Archives pour septembre, 2008

To whom it may concern

I’d like to write a message in English for once. I realize I refer to this website to the people I meet, but most of them can’t read any French! So you may want to know everything’s going fine for me, I’m meeting many kinds of interesting people, I’m seeing wonderful landscapes, I’m having great times.

Such a travel could not be a nice experience without the people met on the road. They are actually the main characters of the adventure. 

Muvmedia promotes a very nice social way of travelling. The duty of making documentaries keeps me meeting people, much more than during an ordinary travel, or when being in Brussels. And I have to say all those meetings open my mind. I didn’t know it was possible to open the eyes as wide… 

Actually I didn’t expect to find so much generosity on my way, everyone offering something different. A nice talk, a couch, a meal, an idea of destination, an advice for meeting someone, a personnal story,  an emotion. Thank you all for all that. Take care and please let me know about you.

Tiens, où est mon ordinateur?

 

Premier aperçu des Etats-Unis à Seattle. La gare des bus est assez sinistre. Vieux système, mal entretenue. On se croirait dans un pays d’Europe de l’Est il y a quinze ans. Je suis surpris de constater que toutes les indications sont en anglais et en espagnol. Je pense à la Belgique, où le bilinguisme semble tellement douloureux en-dehors de Bruxelles, alors que le pays compte deux et même trois langues officielles. La salle d’attente est très animée malgré l’heure tardive, et la file pour mon bus en correspondance va jusque dans la rue. Mais tout le monde y trouve place quand il arrive enfin. Il y a tous les âges, toutes les classes (en tous cas à en juger par les vêtements, qui vont du carrément pouilleux au tiré à quatre épingles), toutes les couleurs de peau. Une fois installé dans le bus, tout ce melting pot est étrangement silencieux, les gens sont distants les uns avec les autres, comme pour se préserver un espace vital virtuel malgré la proximité physique.

 

Le matin, par contre, après une halte petit déj dans un snack au bord de la route, les gens commencent à discuter. Comme si la nuit passée ensemble à bord du même navire nous avait rapprochés. Nous sommes entrés au Montana, et les paysages sont magnifiques. De grandes vallées de cônifères, on croise régulièrement la voie ferrée qui serpentent entre les collines, et sur laquelle circulent à vitesse réduite des trains de marchandises interminables, sortis d’un autre âge. C’est vraiment très beau. Je me sens bien. Moi, seul loin de chez moi, rien d’autre à penser autre que découvrir, juste vérifier que mon sac à dos suit bien dans la soute à bagages, et que j’ai ma caméra et mon ordinateur avec moi dans le bus. 

 

Tiens, au fait, où est mon ordinateur ? Petite sueur froide. Je vérifie à mes pieds. Dans le porte bagage. Encore à mes pieds. Encore dans le porte bagage. Je réfléchis très vite. Je me dis que c’est toujours comme ça, on se fait des frayeurs pour rien et puis on retrouve toujours ce qu’on cherche juste à côté. Eh bien là, non. Y a un post it virtuel attaché dans mon cerveau qui passe subitement devant mes yeux: « ne pas oublier l’ordinateur sur la chaise d’à côté »… Et merde. Je l’ai oublié dans le snack. Merde, merde. Je respire un grand coup. La fille assise derrière moi voit mon énervement et me demande si j’ai oublié quelque chose. Et de fil en aiguille, tout le bus est au courant et me suggère des solutions. On me prête un téléphone, quelqu’un me donne le numéro des rensigenements, quelqu’un d’autre se souvient du nom de la ville, un autre du nom du restaurant, et ainsi de suite. J’apprends avec soulagement que mon ordinateur est retrouvé et en de bonnes mains.

 

Arrivé à Missoula, la ville suivante, je m’arrange pour que le responsable du restaurant, qui l’a reçu d’un serveur, le confie à la pompe à essence toute proche, dont le tenancier devra le donner au chauffeur du bus du soir, qui devra le rapporter à Missoula, où je l’attendrai avec impatience, et surtout en croisant les doigts, parce que ça fait beaucoup d’intermédiaires ! Après une journée assez stressante à poireauter dans la ville (très belle, au demeurant), j’ai envie d’embrasser le chauffeur du bus du soir quand il fait apparaître mon ordinateur hors de son sac.

 

Arrivée du bus qui devrait avoir le laptop (son)

I’m proud of you, guys!

 

- Here we go! I’m proud of you, guys. Good job.

 

Ca, c’est la chauffeuse du bus qui félicite sa quinzaine de passagers après la douane américaine. Je l’adore. Une dame forte, la cinquantaine, un large menton, de longs cheveux blonds en tresse. Chaque fois qu’elle prend le micro pour faire une annonce, je suis mort de rire. Par contre, les autres ne sourcillent même pas, on dirait qu’ils la trouvent idiote. Moi, elle me fait penser à Calamity Jane, comme dessinée dans Lucky Luke: rude et joviale.

