1er janvier 2009 - Conclusion

En dépit de son indifférence, elle fit un léger retour sur moi : je ne parlais pas bien et j’étais laid. 

_ Comme vous comprenez tout ça monsieur Raspe.
_ J’ai de l’amitié pour vous deux.
_ Oui, et nous aussi. Il vous estime, bien que…
_ Bien qu’il me trouve idiot, fis-je en riant.
_ Non, pas idiot. Mais il voudrait que vous soyez avec nous.
_ Bah j’y suis à ma manière. Chacun fait son affaire.
Je me levais.
Mais quelques jours après, les choses allaient plus mal, bien plus mal. Je rencontrai Joos. Sa figure se durçit. Je compris pourquoi.
_ Je vais voir Barbera, de temps en temps.
_ Je sais, vous faites bien.
_ Elle est malheureuse, mais qu’est ce que vous voulez?
_ Elle vous a fait des confidences.
_ Oh non, mais le chagrin lui sort.
_ Vous trouvez que je suis un salaud ? 
_ Pas du tout. Il n’y a aucune raison pour que vous étouffiez votre nature.
_ Mais je l’étouffe, elle.
_ Il faut bien que quelqu’un soit étouffé. Ou bien l’on s’étouffe, soi, ou bien on étouffe les autres.
Il ne regardait étonné et un peu vexé.
_Comment pouvez-vous comprendre tout cela, ainsi? Vous êtes un chrétien, vous êtes pour le sacrifice.
_ Je suis pour que se sacrifient ceux qui ont envie de se sacrifier. C’est tout, pas les autres.
_ Mais vous préférer ceux qui se sacrifient.
_ Non. Voyez vous, Joos, j’ai beaucoup appris ici, c’est pour ça que je suis revenu. Je comprends beaucoup mieux - je le comprenais déjà un peu avant - comment il y a si peu de gens pour embrasser la vie qui me fascinent. Il y a ceux qui sont pour la vie de tous les jours, ils ont leurs raisons, et je vois mieux les beautés de ces raisons, et les autres, les quelques autres, qui sont pour une autre vie, une vie qui ramasse tous les jours dans un seul jour.
_ Mais moi…
_ Vous, vous êtes entre les deux. Vous êtes penchés sur la vie quotidienne des hommes, sur leurs passions - et vous voulez vous en tenir là et qu’on s’en tienne là - et pourtant…
_ Pourtant?
_ Pourtant, et c’est ce qui vous rapproche de moi, vous vous efforcez de concentrer ces passions en une seule passion. Ce qui fait que finalement les jours des hommes ne feraient qu’un seul jour. Ce que je voudrais que chaque âme fasse, vous voudriez que toutes les âmes, fondues en une seules âme, le fassent. C’est un peu la même chose.
_ Un peu.
Je me disais que lui faisais trop de concessions, quand même. Certes, je croyais tout ce que je lui disais, il était le produit sincère de mon expérience à Hoeuvre, mais je croyais aussi autre chose, quelque chose de plus éloigné, de plus raffiné. 
_ C’est presque la même chose, et ce n’est pas du tout la même chose, ajoutais-je donc.
J’hésitai, mais j’étais un peu entraîné par mon éloquence. Il faut dire et c’est fort difficile à dire, c’est pourquoi tout ce récit est si inefficace, que je parlais encore un français difficile, raboteux : cela me gênait aussi beaucoup dans mes prêches. Entraîné, je continuais.
_ Je voudrais vous expliquer cela, Joos; je voudrais que vous me prêtiez un peu d’attention.
_ Allez-y.
_ Voilà, vous ne regardez que les hommes. Mois je regarde les hommes et la nature. Il n’y a que les hommes et que la nature, telle que nous la connaissons, dans l’univers… Il y a des forces, des vertus en nous, qui correspondent à des choses qui sont au-delà de nous. C’est cela qui m’intéresse, et je voulais voir si cela intéressait aussi quelques-uns parmis vous.
_ Quoi? Dieu? 
_ Bah, si le mot vous gêne, je n ‘y tiens pas du tout. Pas du tout, Joos, contrairement à ce que vous croyez. D’ailleurs, je m’exprime mal, malhabilement, car j’emploie encore ce vocabulaire religieux, qui vous effraie, non sans raison. Je dis : au-delà, ça vous effraie. Mais si je dis : en deça? Bah ça vous effraiera encore. Je veux dire pourtant ceci : Il y a en nous quelque chose que rien ne peut satisfaire, ni l’homme, ni la femme (et c’est pourquoi vous trompez Barbera, si vainement car vous la retrouverez chez les autres, en dépit de l’ivresse du changement, n’est ce pas?), ni le fer, ni le charbon, ni les arbres, ni les étoiles, ni Dieu (c’est pourquoi vous vous méfiez du mot, non sans raison). C’est cette insatisfaction qui m’intéresse. Or, quand… 
_ Bah, tout cela c’est de la folie, du délire. Bien sûr, il y a en nous de la folie. J’ai connu ça. C’est comme quand on se saoule et qu’on fait trop la noce, trop l’amour. Il faut repousser ça. Sans ça, c’est le désespoir. Non, il faut s’en tenir à ce qui est là, sous notre main, à ce qu’on peut réaliser.
_ Certes, on peut réaliser beaucoup.
_ Et plus on réalise, plus c’est merveilleux.
_ Certes, Joos, vous réalisez quelque chose.
Je m’égarai dans la rêverie.
_ Vous êtes entre un saint et un artiste une espèce d’homme. Comme Robert. Un saint ne peut être qu’un artiste.
Je restai bouche bée. Il me secoua la main avec inquiétude et mécontentement.
_ Qui est Robert ? Qu’est ce que vous me chantez? Je ne suis ni un saint ni un artiste. 
_ Vous êtes sur cette double voie. Quant à moi…
Je m’en allai un peu brusquement, le laissant dégoûté de moi, scandalisé.

