19 Novembre - Thunder Bay - L’insoutenable incommensurabilité du néant

 

Evidemment je suis vivant. Disons : pas cliniquement mort.
Pas d’ours. Je sais, à part ma maman chérie, tu es déçu de ne pas avoir la misère d’autrui à te mettre sous la dent au petit déjeuner. Hypocrite ! 
Aujourd’hui : Rien. Je monte. C’est merveilleux. Dehors il y a de la neige, 6 cm seulement, mais tenace. L et W sont affairés. Ils préparent l’envoi massif du nouveau “catalogue-guide” d’un réseau d’auberges, dont je tairai le nom, mon rôle n’est pas de faire de la publicité gratuite, car, müvmédois (pas dans la prise) par contrat, je suis sous la bienveillance de leurs concurrents directs, HI Hostel. Malgré leur gentillesse, il n’y a pas de raison puisque je paie la chambre alors qu’au HI je ne paie que ce que je casse.
Mais pourquoi me diras-tu, et cette question doit te ronger et t’empêcher de reprendre le cours de la vie insignifiante et presque sans joie que tu mènes comme tout le monde, parce qu’il faut bien, pour ce petit rien, la joie d’un enfant, le soir, quand tu rentres dans ta banlieue pavillonnaire ou ta cage à lapins, 1000 euros par mois - charges comprises, ivre de mauvais alcool et abruti de travail…  ou peut-être par goût de l’argent, du bon vin ou des vacances à Avoriaz, ce petit rien qui te fait lever le matin et te jette dans les embouteillages et les bureaux froids. Oui pourquoi, écrivais-je avant cette méchante digression, pourquoi s’obstiner à payer sa chambre dans un Backpa… une Auberge, plutôt que de se rendre dans celle qui est gratuite ?
Et bien saches qu’il n’y a pas, sur ce vaste monde, dont j’ai parcouru un petit bout, un lieu où j’ai mieux dormi.
Ici, dans cette chambre que mon hôte m’a attribuée, dès mon arrivée, sans même me demander mon avis parce qu’elle le connaissait… 

 

Il y a des lieux comme ça… Tiens, mon ami T.  par exemple - tu t’en fous, je le sais, fais semblant - eh bien, c’est la chambre d’invité de chez ma grand-mère. Ce sont ses Bras de Morphée à lui… et je trouve toujours ça attendrissant quand il se lève le matin comme s’il revenait au monde … 
La dernière fois que j’étais passé chez eux, il y a un peu plus d’un an, en revenant de Churchill (Manitoba) où je n’avais attrapé au sens propre comme au figuré, que des vents et la broncho-grippo-laryngo-métastasée qui va avec. C’est ici que j’ai guéri en un temps record.
Chez L et W c’est…  

 


Un voyage…

et je ne vous montre pas le bureau de L, où je travaille…

Il faudrait un certain nombre de pages pour en venir à bout.

Après ma dernière nuit blanche muvmédoise, j’ai fini très tôt ce matin L’Epilogue du polyptyque et… dois-je le rappeler… 

L’épilogue, du grec επι (epi) : à la fin et λογος (logos) : discours,

est, au théâtre classique, un discours récapitulatif à la fin d’une pièce.

 

Ce terme désigne en général une partie finale ajoutée, comme de surcroît, à un discours, à un ouvrage, en lui-même complet. C’est l’opposé du prologue et, comme celui-ci sert souvent à présenter au lecteur les personnages avant l’action, l’épilogue peut être employé à faire connaître ce qu’ils deviendront, l’action accomplie. Dans ce cas, il semble, comme le prologue, accuser l’inexpérience de l’auteur et un travail insuffisant de composition. De même qu’une exposition savante révèle par l’action même ses personnages et ses circonstances, de même un dénouement habile devrait éclairer sur le sort des principaux intérêts engagés dans la lutte.

 

L’épilogue ne se conçoit donc guère comme une partie intégrante d’un ouvrage, discoursroman ou pièce de théâtre, et ne peut se confondre avec la péroraison, la conclusion ou le dénouement. Tout au plus peut-il être l’indication d’une suite du drame, de son lointain contrecoup. Mais le mot a également pris un sens plus large en désignant, dans les romans, un ultime chapitre où l’on apprend généralement des informations sans rapport direct avec l’intrigue.

