
Je tiens d’abord à vous présenter mes excuses pour ce long silence. Les dernières longueurs de ce voyage ont été très éprouvantes. J’avais lancé mes dernières forces dans ma bataille du rail, au Mexique, toujours sur le chemin des migrants. À peine après avoir terminer 3, je repartais à Arriaga, là, où je voulais prendre le train et revoir V.
Je partais affaibli, mal fichu, après une bronchite peut-être, avec de la fièvre et presque plus de voix.
Mais je voulais retourner sur les voies.
Je ne raconterai pas ici, en détail, tout ce travail auprès des migrants. Il y a trop à raconter et je pense maintenant, si muvmedia me l’accorde et m’aide, consacrer un blog sur ces quelques semaines et ce sujet.

Je retrouvai V. et un nouveau groupe de migrants. Dans ces refuges, le flot est continu. Ils s’arrêtent une nuit ou deux parfois plus longtemps lorsqu’ils sont blessés ou, comme C. qui, arrivée ici avec une hémorragie sévère, attend de se faire opérer avant de repartir.



Le jour de mon arrivé, un train partait que je ne pris pas. Je voulais passer un peu de temps avec ceux que j’allais suivre, avant de monter sur le train. Je devais savoir sur qui je pouvais compter, en qui je pouvais avoir confiance. Il y a toutes sortes d’hommes dans ces groupes et être dans le besoin ne fait pas surgir les meilleurs côté de l’homme.

Je passai du temps dans le refuge. Petit à petit je trouvai ma place, ce que j’étais venu faire là, la distance à laquelle on filme, on prend une photo. Le temps est l’éthique du documentaire. La maladie me fît rater le train d’après.




Je m’étais levé trop tôt, puis trop tard, car on ne sait jamais quand le train va partir et je devais jouer l’équilibriste entre ma santé et mon travail.
Raté donc, d’une heure. Mais le train sur cette portion ne peut pas rouler trop vite. Je sautai dans un bus. Je descendis une heure plus tard, après avoir vu le train au loin.

Zapathepec, un petit village loin de la voie ferrée. Un taxi m’emmenait à Reforma, village encore plus petit. J’attendais encore deux ou trois heures. Je m’endormis. Les voitures ralentissaient pour voir cet étranger, ce « guerro », dans un coin perdu où jamais un touriste ne vient. J’avais repéré, plus loin, des hommes qui de temps en temps sortaientdes broussailles pour regarder l’horizon. Lorsque le train se fît entendre au loin, je me joignis au groupe. Ils étaient plus d’une dizaine et avaient marché jusqu’ici pour éviter les vagues de contrôles qui avaient augmenté ces dernières semaines.
Le train arriva. Nous montâmes sans incident.

Je retrouvai beaucoup de migrants que j’avais connus au centre. Ils me firent la fête.
Ils y en avaient aussi beaucoup d’autres, des femmes, parfois enceintes et des enfants.

Six ou sept heures plus tard nous arrivions dans la nuit, à Ixtepec, pour la plupart sans incident, mais pas sans de grosses frayeurs.
Ils me dirent “au revoir” et ils disparurent comme des fantômes dans la nuit et dans la ville. Le plus dur étaient devant eux.

Plus tard à Mexico, je montai un film que je n’aime pas.

Alors voilà. Je n’avais aucune envie de partir.
Mais il me faut faire un dernier film au Canada.
Je suis revenu par Edmonton.
J’ai provoqué un accident de voiture dès le premier matin.
J’en ferai “1”
Cette fois une rage de dent finit le travail…


Je pensais finir en beauté vers l’Arctique, mais le réel et mon corps à bout de forces m’ont rappelé à l’ordre et m’ont conduit ici, à Nordegg.

Un petit chalet dans la forêt, près des montagnes, mes fidèles compagnes, ma source, mon territoire.

Je viens de terminer 1.

Je me ressource et pense beaucoup aux dernières semaines. Ce que j’ai appris de tous ceux que j’ai rencontrés. Ce que j’ai appris sur mon travail et puis évidemment sur ma vie, sur ce qui vient.
Il ne reste plus que quelques jours de voyage. Le temps de rentrer vers Montréal.
Pardon si ces lignes sont moins intenses, mais je dois redescendre doucement, faire des paliers de dépression.

Bien à vous