 

 

Extrait de :  Mémoires de Dirk Raspe de Pierre Drieu La Rochelle  Gallimard

24 NOVEMBRE - MONTRÉAL - l’I.F.I part II

 

Le studio de tournage de l’émission est au 10ème étage d’un immeuble de la rue de Gaspé.
Ils appellent ça le loft. Du nom de l’émission qui passe à la même heure que celle-ci et qui connaît plus de succès que celle-ci. 
De ces larges fenêtres on voit la ville. Au pied, un couvent de carmélites. 
Lorsqu’on jette sa cigarette par la fenêtre, elle danse dans les tourbillons aériens et va s’écraser sans bruit dans le vague terrain.

 

Marc-Antoine a eu son entretien individuel avec Matthieu D.
Il n’est pas là aujourd’hui. Dommage.

Choses promises… une orgie de notes et de noteurs

Voilà pour ce qui est du plateau- je ne peux malheureusement pas tout vous montrer… je nepeux pas vous dévoiler la dernière et le vainqueur de müvmedia 2008! Allez un petit indice tout de même…

Il est parmis ces quatres candidats : 

Je reviendrai peut-être compléter après la sortie de l’émission.

Sinon, à Montréal, la vie reprend son cours à peu près normal.

Il y a des soirées entre amis.


Je prends plusieurs fois la même rue dans la semaine.
Je marche sans mon sac-à-dos
Je regarde des films :

_ The New World version longue… je vous en reparlerai… après la sortie de mon film 1
_ Rushmore pour se détendre
_ Bleu, Blanc, Rouge… de Kieslowski (c’est trois films pour ceux qui ont raté un épisode) 
_ The shootist de Don Siegle (l’occasion pour vous transférer vers l’excellent article de S.Miguel sur Cadrage : The Shootist sur Cadrage.net)
_ L’homme qui tua Liberty Valance


_ El dorado
_ All about lily Chou-Chou
_ Les Grands Pieds et Après tout, des courts métrages de fictions d’Alexis

Je vais à la grande bibliothèque de Montréal. Je lis à nouveau.

N., producteur, me propose du travail sur le prochain long métrage qu’il produit : faire le making off. Je n’ai jamais fais ça. Mais les échanges que j’ai eu avec N me laisse croire que cela sera très intéressant. Je rencontre la réalisatrice devant un lapin chasseur et avant d’avoir fini d’en sucer tous les os, j’ai pris ma décision. Un nouveau film, une transition plus douce qu’un retour en avion, à nouveau un désir intellectuel, une curiosité. Et puis je crois que j’ai encore envie de parler de cinéma… la fin arrive vraiment à grand pas. Il me reste quelques comptes à régler pour refermer définitivement la quatrième de couverture de cette aventure écrite. 

À ceux qui suivent encore : à suivre…

24 Novembre - Montréal - L’inutile fadeur de l’insipide

Dernière émission. Table “ronde” de müvmedois et l’occasion de remercier ceux que vous n’avez pas vu et qui ont beaucoup travaillé.

À la caméra Jeff

Au combo Guillaume - Pascal - Capucine 

Au pupitre : Matthieu                          Hé Alexis! T’as vu la vierge?

 

À la patience : Elise et Isabelle

Au voix : Bruno

À la surveillance : capucine

 

                                                         He Alexis! T’as vu la vierge?

 

Et un grand merci à toute l’équipe de plateau et des bancs de montage dont je n’ai pas les photos… vous ne perdez rien pour attendre!

 


22 Novembre - L’invariabilité stable de la constance

           LE RETOUR DU ROI

À Montréal, sains et saufs, nous jouons la fin de partie…

20 Novembre - On the road - L’incalculable nullité du zéro

Brave anonyme, 

Il y a peu de temps, Andréanne, pour qui j’ai beaucoup d’affection, a effacé le commentaire que j’avais déposé sur son blog. Il était plutôt gentil - je m’autocite de mémoire : «  Oui, tu as l’air sereine, tu es magnifique même, rien à voir avec les boudeuses figures du début… bravo…bien à toi…etc…etc… » outre la platitude consternante de ce commentaire, il n’y avait à mon sens rien de déshonnorant ou de blessant. Mais elle l’effaça, c’est son droit, en pretextant qu’elle n’aimait pas le mot « boudeuse » tout en me faisant remarquer, à justre titre, qu’elle était comme Dieu sur son blog.

