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Clôture à Montréal

 

Le lendemain du retour, dès tôt le matin : tournage de la dernière émission, en présence des Müvmédiens :-P

 

 

A Montréal, ça rigole pas…

 

L’heure n’est plus à faire de belles images :-P 

De gauche à droite, Sébastien, Marie-Michèle et Maxime. En attendant la poutine.

 

Chez Maxime. Les Européens tentent de comprendre quelque chose au hockey (avec peu de succès, malgré toute la bonne volonté de Maxime).

 

Pendant Müvmédia, j’ai perdu mille fois et retrouvé mille fois la protection de l’écran du Macbook. Je l’ai toujours et j’en suis fier. C’était un défi que je m’étais posé avant de démarrer. Mission accomplie.

 

J’aime beaucoup cette photo. Dommage que je l’ai prise avec mon ordinateur portable.

 

Le gala de clôture.

Le son du train américain

 

Il fait déjà noir à Kissimmee, près d’Orlando, où je vais prendre l’avion demain à l’aube. Je marche pour trouver un motel. Deux gros types assis à une terrasse m’interpellent et m’invitent à boire un verre. J’accepte. Ils sont  sympathiques et joyeux, ils vont aller voir un match de boxe. Ils sont des sujets de films à eux tout seul, et c’est eux qui sont venus à moi… C’est la première fois que ça m’arrive en plus de trois mois. C’est comme un pied de nez à toutes ces dernières semaines, pendant lesquelles j’ai dû me démener pour trouver quelque chose. Et là, voici un sujet sur un plateau d’argent. Mais c’est fini. Je les quitte sans ressentir la culpabilité de passer à côté d’un beau film. Je me sens très léger. Je marche dans la nuit. Je trouve un motel à trente dollars. J’entre à la réception. Je trouve que je me débrouille bien en anglais. C’est un peu irréel. J’accomplis plein d’automatismes en me rendant compte que je les fais pour la dernière fois. Chaque détail est un peu solennel. Je regarde un épisode de Desperate Housewives. Je vais à une pompe à essence pour acheter un hamburger et un petit déj pour demain matin. Je prends une douche. J’essaie de comprendre cet énième nouveau système pour régler la température de l’eau.

 

J’avance un peu dans mon blog. J’entends au loin le son si typique du klaxon d’un train de marchandises. Je n’en ai jamais parlé ici, mais ça aura vraiment constitué un leitmotiv sonore de mon voyage en Amérique. Un son terriblement dramatique que je ne connaissais qu’à travers des films. Ces derniers mois, je l’ai entendu à maintes reprises dans des endroits très divers. Un son faible mais très présent. Qui dure assez longtemps, les trains roulant particulièrement lentement comparé à l’Europe. Je ne sais pas pourquoi ils klaxonnent tout le temps, ici. Et là, je me sens irrésistiblement attiré par ce train. Je sors de la chambre et je rejoins le passage à niveau tout près du motel. Cette fois-ci, je veux voir le train de tout près. Le sentir, l’entendre. Je veux boucler la boucle. Je sors mon téléphone portable pour enregistrer ce son.

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Ca a la qualité que ça a, mais je trouve ça beau. C’est le son de mes derniers moments de solitude !

 

 

Je rentre dans ma chambre. J’éteins l’ordinateur. Je choisis un des deux lits doubles. J’éteins la lampe. Demain, Montréal, je retrouve tout le monde.

Fin !

 

Thomas revient de Belgique le dernier jour de la semaine. Il vient d’emménager dans LA tour à appartements branchée de Miami Beach. Après lui avoir téléphoné, c’est comme si j’étais déjà un peu rentré. Je manque d’ailleurs de me faire écraser sur un passage pour piétons, car, me sentant chez moi, je force ma priorité, comme en Belgique (sauf qu’ici, il faut plus qu’un simple piéton pour faire ralentir un automobiliste). 

 

On ne dirait pas comme ça vu l'ameublement plutôt sobre, mais Thomas poursuit une brillante carrière à Miami.

 

C’est donc chez Thomas que je passe ma dernière nuit de montage. C’est un peu irréel. Je sens que mon corps sent que c’est la fin et qu’il puise dans ses dernières ressources, prêt à me lâcher; je suis chez un ami belge mais dans un appart avec vue fantastique sur Miami Downtow; je travaille à terre, couché sur l’épaisse moquette, car Thomas n’a pas encore un seul meuble. Tout est bizarre. Je me surprends même à faire une pause pour aller tranquillement au resto avec lui, alors qu’en d’autres temps, je me serais à peine autorisé à aller acheter un chocolat à un distributeur. Dire que dans quelques heures j’aurai tout fini !!

