Archives pour août, 2008

Moral en dents de scie

Je suis de moins en moins content de mon projet de petit film. J’ai opté pour un regard « systémique » sur les flux de personnes dans Calgary. Une ville super riche, presque que de bureaux, qui est envahie tous les matins par les travailleurs… et par des centaines de sans-abris. C’est incroyable. Dans certaines artères, il y en a autant que de gens « avec-abris ». Deux communautés qui ne se partagent rien, sauf le même espace.

Bref, de plus en plus, je me dis qu’on va me reprocher de ne pas avoir suivi une personne en particulier. Surtout que c’est le premier truc que le jury va voir de moi.

Et parfois non, je me dis que c’est original. Mais en tous cas, je m’y prends mal et je n’arrive pas à en sortir: je passe tout mon temps à ça, je ne fais rien d’autre que de me lever à l’aube, marcher toute la journée et rentrer crevé.

Je me rends chez mon troisième et dernier hébergeur à Calgary: une famille en banlieue. Je suis à l’avance, et je m’assieds au bord d’un parking de centre commercial. Je réalise je suis à trente kilomètres du centre, toujours en pleine ville, dans un quartier qui porte le nom du centre commercial. En Amérique, c’est pas un clocher, qu’on trouve au milieu d’un quartier, mais un centre commercial. Peut-être que l’expression consacrée, ici, c’est « il faut remettre le centre commercial au milieu du village » ?

Débordant d'énergie

Mais ça me fout le blues. Si c’est ça, l’Amérique, eh bien c’est bon, j’ai compris, pas besoin d’y rester trois mois. Comment je vais faire pour trouver des sujets de films dans cette jungle uniformisée ?

Mais il m’en faut peu, pour le moment, pour passer d’un état démotivé à un état super positif.

Genre tomber sur une famille couch surfing qui m’accueille à bras ouverts.

Wendy, Charlie et Fraser sont débordants d’énergie, de sourires, de curiosité à mon égard. Ils m’emmènent au restaurant (les restos, c’est aussi dans les centre commerciaux, mais bon).

Ils m’expliquent tout sur le geo-caching qu’ils pratiquent avec passion. C’est un autre site web communautaire dont le but est de cacher des « trésors » un peu partout dans le monde, et laisser des indices sur le site. On regarde s’il y en a qui sont cachés à Gedinne, mon village en Belgique. Y en a trois ! Et je connais les lieux-dits décrits. Ca fait tout bizarre. Mon père adorera ça.

J’aurais vraiment aimé accepter leur proposition de faire une balade geo-caching avec eux, mais « c’est à l’aube que tout commence » tombe comme une sentence, et ce sera pour une autre fois.

Il faut vraiment que je m’organise mieux pour la suite. Trouver un sujet simple, petit, concret, chouette, le tourner en un jour maximum, le monter DE MANIERE SIMPLE en un autre jour maximum, privilégier les plans séquences de par exemple 3 min 45, et profiter du voyage ensuite, sinon, Müvmédia va devenir une corvée. Il faut que ça reste un plaisir, absolument. Voilà, je l’ai écrit, comme ça, c’est officiel, et je suis bien obligé de m’y tenir. Désolé de vous faire subir cette popote interne, mais merci de l’avoir accréditée par votre lecture :-D

Charlie, Wendy et Fraser

Charlie, Wendy et Fraser

Fraser s’en va à l’université de l’autre côté du Canada la semaine prochaine. Sa mère et lui sont allés acheter des webcams pour communiquer par Skype. Ca me fait rire, toutes les mères sont les mêmes par rapport à l’informatique. Je leur dis.

Chris: autre couch host sympathique. Calgary early morning: même chose

Chris

Me voilà donc levé à quatre heures du mat pour observer le réveil de la ville. Presque tous les jours de la semaine. Et ce après trois nuits dans le bus. Le lit et la chambre d’amis de Chris, mon nouveau couch host, sont super confortables, mais j’ai l’impression que les nuits n’y durent que dix minutes !

Faut des sous, pour étudier en Amérique du Nord

En première année en supérieur, j’avais un cours d’introduction à la macro-économie. J’y ai appris que l’on bénéficiait en Europe de l’”Etat providence”. C’est-à-dire que les gens paient des impôts, en échange de quoi ils bénéficient d’une couverture sociale. Un système qui se situe entre une économie de marché pure, et le communisme. J’avais réussi mon examen.

Mais j’ai seulement compris aujourd’hui ce que cela signifie vraiment.

Brayden est la première personne chez qui je vais dormir en tant que « couch surfer », le système qui permet de trouver à se loger chez l’habitant, via le site www.couchsurfing.com.