Il est surtout un hors-d’œuvre, un adieu au public. La Fontaine, croyant avoir fini son œuvre des Fables au vie livre, prend congé du lecteur dans un charmant épilogue :

 

Bornons ici cette carrière,
Les longs ouvrages me font peur ;
Loin d’épuiser une matière,
On n’en doit prendre que la fleur…

 

Il ressemble à cette page

À suivre…


18 Novembre - Winnipeg Thunder bay - l’Insignifiant rien du vide

 

J’ai changé mes plans. Winnipeg, où je suis arrivé à l’aube, s’est montrée trop peu accueillante. Je n’y avais rencontré que des gens biens, l’année dernière. Mais là, à 5h30 du matin, cherchant une place pour travailler, dans un froid… mes amis! Ces déjections photographiques sont un véritable exploit physique. Il s’en fallait de peu que mes doigts ne restassent collés à l’appareil. Je me voyais déjà amputé des deux pieds… 
Ils n’ont tellement rien  à Winnipeg qu’ils exposent leur caillou en granit.

 

Et le monde continue à bavarder…

 

Comme même le Mc Do du centre de Winnipeg (La 8ème ville du Canada) n’a pas de connexion internet, (je veux dire…  même à Thermapolis au Wyoming ils l’ont) 
j’ai décidé de reprendre le bus pour Thunder Bay, où je connais bien les gérants d’une Auberge de jeunesse, au bord du Lac si Supérieur aux autres. Je vous les présenterai demain.
Et puis, comme tout artiste moderne sans talent et abruti par la fatigue, je me réfugie dans la mauvaise abstraction, dont je vais vous faire subir maintenant, l’insupportable présomption artistique.  Vous n’aviez qu’à dire que c’était beau quand ça l’était! (Évidemment je plaisante… j’essaie seulement de faire concurrence à d’autres jérémiades)

 

HAAAA! HA! HA! HA! 

Je me demande un moment si je ne vais pas m’arrêter à Kenora… et puis non…

 

pour votre plus grand bonheur, je reprends les routes de l’Ontario qu’ils agrandissent et je me dis que, vu la température, je n’aimerais pas être à leur place et que je fais un métier formidable.

 

 

Le bus me dépose au bord de la route, dans la nuit. L’auberge est à un kilomètre, une broutille me direz-vous pour mes jambes aguerries. Mais ici, c’est le Canada, le royaume des ours… Et là, il faut que je prenne une route au milieu de la forêt et, bordel, où ai-je foutu ma frontaleJ’arrive à mettre la main sur mon Bear Spray… mon rythme cardiaque connaît une baisse très relative. L’idée de devoir m’en servir ne me rassure pas beaucoup. Je prie pour qu’ils soient tous en train de dormir bien repus, pour plusieurs mois et qu’il n’y en ait pas un qui veuille se faire un steak tartare à la française en dessert, vu que c’est la saison. J’avance dans le noir. J’essaie de siffler… enfin de faire du bruit entre mes lèvres glacées… puis je me souviens que j’ai mon appareil photo dans la poche et je m’arme de son flash pour éclairer les coins sombres où, de temps en temps, j’entends la forêt, plus noire qu’une grotte, craquer. Je me dis que, quitte à me faire bouffer par un ours, vous ayez au moins une bonne dernière photo à vendre à Paris Match.

C’est beau non l’insignifiant vide du rien?

16 -17 Novembre - Canmore Regina - l’Insignifiant vide du rien

 

J’ai pris deux décisions:
L’une est de fournir ce blog des derniers instants de mon voyage et ça au moins une fois par jour… même si ce n’est pas intéressant et quitte à sacrifier l’intensité, juste par plaisir de vous montrer mon existence absolument sans intérêt.   (ce “vous” abstrait qui probablement ne renvoie qu’à ma petite famille, l’adorable et si gentille Mère Michelle, le type payé pour contrôler le site et peut-être celui qui a tapé “geoffrey boulangé”,  par erreur, en cherchant où se trouve le Pont de Varole) 
La deuxième, est de travailler la journée et de dormir tout en voyageant la nuit, dans les si confortables bus Greyhound, pour atteindre Montréal à petits pas.
Résultat, vous allez subir ici les déjections photographiques de mon existence vraiment pitoyable et sans intérêt… à moins que ne surgissent par moment de sublimes fulgurances ou bien quelques signes venus d’une autre dimension… 
Qui sait? 