 

 

La nuit passe vite. Onze heures le matin, heure de la dead line. Mon fichier est envoyé. Comme chaque fois David (de la production) est sur Skype et accuse bonne réception, et demande des nouvelles. C’est agréable. Surtout que là, c’est fini. Fini ! En l’espace de quelques instants, la situation ultra tendue de fin de montage a fait place à une situation de vide vertigineux. Voilà. Ca y est. Je suis toujours étendu au milieu de ce grand living vide et hyper lumineux, juste quelques caisses en carton, mon ordinateur et moi. Dehors, la vie post-Müvmédia bat son plein. Sans même me lever, je rampe jusqu’à une caisse vide, que je couche sur le côté. J’y rentre la tête et les épaules, et je m’y endors.

(Très) courte halte à Savannah

 

Plusieurs personnes m’ont recommandé Savannah (toujours en Géorgie) comme destination suivante. Mon plan est d’y aller deux ou trois jours dans un hôtel, pour entamer tranquillement le montage de mon film bilan, et continuer ensuite à mon aise jusque Miami, une destination à laquelle je pensais dès le début car un ami belge, Thomas, vient d’y emménager. 

 

Je débarque à Savannah en début de soirée. C’est une très belle ville, très verte, beaucoup de rues piétonnes, et de vieux arbres forment un toit dense et naturel au-dessus de nombreuses rues. Mais c’est très cher. Je me rends vite à l’évidence, je ne trouverai pas d’hôtel à prix abordable. Je fais des recherches sur internet, et le seul endroit que je peux me permettre n’est plus desservi par les bus à cette heure-ci. Que faire ? Une observation que Geoffrey avait faite il y a bien longtemps à Montréal me revient à l’esprit: le pass Greyhound, ça permet aussi d’avoir toujours un endroit où dormir… Bonne idée: à 1h du matin, je prends le bus pour Miami. Je dors comme un bébé.

 

 

Quatre sujets en un jour

 

Veille de la dead line, le matin. Je prends congé de Jacob. J’ai toujours pas de sujet. Il me dépose à un café/sandwicherie que quelqu’un sur Couchsurfing m’a recommandé. Le gérant est aussi un prêtre apparemment assez conservateur. Faute de mieux, ça pourrait faire un sujet. J’observe l’homme en question en prenant un café. Je finis par l’interpeller et lui raconter. Il m’apprend qu’il n’est plus prêtre. Mais je le trouve quand même intéressant. On se donne rendez-vous dans l’après-midi.

 

 

Vu le temps qu’il me reste, il va falloir la jouer stratégique. Je m’installe dans l’hôtel le moins cher du centre, et je vais demander au centre de tourisme s’ils n’ont pas un sujet pour moi - pourquoi pas ?! :-) (Bon, c’est vrai, je suis tombé bien bas !)

 

La préposée n’est pas trop inspirée, mais me fait une projection privée du film de présentation de la ville dans l’impressionnante salle audio-visuelle du centre. C’est assez incroyable, de telles installations pour une si petite ville. Faut dire qu’il faut déployer les grands moyens si le but est vraiment d’attirer des touristes ici… Le film est tout aussi incroyable. Super bien léché, comprenant des plans avec des mouvements de grue, des travellings… Des interviews de commerçants, d’habitants. Macon comporte pas moins de trois night clubs, ce qui en fait… une capitale sensationnelle de la musique pour toute la région ! J’en passe des pires et des meilleures. Le slogan final, c’est le pompon : “On ne sait pas pourquoi, mais il y a quelque chose à Macon qui fait qu’on a toujours envie de revenir… c’est peut-être quelque chose dans l’eau.” Si il y a bien une chose dont je suis sûr, c’est que moi je ne suis pas prêt de revenir, eau magique ou pas. (Et j’espère ne jamais devoir faire de films touristiques pareils.  “C’est peut-être quelque chose dans l’eau”… C’est triste de tomber si bas). A un moment je pense même en faire mon film : une parodie de leur publicité touristique. Mais tous comptes faits, je ne pourrais pas faire plus parodique que ça.

 

Les jours précédents, j’avais vu un établissement de voyance extra-lucide. Je trouve ça plutôt original, et je me lance, je vais demander à Michelle, la voyante, si je ne pourrais pas faire son portrait. Très gentille, très accueillante, un peu mystérieuse, un peu timide, je la sens très bien ! Elle me dit de revenir un peu plus tard quand elle saura si elle doit garder ses enfants ou pas. Je suis emballé par ce sujet et je décide de laisser tomber Scott, de la sandwicherie. Je prépare des questions par écrit, ça va faire un film du tonnerre. Mais quand je reviens, la réponse est non. Bon, retour vers la sandwicherie. 

