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16 Août 2008, Montréal

Les obligations remplies le voyage peut commencer.
Quelques degrés de liberté en plus ont un prix.
Tout pouvoir provient d’un pacte.

L’auberge de la jeunesse est derrière nous.
A. m’offre son hospitalité pour les prochaines nuits, ici, à Montréal. Je ne prends pas encore la route. C’est bon signe. D’habitude devant l’inconnu, la curiosité et la peur me font foncer tête baissée et je compose avec les maladresses qui en découlent. C’est la troisième fois que je suis à Montréal avec une caméra et je n’ai pas encore fait une seule image.

Mes premiers sujets sont difficiles d’accès, impénétrables. Il faudrait plus de temps pour avoir les autorisations. Peut-être que je n’y arriverai pas.

Réveil au soleil. Devant la rangée des livres de A., les entretiens de Bergman par Olivier Assayas et Stig Björkman. Je lis vite, j’entends sa voix, elle m’encourage et me donne envie de filmer.

A. a bon goût, c’est-à-dire raffiné, exigeant - tout a une violente nécessité.
Tout le contraire du bon goût bourgeois.

La veille, il m’a présenté à des amis, j’ai glané des informations sur le Mexique et l’histoire peu rassurante d’un vol à la tire assez violent ; en pleine rue, assailli et plaqué au sol par des bandits, dépossédé de tous ses sacs.

Avec A. qui ne boit plus d’alcool, nous avons conversé de la barrière que cette perversion met irrémédiablement entre le documentariste et son sujet. Le partage des fermentations locales scelle souvent les débuts d’une relation de confiance. Dans ma contrée, un homme qui ne boit pas est louche. Refuser le rouge râpeux ou la gnôle du coin attire la méfiance du producteur et l’âme du bougre se referme aussitôt

A., dit leur que tu es un ancien alcoolique. Ne surtout pas en faire un principe.

Court samedi soir :
Recherche de modèle pour deux films aux Etats-Unis : des corps perdus, l’image fonctionnelle, barbarie des archétypes modernes.

Une profonde tristesse. Puis l’envie de caresser une femme, une en particulier, puis un corps imaginaire fait de chair, d’images et du frottement d’un archer sur un violoncelle muet. Dehors, les voitures divinement régulières, comme le va et vient d’une respiration, comme le ressac de la mer.

Le polyptique américain s’esquisse peu à peu.