 

Je l’observe dans le rétroviseur. Quand elle conduit, elle a l’air triste. Je me m’amuse à imaginer sa vie, alors que la nuit tombe. A-t-elle un mari, des enfants ? Qu’est-ce qui peut amener une femme à opter pour un job comme celui de chauffeur Greyhound ? Rouler de nuit, charger et décharger de lourds paquets (Greyhound est aussi un service de transport de colis, la soute est totalement rentabilisée, quand on n’ajoute pas une remorque supplémentaire). Ce qui me plairait, moi, dans ce métier, c’est justemment les annonces au micro. Et puis bien connaître les itiniéraires à force de les faire, et finir par connaître les tenanciers de chaque station service, etc. 

 

Cette femme m’apparait comme un roc inébranlable. Qu’est-ce qui pourrait lui faire perdre ses moyens, le déstabiliser, la révéler ? 

 

- Goddam, my keys! Shit! Shit! I forgot my keys in Bellingham!

 

Elle refait le tour de ses poches en rugissant. Elle tape du poing sur le volant. 

 

Elle passe alors une série de coups de fil avec son portable. La centrale Greyhound, l’endroit où elle pense les avoir oubliées, et… son fils, pour qu’il vienne la chercher au terminus. Bref, elle gère très bien la situation. Fidèle à l’image que je me faisais d’elle.

 

Mais elle est énervée. Elle se trompe même de route, ce qu’elle rattrappe au prix d’un impressionnant demi-tour subit, sur la route à quatre bande.

 

- Sorry, guys, crie-t-elle.

 

Je me dis que, finalement, ce genre de chose n’arrive pas si souvent, de perdre ses clés.

 

On est quand-même bien conçus, les êtres humains, pour ne pas oublier tout, partout, constamment. Ca reste exceptionnel. Je suis par exemple depuis plus de trois semaines en voyage, hors du train-train quotidien, et toute la logistique fonctionne comme une mécanique bien huilée.

(à suivre… vous me voyez venir?)

Même pas drôle

Après les aventures d’Andréanne et d’Alexis aux douanes anglaises, et après toutes les formalités que l’on a dû faire pour obtenir le visa de journaliste pour les Etats-Unis, je me disais que le passage chez Oncle Sam n’allait pas être simple. Eh bien si, pourtant. Bon, tous les passagers du car ont quand-même droit à leur petit interrogatoire avec tous leurs bagages. Et je fais quand-même attendre tout le bus parce que mon cas prend plus de temps, mais le douanier est très agréable. Il prend mes empreintes digitales, il me rajoute des beaux cachets dans mon passeport, il y agrafe même un petit trophée de journaliste, il me dit fièrement que je suis son tout premier client avec un i-visa (?). Il a l’air très intéressé par Müvmédia, il me demande si mes documentaires vont passer sur CBS aussi, parce qu’il aimerait bien les voir, et que de toutes façons on ne sait jamais, et bon voyage, et bonne chance avec mes projets !

J’ai même pas eu les problèmes annoncés pour mon matériel vidéo. Je pose mes sacs sur le tapis roulant de la machine à rayons X, à la sortie de laquelle la préposée me demande pourquoi j’attends. Apparemment, elle ne voyait même pas sur son écran que mon ordinateur était encore dans la machine…

Ben et alors, les Américains ? Qu’est-ce qui vous arrive ?

Comment se faire maudire

23h15. J’écris dans le bus Greyhound, j’attends qu’on démarre. J’ai à la fois très envie qu’on parte en retard, et très envie qu’on parte tout de suite.

Je m’explique. A l’arrêt de tram, en ville, un type baraqué, trainant d’énormes sacs derrière lui, me demande justement comment se rendre à la gare des bus. Il lâche un « tabarnak » à chaque fin de phrase (c’est un Québécois). Il est pas du genre raffiné. Je lui dis que j’y vais aussi, qu’on peut prendre le tram qui arrive juste pour un arrêt, puis qu’on doit marcher un bon quart d’heure. Oui, on n’a pas de temps à perdre (il s’avère que l’on prend le même bus vers Vancouver).

On monte dans le tram. Il démarre.

Merde, je me suis gourré, c’est le tram qui quitte la ville pour aller en périphérie, de l’autre côté du fleuve. Oups.

Ce serait bête de rater le dernier car de la journée. Il n’est pas content, le Québécois.

On descend au premier arrêt, histoire de prendre un tram en sens inverse. Il y en a un qui arrive justement. Vite, que je lui dis en courant.

Moi j’attrappe le tram. Lui pas. Oups.

Le suivant doit bien être vingt minutes plus tard. Il ne doit vraiment, vraiment pas être content :-) Le voilà largué bien loin de la gare Greyhound… Et c’est entièrement ma faute.

Là, j’ai attrappé le car, j’attends le départ. Lui, il n’arrive pas. Je lui en ai fait une bien bonne, à mon nouveau pote québécois, non ? J’aimerais vraiment qu’il arrive à temps. Sinon, il est condamné à passer la nuit à la rue. D’un autre côté, euh… S’il arrive à temps… il risque de ne pas être très gentil avec moi, tabarnak de tabarnak.

Là, on a démarré.

Désolé, man !