Il est étudiant. Il vit avec trois autres étudiants dans une petite maison non loin du centre de Calgary. Que font ces quatre étudiants pendant l’été ? Ils bossent dur. Très dur. Parce que les études, en Amérique du Nord, c’est pas pour rien. Et si on n’a pas de riches parents derrière, il faut vraiment être très motivé pour étudier. Et motivés, ils le sont, mes hôtes. Ici, 10.000 dollars, c’est un petit minerval (mot belge, c’est le montant annuel à payer à l’université pour y étudier). En Belgique, c’est 500 euros…

Et tout ça sans compter le prix vraiment excessif des logements à Calgary. Eh bien, partager deux jours la vie d’étudiants qui passent leur été en se demandant s’ils auront les ressources suffisantes pour continuer en septembre, ça fait me fait subitement mieux capter mon cours d’introduction à la macro-économie.

Brayden, qui m'héberge pour mes deux premières nuits à Calgary

Brayden

Brayden m’a gentiment mis sur la piste d’un sujet de film sur Calgary. Le thème étant « c’est à l’aube que tout commence », il m’a parlé des centaines de sans-abris qui rentrent dans la ville tous les matins.

Calgary

Lundi 18 août. Début officiel de Müvmédia. C’est l’aube. Anne, Sébastien et moi nous séparons dans la gare des bus de Calgary, ils doivent encore prendre une dernière correspondance. Moi, je m’arrête ici. Je traverse le grand hall, seul. D’un coup, ça fait bizarre. C’est pas vraiment le fait d’être seul qui me dérange, mais c’est l’idée que je vais l’être pendant trois mois. Je repense aussi aux autres Müvmédiens qu’on a quittés à Montréal.

Je sors de la gare des bus. Et… une photo s’avère nécessaire.

Calgary

Calgary

Si ça, c’est pas l’Amérique…

C’est quoi, comme viande, ton sous-marin ?

Un sandwich à la carte, mais alors, vraiment, à la carte, ça se trouve au Subway. Derrière le comptoir, une série de serveuses vous posent chacune une question. On défile de droite à gauche, de serveuse en serveuse. Le sandwich fait le même trajet, de l’autre côté du comptoir.

Je repère un sandwich végétarien sur le grand menu derrière les serveuses. Ca ne peut pas me faire de mal, je demande ça.

J’aurais jamais cru qu’un sandwich végétarien puisse être autant customizable.

- Un sandwich végétarien, s’il vous plait.

- Quel pain ?

- Ben…

- Italien, blanc, gris, miel, noix ?

- Blanc.

- Douze pouces ou six pouces ?

- Pardon ??

- Douze pouces ou six pouces, le pain ?

- Ah ! Euuuuh. Excusez-moi, je suis européen, dis-je avec un petit air gêné.

Elle me sort les deux modèles du four, je choisis le petit. (Pour info, cela fait plus ou moins un tiers de baguette.)

La serveuse suivante: - Grillé ?

- Pardon ?

- Grillé, le pain ?

- Ah oui, ok.

- Quel fromage ?

- Ben… j’ai demandé un végétarien… Je, euh…

- Chedar ou suisse ?

- Euh, ben, suisse, alors.

(Il semble que le fromage ne soit pas facultatif… De toute façon, pour ce qu’il a de saveur, ça ne change pas grand chose.)

La suivante: - Quels légumes ?

Je dis deux trois légumes qui me viennent à l’esprit. Elle a l’air étonnée que je n’en dise pas plus. En effet, y a presque rien sur mon sandwich… :-S Ce n’est que plus tard (trop tard) que je remarque qu’il y a une liste avec les légumes disponibles.

- Quelle sauce ?

- Euh.

- Mayonnaise, ketchup, moutarde, (etc.).

- Mayonnaise.

- Sel, poivre ?

- Pardon ?

Elle soulève le sel et le poivre, pour me montrer (je dois vraiment passer pour un con).

- Ah non, merci.

- A emporter ou manger sur place ?

- A emporter !

(Et qu’on me foute la paix avec toutes ces questions.)

La suivante (c’est la dernière, mais pas la moindre). La caissière.

- C’est quelle viande, ton sous-marin ?

- Hein ?!

- C’est quelle viande ton sous-marin, reprend-elle en articulant bien.

Là, ce n’est pourtant ni un problème d’articulation, ni d’accent…

- Ben… j’ai pris un sandwich végétarien…

Au Subway, un sandwich, on appelle ça un sous-marin. Pourquoi pas une montgolfière ou un pédalo ? Je ne sais pas. Je sors de là encore éberlué par la dernière question, avec mon énorme pain, décoré d’une demi-rondelle de tomate et d’une feuille de salade pour toute garniture. Au moins j’ai de la chance d’avoir d’abord expérimenté le Subway au Québec, en français ! :-S Etats-Unis, here I come !