Archives pour novembre, 2008

Jogging à Grant Park

 

Je m’étais promis d’aller courir tous les jours pendant Müvmédia, mais je ne l’ai encore fait que quelques fois. Pourtant, qu’est-ce que ma journée est meilleure si je l’ai commencée par une demi-heure de footing. Quand je commence vraiment à déprimer parce que j’ai pas de sujet, ou que j’ai besoin d’un petit électrochoc pour me changer les idées, je vais courir. C’est ce que je fais ce matin à Grant Park.

 

YouTube Preview Image

Quand je vais courir, j’écoute de la musique, c’est beaucoup plus entraînant. En fait, toujours les quelques mêmes morceaux qui se trouvaient dans mon téléphone à mon départ. 

 

Connaissez-vous Antony and the Johnsons ? C’est une amie qui m’en avait parlé, j’avais téléchargé, mais pas du tout aimé à la première écoute. Je ne sais plus comment ces morceaux se sont retrouvés dans mon téléphone. Et là, je suis obligé de les écouter tout le temps puisque je n’ai qu’une dizaine de titres pour toute musique avec moi pendant Müvmédia. 

 

Eh bien, “Hope there’s someone”, … mais c’est un des plus beau morceaux au monde. Quand la fin, instrumentale, commence, j’ai chaque fois la gorge qui se noue. Même en courant.

 

Je vois les préparatifs pour la soirée électorale. C’est ici qu’aura lieu le meeting d’Obama ce mardi soir. Le cadre est superbe. L’air est très vif, léger. Les buldings qui bordent le parc sont majestueux. Et il règne ici une ambiance de nouvelle ère. Si Obama gagne, ce sera énorme. Je pense que je suis en train de courir dans un endroit et à un moment qui va probablement marquer l’Histoire. C’est vraiment the place to be, ici, en fait. La face du monde va changer à partir du discours qui sera prononcé ici. Je ne peux pas passer à côté pour mon film. Ce serait ridicule. Il ne me reste qu’à trouver une manière de combiner Obama et auberge espagnole… C’est pas gagné, mais je le sens. C’est trop énorme pour ne pas le faire. C’est peut-être l’endomorphine qui me gagne, mais tout me parait tellement évident. Je suis bien. 

 

 

 

 

Linda

 

J’apprends que Linda, la réceptionniste de l’auberge de Chicago, travaille là certaines nuits. Je décide de faire son portrait. Je pense que ça peut être intéressant de passer la nuit avec ce personnage que j’avais trouvé ambigu. 

 

Mais elle me prévient d’emblée, la nuit, il ne se passe rien. Qu’importe, pensè-je, le grand documentariste que je suis va capter ce rien de la nuit pour en faire un film :-D

 

Eh bien non, évidemment. Ca ne va pas. Je ne vois rien à filmer. Linda étudie un manuel de cours pour devenir hotel manager. Mais c’est tout. Juste à un moment, vers minuit, un groupe de quatre jeunes Sud-Américains débarquent tout contents d’avoir trouvé l’auberge. Mais Linda, sur un ton monocorde :

 

- I’m sorry, I don’t have male beds available. 

 

Celui des jeunes qui parle anglais attend que Linda continue. Linda répète.

 

- I don’t have male beds available.

- So…? 

- You keep asking me, but all I can say is that I don’t have male beds available.

- But we don’t have any place to go. Hotels are very expensive, here.

- Yes, I know. But I can’t do anything for you.

 

Silence. Le jeune homme garde son regard suppliant.

 

Linda soupire et descend de son tabouret. Elle prend une feuille dans un présentoir et la lui tend. C’est la liste des auberges les plus proches. Mais finalement, elle prend son téléphone et téléphone elle-même. Elle leur explique comment s’y rendre. Puis elle leur donne une carte de visite de l’auberge. 

 

- Call me if you get lost.

 

C’était une scène magnifique. Linda la dure, la sèche, qui d’un coup devient une vraie mère pour ces jeunes perdus dans la grande ville. Je l’adore. 

Mais… je ne filmais pas.

 

 

Linda… J’aurais aimé lui demander d’où elle vient, pourquoi elle porte des habits traditionnels africains (je n’ai vu personne d’autre le faire ici). Je suis partagé entre le fait de prendre les gens pour ce qu’ils sont au moment présent, ou m’intéresser à leur passé, leurs origines. Qu’est-ce qui serait le plus agréable pour elle ? Moi, j’aime exister pour ce que je suis là maintenant que pour d’où je viens ou mon background. C’est cool quand les gens s’intéressent à moi quand je leur parle de Müvmédia, mais je ne suis pas que Müvmédia ! Parfois, c’est comme si subitement les gens me regardaient différemment avant et après que je leur explique que je participe à une émission télé. Bon, c’est cool, bien sûr, mais je suis toujours la même personne. Suis-je insipide en-dehors du fait d’être un Müvmédien ? 