 

J’ai pour la transcendance d’autres considérations, parfois un peu trop prononcées ou trop romantiques je l’avoue, qui m’empêchent de me considérer tel un dieu ou Dieu lui-même.
Disons que je serais plus comme le maître du jeu et en tant que maître du jeu, je décide des règles… Alors voilà une des règles : on peut écrire ce que l’on veut sur mon blog, des beautés, des bêtises, des blagues, des absurdités, des encouragements, des vulgarités et même des insultes  etc… mais pour rentrer dans la partie il faut qu’elles soient au minimum du second degré. 

 

Pourquoi ? Me diras-tu. Pourquoi cette incroyable intolérance pour le brave premier degré qui n’a fait de mal à personne et qui s’inflige à lui-même et depuis si longtemps de rester à son triste sort inférieur, auprès des braves gens, des simples d’esprits et, si l’on en croit l’audimat des chaînes de télévision, de la majorité du peuple? Pourquoi ne pas, moi aussi, lui offrir une petite place dans MES pages? Eh bien, c’est simple, brave anonyme : je suis le maître du jeu et je fais qu’est c’que j’veux. D’abord il n’y pas raison que je sois le seul à suer et puis le second degré se vend bien aussi en ce moment dans les classes moyennes. 

 

 

Des ours sodomites pourquoi pas… même si j’entrevois sans peine que le sujet n’arrivera que difficilement et au prix de beaucoup de travail au niveau requis pour participer et ne dépassera jamais le suivant… ou alors avec l’aide d’une vidéo pour les grimaces… peut-être avec l’insertion de l’adjectif “noir”, c’est toujours plus drôle quand il y a un noir, même si c’est un ours… Tu verras, ça marche, ça devient plus… là, ça peut même devenir allégorique… et l’allégorique c’est chic. Évidemment, ça dépend qui tu veux faire rire… enfin tu as le choix, ça marche aussi avec “blanc” ce coup-ci. Bon je m’arrête là, les ours sodomites ne méritent tout de même pas un développement plus en profondeur. 
Si tu es convaincu, je t’encourrage. Vas-y ! Retrousse les manches et au boulot. Allez tiens, si tu veux, tu peux même faire un petit film et je mettrai le lien sur une page, si cela peut aider. Mais souviens-toi : direct au second.

 

 

Tu me rétorqueras que d’autres commentaire pas du niveau requis figurent sur mon blog et qu’il y a donc une injustice. Je suis le maître du jeu et, si ces commentaires sont encore là, c’est par ce que ce sont ceux de mes amis et qu’en raison des innombrables fois où ils m’ont hébergé et du frigo et demi, en moyenne, que j’ai vidé chez eux, je leur offre une grâce ou deux. Alors si tu es l’un d’eux et que je ne t’ai pas reconnu - ce qui m’étonnerai fort - fais le moi vite savoir  (en y ajoutant la liste précise de ce que j’ai mangé chez toi pour que je puisse faire le ratio)

 

Ne le prends pas mal –  c’est une preuve d’amour que je te lance ici. Tu sais, comme lorsqu’on est dans un bus et qu’à côté de soi un jeune se détruit les tympans à grands coups de décibels …  si l’on aime vraiment les gens, alors il faut lui faire remarquer qu’il se fait du mal. Si l’on est fou d’amour, on lui lui arrache le casque des oreilles et on lui colle une trempe.

Sereine? Oui, magnifique même… et avec encore un peu d’humour? 

 

C’est un peu par amour que j’ai effacé ton commentaire, tout comme j’avais effacé celui d’un autre muvmédien qui, un jour d’égarement, avait, sans tact, souillé une lettre d’amour de quelques mots déplacés. La lettre était, certes, ouverte, comme aujourd’hui, mais ce n’est pas parce que Gutenberg et Bill Gates ont permis aux esprits, grands ou petits, de partager leur expériences, même intimes, qu’il faut gribouiller par dessus. Le monde regorge de commodités dont les murs sont encore vierges. 
En tout cas je te remercie, tu m’as offert l’occasion d’infliger cette page au reste du monde et peut-être pour l’éternité.

Mon Dieu que ce blog devient de plus en plus difficile à combler… 

Alors qu’au loin, derrière le défilement fantomatique des forêts enneigées, dorment paisiblement les ours sodomites sous le tendre sourire de la lune nouvelle, c’est ainsi que, dans le bus 1063 déchirant la nuit ontarienne à 80 kilomètres par heure,  je brûle ma dernière nuit de voyage tout en rêvant du prochain.

À suivre…