 

C’est à ce moment qu’un gros noir m’interpelle de sa voiture garée au bord de la route. Il a repéré mon matériel et est très curieux de savoir ce que je fais. Je lui explique, lui demande des pistes pour mon thème. Il me dit que c’est tout trouvé, qu’il est producteur, dans le domaine de la musique et de soirées. Il gagne beaucoup d’argent, mais il a fait des gosses à des tas de filles, et ça lui coûte une fortune. Là, il va en faire la tournée. C’est un super sujet, mais je ne le réalise pas tout de suite. Je lui dis non, peut-être parce que je n’ai pas envie d’avoir l’impression qu’il me force la main. Je prends son numéro de téléphone au cas où. 

 

En continuant à marcher vers la sandwicherie, je me dis que je viens de renoncer à un très bon sujet. Je fais demi-tour pour retrouver mon homme. Il n’est plus là. Heureusement, j’ai son téléphone. Je cherche un cabine, je ne trouve pas. Je fonce à l’hôtel. Je téléphone… mais je tombe sur quelqu’un d’autre, j’ai mal noté le numéro. 

 

Bon… Cette fois-ci ce sera vraiment la sandwicherie. Ca va dans tous les sens, aujourd’hui… Et dire que dans quelques heures, je dois déjà commencer le montage… Pas mal, pour la dernière étape !

 

Je filme Scott. C’est un chouette type. Joshua Cup est un endroit convivial par excellence. Ambiance chaleureuse, et calme, bonne nourriture équilibrée, connexion internet gratuite. Public principalement étudiant. Scott discute régulièrement avec les clients, pour beaucoup d’entre eux, il est aussi un guide spirituel. 

 

Mais je termine mon tournage avec autre chose dans la tête: en filmant, j’ai rencontré un autre personnage du café, qui m’interpelle encore plus. Colleen. 

 

Colleen a une histoire triste et incroyable. Alors qu’elle était en train de faire une belle carrière à la base aérienne locale en tant qu’infographiste, elle a tout perdu. Son boulot, son argent, sa maison. Elle défend sa cause seule contre les quatorze avocats de ses anciens employeurs. Elle apprend le droit sur internet. C’est une fille droite et sensible, d’un courage sans pareil. Je me sens directement à l’aise avec elle, et elle m’ouvre son coeur et son histoire.

 

C’est ainsi qu’en fin de journée, je commence à l’interviewer. 

 

Si vous voulez en savoir plus sur son parcours (tellement abracadabrant que je me sens incapable de le résumer ici), vous pouvez lire son blog. Elle y a même parlé de notre rencontre (ici).

 

Je ne me suis jamais senti aussi utile dans mon “métier de documentariste”. C’est une sensation agréable. Mais c’est triste de devoir se limiter à quatre minutes… Or, je repars déjà demain. Je pourrais revenir après…

 

“Il y a quelque chose qui fait qu’on revient toujours à Macon”

 

 

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Et me voici en montage, dans ma chambre d’hôtel… Ponctué de plusieurs allers-retours vers la pompe à essence pas loin,  où j’achète d’horribles hot dogs à un dollar, des M&Ms, des pâtisseries industrielles. Je suis complètement saturé de cette nourriture, mais je ne veux plus perdre une minute. 

 

Une heure avant la dead line, je me rends compte que je n’arriverai pas à faire ce que j’ai en tête. J’ai longtemps cru que j’y arriverais, mais là, je vais devoir prendre plus de temps et sacrifier des points. Mais d’abord, quelques heures de sommeil. Je fais quand même à toute vitesse une version simple que j’envoie dans les temps, histoire d’avoir quand-même envoyé quelque chose si je n’arrive pas à en terminer une autre dans les douze heures.  Après quoi, je vais m’acheter un vrai repas à emporter, que je mange en regardant un épisode de Desperate Housewives sur le site d’ABC. Sur Skype, Anne me dit que je dois laisser tomber et aller dormir. David aussi. J’hésite. Plus envie de travailler. Je sens que je sature. Ca devient éprouvant, cette situation chaque semaine, chaque fois en pire, en fait. Je décide de dormir quelques heures, je mets mon réveil à 4h du matin. 

 

Lorsqu’il sonne, il y a une pluie et un orage terribles. Des éclairs toutes les cinq secondes. Je reste un long moment à contempler le spectacle par la fenêtre. Je regarde mon ordinateur, éteint. J’hésite. Je suis crevé, mais c’est un dernier effort à fournir pour Müvmédia, ça se termine tout doucement. Je ne voudrais pas regretter cette paresse plus tard. C’est marrant, un tel dilemme amplifié par cet orage énorme…

 

Je retourne dormir.