Bref, tout ça pour dire que :-) je ne pose pas de question à Linda sur ses vêtements, Linda n’est pas que ses vêtements, on doit déjà assez lui demander comme ça. 

 

Il ne se passe plus rien. Je m’endors presque, derrière ma caméra, en attendant qu’il se passe quelque chose. Je décide d’aller dormir.

 


Hostelling International Chicago

 

 

Les sujets ne manquent pas à l’auberge de Chicago. Même si Thomas, le directeur, me dit d’emblée que je ne peux pas passer à côté du sujet du moment: la soirée électorale à Grant Parks, à deux blocs de l’auberge, où Obama fera son apparition tryomphale (ou pas). (Bon, on sait que si, maintenant, désolé pour ce retard dans mon blog). Ce sera la veille de la dead line, mais ce sera quand même le sujet que je choisirai finalement.

 

C’est une très grande auberge, un beau bâtiment ancien. Elle compte 500 lits en haute saison. Le reste de l’année, les chambres des étages supérieurs sont louées à des étudiants. 

 

Outre la rencontre entre voyageurs de partout, sa vocation est une ouverture sur le monde pour les habitants de Chicago. “We bring the world to Chicago”.

 

Ainsi, des programmes sont proposés aux écoles secondaires pour s’immerger dans l’auberge. A force, je ne le réalise plus, mais une auberge de jeunesse est un formidable endroit de mixité internationale.

 

Chaque semaine, une classe secondaire de Chicago vient dormir, et préparer un repas gratuit pour les clients de l’auberge qui le désirent. Un repas traditionnel d’un pays étranger sur lequel la classe a travaillé. La Corée du Sud ce mardi. Les élèves doivent ainsi cuisiner, mais aussi préparer une présentation du pays, avec un powerpoint. Ils ont aussi des jeux pour se familiariser avec l’auberge et pour accoster des voyageurs. Par exemple: “trouver quelqu’un qui joue à la pétanque/qui parle trois langues/qui sait quelle est la capitale de l’Islande/etc.”

 

Pour les voyageurs dont je suis, c’est aussi une super opportunité de rencontrer des jeunes du coin. Dans ce contexte, c’est même eux qui sont censés venir à moi, c’est intéressant. 

 

Leur présentation de la Corée du Nord est aussi intéressante. Pas tant pour le contenu qui ressemble fort à un rapide copier/coller de Wikipedia, mais pour leur éloquence. Ces jeunes de seize ans s’expriment étonnamment bien en public. Tous les élèves de la classe parlent bien, fort, avec aisance. C’est loin d’être comme ça en Belgique. Par contre, je trouve que le contenu est fort simple et fort court pour des gens de cet âge-là.

 

J’en parle avec un Français juste après, qui avait exactement pensé la même chose.

 

L’auberge propose des activités gratuites pour les résidents. Ce sont des volontaires locaux qui proposent des sorties, comme, aujourd’hui, la Halloween Parade, où ils emmènent les intéressés.

 

    

 

Comme je suis là pour faire un film sur l’auberge, tant qu’à faire, je me laisse aussi tenter par un cours de salsa où un autre guide de l’auberge emmène les intéressés. Et, un autre jour, je me joins à une sortie dans un bar à tapas. Deux rencontres surprenantes ce soir là dans le groupe. On est une petite dizaine. Et j’en connais deux indirectement. D’abord, Nicole. Elle était à l’auberge de jeunesse de Montréal en même temps que nous les Müvmédiens ! (elle avait rencontré les autres.) Quelques minutes plus tard, je fais connaissance avec Sonia, une Belge. Elle travaille dans la petite entreprise familiale Ice Concept, près de Liège, pour qui j’avais fait une petite vidéo, il y a quelque mois. C’est pas nouveau, mais : que le monde est petit…

Chicago

 

 

 

Atterrissage à Chicago à la tombée du jour. Dans l’aéroport, de grands panneaux partout avec le slogan “We are glad that you are here”. C’est con, mais ça me fait plaisir. Je suis dans l’euphorie d’une nouvelle semaine qui commence. Je sais même déjà le film que je vais faire: celui sur l’auberge. Et je vais simplement me poster à l’accueil et filmer ce qui s’y passe. C’est très agréable de savoir que je vais pas devoir me creuser la tête. 

