil dans ma main ! 

 

Tout ça pour dire (mon dieu qu’est-ce que je suis bavard) que j’ai été frappé par le bruit à Mexico. Il y a tellement de pistes sonores dans la table de mixage de mes oreilles que ça parait impossible de les cerner toutes. J’ai essayé, mais il restait comme une part d’un brouhaha que je ne pouvais pas identifier, que je ne pouvais même pas qualifier de grave ou aigu, de mécanique ou d’humain, juste un remplissage indéfinissable, impalpable. Depuis le restaurant de l’auberge de jeunesse, y a les gens qui parlent, les frigos, les bruits de vaisselle, une musique puissante, on entend les voitures qui passent, la musique amplifiée d’un spectacle de rue, les cloches de la cathédrale, un orgue de barbarie, des gens qui parlent en marchant dehors, la grosse caisse qui rythme une démonstration de danse tribale, les cris de marchands ambulants…

 

Je dois dire que la journée de montage que j’ai passée là n’était pas des plus agréables :) 

Tiens, où est mon ordinateur?

 

Premier aperçu des Etats-Unis à Seattle. La gare des bus est assez sinistre. Vieux système, mal entretenue. On se croirait dans un pays d’Europe de l’Est il y a quinze ans. Je suis surpris de constater que toutes les indications sont en anglais et en espagnol. Je pense à la Belgique, où le bilinguisme semble tellement douloureux en-dehors de Bruxelles, alors que le pays compte deux et même trois langues officielles. La salle d’attente est très animée malgré l’heure tardive, et la file pour mon bus en correspondance va jusque dans la rue. Mais tout le monde y trouve place quand il arrive enfin. Il y a tous les âges, toutes les classes (en tous cas à en juger par les vêtements, qui vont du carrément pouilleux au tiré à quatre épingles), toutes les couleurs de peau. Une fois installé dans le bus, tout ce melting pot est étrangement silencieux, les gens sont distants les uns avec les autres, comme pour se préserver un espace vital virtuel malgré la proximité physique.

 

Le matin, par contre, après une halte petit déj dans un snack au bord de la route, les gens commencent à discuter. Comme si la nuit passée ensemble à bord du même navire nous avait rapprochés. Nous sommes entrés au Montana, et les paysages sont magnifiques. De grandes vallées de cônifères, on croise régulièrement la voie ferrée qui serpentent entre les collines, et sur laquelle circulent à vitesse réduite des trains de marchandises interminables, sortis d’un autre âge. C’est vraiment très beau. Je me sens bien. Moi, seul loin de chez moi, rien d’autre à penser autre que découvrir, juste vérifier que mon sac à dos suit bien dans la soute à bagages, et que j’ai ma caméra et mon ordinateur avec moi dans le bus. 

 

Tiens, au fait, où est mon ordinateur ? Petite sueur froide. Je vérifie à mes pieds. Dans le porte bagage. Encore à mes pieds. Encore dans le porte bagage. Je réfléchis très vite. Je me dis que c’est toujours comme ça, on se fait des frayeurs pour rien et puis on retrouve toujours ce qu’on cherche juste à côté. Eh bien là, non. Y a un post it virtuel attaché dans mon cerveau qui passe subitement devant mes yeux: « ne pas oublier l’ordinateur sur la chaise d’à côté »… Et merde. Je l’ai oublié dans le snack. Merde, merde. Je respire un grand coup. La fille assise derrière moi voit mon énervement et me demande si j’ai oublié quelque chose. Et de fil en aiguille, tout le bus est au courant et me suggère des solutions. On me prête un téléphone, quelqu’un me donne le numéro des rensigenements, quelqu’un d’autre se souvient du nom de la ville, un autre du nom du restaurant, et ainsi de suite. J’apprends avec soulagement que mon ordinateur est retrouvé et en de bonnes mains.

 

Arrivé à Missoula, la ville suivante, je m’arrange pour que le responsable du restaurant, qui l’a reçu d’un serveur, le confie à la pompe à essence toute proche, dont le tenancier devra le donner au chauffeur du bus du soir, qui devra le rapporter à Missoula, où je l’attendrai avec impatience, et surtout en croisant les doigts, parce que ça fait beaucoup d’intermédiaires ! Après une journée assez stressante à poireauter dans la ville (très belle, au demeurant), j’ai envie d’embrasser le chauffeur du bus du soir quand il fait apparaître mon ordinateur hors de son sac.

 

Arrivée du bus qui devrait avoir le laptop (son)

Films manqués à Fort McMurray

Le film que j’ai fait à Fort McMurray, j’ai presque honte de savoir que vous allez le voir, qu’il va passer sur TV5, et qu’il va être soumis à un jury de pros. Je n’ai pas eu de chance cette semaine. Peut-être pas d’énergie non plus.