 

Enfin, là c’est Canmore. Il fait froid et j’attends le bus…

 

pour arriver au matin à Regina. La ville la plus insignifiante du Canada… Ah si… pour moi, c’est l’endroit où il y a plus d’un an j’étais descendu du bus en promettant de la retrouver…  A.,  jeune femme japonaise, rencontrée en chemin.
Nous nous sommes retrouvés plusieurs jours plus tard sur Vancouver Island pour une semaine de rêve. Alors je suis là dans cette ville de rien et je me souviens… 

 

Le traversier… 

 

… et ce réveil à l’aube, sur les bords du Lac Kennedy
Deux colibris étaient venus nous saluer, puis un aigle plana longtemps au dessus du lac.
… ou était-ce ailleurs… Ah ! Seigneur! Il y a un an et déjà, les choses s’effacent, se mêlent, perdent en définition, mais j’ai filmé tout cela!… Oui!… Où sont les bandes… ou bienétait-ce un film que j’ai vu… un film Américain je crois…  King Vidor… 

 

Je suis là

 

Quand je sors pour fumer, voilà ce que je vois.
Et j’ai envie de chanter sur un air d’une chanson pop engagée,
tout en tapant dans les mains :
L’humanité, c’est cool.
L’humanité, c’est bien.

 

 

Et je monte mon Epilogue. Il faut montrer les lieux dans lequel on travaille… pour voir dans quel environnement poussent nos petit fruits…
Et je Skype un peu avec mon ami T. qui m’apprend que l’adaptation de Babylone Babies est ratée… voire aussi appétissante que le cheesburger que je n’ai pas réussi à finir.  Son doux parfum de toilettes publiques un dimanche matin, avait vaincu (20 culs, c’est pour les chiottes!) ma faim. Il paraît qu’ils ont même doublé, dans la version française, la voix de Toorpe avec un accent du 93. Probablement pour cibler un peu plus… et pour pour contrebalancer ainsi la réputation peu commerciale du polémique auteur. Que Dieu leur pardonne… moi pas.
Et puis je Skype avec DHAL, qui m’apprend qu’il se pourrait qu’il y ait eu des malversations fiscales… peut-être au sein même de l’équipe de tournage… 
Enfin…   il paraît, en tout cas, c’est ce qui se raconte…  qu’on aurait détourné de l’argent de müvmédia pour financer leurs orgies hebdomadaires. 
D’où leur décors “style récup” ! 
Bravo! Pendant qu’on crevait la dalle aux quatre coins du monde… 
et qu’on se tape des cheesburgers à la vache folle!

 

15 Novembre - Rats Nest Cave - Down in earth

… suite

 

Tout d’abord il faut marcher SUR la montagne, 

Suivre le guide, mon ami, D. 

Aujourd’hui deux couples ont fait appel à ses services, à son savoir.


Puis il faut entrer dans la montagne.

Incroyable univers. Un des environnements le plus oppressant que j’aie éprouvés, physiquement sans trop de difficultés, mais tant d’énergie pour maintenir son calme, lorsque, en file indienne, on se glisse dans des boyaux étroits à 30 ou 40 mètres sous des mégatonnes de roche et de terre.

Le guide devient un repère et un pilier qui maintient la sérénité.

Evidemment j’ai voulu ajouter à ma “collection” ces improbables baisers au fond du gouffre.

 

Lorsque l’on sort, tout ce qui nous entoure devient intense, les couleurs, les sons, les odeurs.
La privation est toujours un bon moyen pour redécouvrir ce à quoi l’on s’habitue et affûter la conscience aux riches nuances du monde.
Le rouge de cette combinaison m’apparaissait en sortant plus intense qu’un coquelicot dans un champ de blé vert. Pourtant… 

 

 

Le soir, je dormais à nouveau chez D. et V. dans leur humble demeure. Du thé, des bougies, des conversations passionnantes, des récits de leur voyage en Inde, Népal, Tibet, Pakistan… qui faisaient passer mes dernières semaines de voyage pour des sorties de club-med…  Depuis quelques jours , je ne pensais qu’au retour, à la fin du voyage,  mais ils me redonnèrent en quelques aventures l’envie de repartir… vers d’autres mondes.
Et au matin… 

 

 

V., déneigeant les devants de maisons et des propriétés vides, nous passions, D. et moi, une journée à partager nos différentes expériences de voyages, de créations.
Mais il faut que je parte. J’ai un continent à traverser… avec quelques arrêts tout de même.

À suivre…


15 Novembre - Ce matin - Exshaw

Finalement je suis resté à Canmore ou plus précisément à Exshaw chez mes amis D. et V. qui m’ont chaleureusement invité dans leur petite “maison” sur roues.

Une vue de mon lit au réveil

  

Petit kawa avant la grande aventure de la journée!

À suivre…

PS : Spéciales pensées à J. Boobs et S.