 

Arrive la douane. Je l’avais oubliée celle-là. Une très longue file d’attente. Puis un policier pas spécialement sympathique. Je comprends pas ses questions. Il parle dans sa barbe, et l’accent a l’air différent ici. Il dit sèchement qu’on va avoir un problème si on ne peut se comprendre. J’aimerais lui dire que le problème pourrait facilement être résolu s’il articulait un rien. 

 

Dans le métro, un type me pose une question que je ne comprends pas. Quand je lui demande de répéter une deuxième fois, il me tourne le dos avec un rictus et s’adresse à quelqu’un d’autre. Première constation sur Chicago, donc : vive la politesse.

 

Encore pareil à l’auberge. Une dame black en boubou est à l’accueil. Elle soupire quand je ne comprends pas les questions. Elle répète de manière condescendante, comme si j’étais un sous-homme. C’est désagréable.  Mais je constate vite que les gens n’en sont pas pour autant fondamentalement mauvais. :-) Elle me dit qu’elle aime bien mon prénom, et veut apprendre à le prononcer. Les jours suivants, elle me salue en français, “bonjour Jean-Baptiste”. 

 

Je ne sais pas si c’est la peur des inconnus, ou juste une carapace culturelle, mais d’autres rencontres confirment cette première impression. Les gens sont très, très froids au premier contact. Pas tous, évidemment. Mais souvent.

 

J’adore la ville. C’est ici qu’on trouve les plus premiers gratte-ciels. Ils ont un certain cachet. Ils sont témoins d’une autre époque, ou sont marqués par le temps, et cela confère du charme à l’ensemble. En plus, downtown, où est l’auberge, il y a le métro aérien et sa “loop”. Lui aussi très, très vieux, il fait un bruit de montagnes russes, un fracas impressionnant, on se demande si toute cette installation va tenir bon.  Les différentes lignes se rejoignent comme dans un rond-point, en formant une boucle qui emprunte les rues du centre. 

 

 

Le directeur de l’auberge m’invite à dîner. (J’avais hésité, mais j’ai donc bien fait d’aller me présenter formellement à son bureau pour lui expliquer le projet. :-P) Cet ancien businessman est impliqué dans l’auberge depuis sa création il y a quelques années. Il a été séduit par ce projet non lucratif, et développe au maximum les activités sociales dont je parlerai plus loin. En fait je ne connaissais pas encore la noble vocation des auberges de jeunesse HI.

 

Thomas, c’est son nom, m’apprend plein de choses sur l’architecture urbaine de Chicago (il est administrateur d’une organisation patrimoniale). Notamment sur les hésitations et tentatives des premiers architectes de gratte-ciels. Comment dessiner les façades de bâtiments alors au moins trois fois plus grands que leurs prédécesseurs ? Question qui nous semble naïve aujourd’hui, mais qui était fondamentale à l’époque. D’abord, ils ont créé des buildings avec trois looks différents, comme si on avait empilé trois immeubles traditionnels. Puis ça s’est affiné, ils ont veillé a avoir une base, un corps, et un sommet. Ensuite est arrivé le formalisme que l’on connaît: des parallélépipèdes parfaits. 

 

 

 

A droite, le Manhattan building. © Jeremy Atherton, 2006.

A droite, le Manhattan building. © Jeremy Atherton, 2006.

Center = centre commercial

 

J’avais oublié cette anecdote, il y a déjà plusieurs semaines, à un arrêt de bus à Fresno, en Californie. Je me renseigne auprès des gens qui attendent.

 

- Is it the good line to go to the city center ?

- I don’t know.

- Heu… The city center, Fresno ? 

- I don’t know, ask the driver when a bus comes.

 

Autre tentative:

 

- Is this line going to the center ? 

- To which center ? 

- Beh… The city center !

- I don’t know. Where is it ?

- ?! Beh… 

 

Soit les gens d’ici ne sont pas des lumières, soit il y a comme quelque chose qui m’échappe. Encore un essai:

 

- Is it the good line to go to the city center?

- I don’t know this center.

- ?!?!

We are in Fresno, right ?

- Yes.

- So where is the city center ? 

- I don’t know ! 

Is it downtown ?

- … (Aaaaaaaah, ok !!!) 

Yes !! I want to go DOWNTOWN !

- Yes, that’s the line.

- (Alleluia)

 

Y avait comme quelque chose qui m’échappait.

Comme quoi, j’améliore mon anglais tous les jours.