Si habituellement, les gens qui viennent à Fort McMurray vivent de véritables success story, c’était loin d’être mon cas. Voici un petit aperçu des films que j’ai voulu y faire. Le thème imposé est « festin ».

Annie travaille dans un petit restaurant à Fort McMurray. Elle est Québécoise. Comme tant d’autres, elle est venue ici pour se faire de l’argent. Des salaires souvent deux fois plus élevés qu’ailleurs. La main d’oeuvre est une denrée valorisée, dans cette petite ville prospère du Nord ! Annie passe son temps à prendre les commandes. Hamburger du chef, hamburger spécial, hamburger frites. Ce n’est pas très varié. Mais Annie fait son job avec un sourire sincère. Elle rayonne. Le soir, supermarché. Que prépare-t-elle pour elle et son fils, après avoir servi des centaines de hamburgers ?

Annie vient de trouver un second job en soirée, et n’a plus une minute à me consacrer avant plusieurs jours.

Autour de Fort McMurray, il y a des « camps de travail ». Assez éloignés pour y faire loger les ouvriers. Et leur servir des bons petits plats pour qu’ils ne se sentent pas déprimés. Des sociétés se sont spécialisées dans la préparations de ces repas particuliers. Des cuisiniers travaillent sur place. J’aurais voulu faire le portrait de l’un d’eux.

Démarches entreprises pour autorisation, demande refusée.

Ce qu’il manque à Fort McMurray, ce sont des liens sociaux. Soucieux d’y palier, le conseil de la ville organise par exemple un grand petit déjeuner en plein air. Voilà l’occasion de filmer les gens du cru rassemblés autour d’un rare événement fédérateur.

Temps dégueulasse, presque personne ne vient, je filme un peu, amorphe, trempé, ça ne donne rien.

En revenant sous la pluie, deux Indiens m’accostent pour faire causette. A nouveau, des gens venus ici pour travailler et se faire beaucoup d’argent. Ils sont chouettes. Comme c’est samedi, ils vont au centre dans un bar à strip-teaseuses. Ils me proposent de les accompagner. Héhé, il semble que mon film soit enfin venu à moi, et de lui-même ! Je renonce à prendre le bus pour continuer à marcher avec eux et faire connaissance. 

Soudain, une voiture klaxonne, des potes à eux, ils s’engouffrent à l’intérieur, et je reste planté là tout seul sur le trottoir, j’ai juste droit à un petit signe d’au-revoir d’un des deux. 

Mike vient de Terre-Neuve. Il a tout plaqué pour créer sa propre affaire à Fort McMurray: un snack pizzeria. Concept très simple: quatre sortes de pizzas, coupées en quarts et attendant le client dans un présentoir, plus un frigo rempli de boissons, toutes à 1,25. Il n’a pas d’employé, il fait tout tout seul. Il se la joue un peu. Chaque fois il laisse le temps au client exprimer un «Euh… » devant le présentoir, avant de réciter fièrement les sortes de pizza et le tarif. Les affaires marchent très bien, les gens viennent en disant qu’ils raffolent de ses pizzas.

Je trouve ça cinématographique. Je recommande un quart, en observant comment son petit univers fonctionne. Je discute avec lui. Je suis sûr d’avoir enfin trouvé un super sujet. Je lui demande. C’est ok ! Ah, aujourd’hui ? Non, il ferme dans un quart d’heure pour aller voir ses enfants laissés au pays, il profite du long week-end.

Via via, je tombe sur Massoud, un comptable bien représentatif des success story de Fort McMurray, qui me recoit quelques heures avant mon bus de retour. Une fois chez lui, il me fait comprendre qu’il n’a pas beaucoup de temps à m’accorder. Et merde. Je lie la discussion avec la nourriture de manière plutôt pathétique.

Je sors de chez lui dépité, l’interview n’est même pas bonne, et je n’ai même pas d’autres images de lui. Allez, c’est trop bête, je retourne chez lui pour lui demander d’aller faire un tour en ville, pour prendre d’autres plans.

Il ne m’ouvre pas.

Deux heures avant le bus, je fais une ultime tentative dans un autre snack. Un Libanais. Il a ouvert il y a une quinzaine de jours. Francophone et tout. Super sympa. Lui aussi, ici pour faire fortune. Le sujet idéal. Je me dis que je vais me payer une nuit à l’hôtel, tant pis si c’est 200 $. Tout s’arrange ? Non, mon sujet ne veut pas parce que la déco n’est pas finie, mais il aurait adoré dans une dizaine de jours. J’insiste. No way.

Zou, le bus. Je me démerderai bien avec les images de Massoud ou du ptit déj sous la pluie.

Pas vraiment le pays de la Smart ou de la Twingo !