Archives pour septembre, 2008

6-10 Septembre Badlands et Black Hills Part II

Le lendemain.
Retour à Hermosa.
J. m’attend. Nous partons immédiatement avec Blacky et Star, direction : Les Black Hills. Je branche un micro sur J. et me harnache de ma caméra. Dès ma deuxième balade à cheval, je vais tenter de filmer à cheval. C’est chaotique mais j’adore… j’épargnerai à vos estomacs l’entière balade, je ne suis pas sûr que vous digéreriez facilement. Arrivés sur les crêtes, J. me livre un peu de sa vie. Expériences intimes du deuil et de la foi. Je lui dis que cela pourrait aider d’autres comme cela a pu m’aider de partager ce temps avec lui. Une balade à cheval dans la montagne est un moment intense, très émouvant et dans un certain sens méditatif. 

Ce sera 7 bis

Nous nous quittons en fin d’après midi. Malgré la fatigue je suis bouleversé par la beauté de ces moments et je décide de profiter de la 8ème merveille du monde que A. m’a prêtée, pour explorer dans les Badlands.

Je lui en suis infiniment reconnaissant. Je dois beaucoup à sa générosité. Malheureusement il travaille beaucoup en moment, il est hydrologiste et doit rendre un rapport titanesque concernant l’exploitation d’une mine d’uranium.

Dommage pour lui… du coup c’est moi qui fait vibrer la princesse haïtienne.

Petit fond d’écran?

 

De retour au QG de Rapid  City, je souhaite commencer le montage de 7 mais il semble que mon Mac et sa p. de caméra se font la gueule… pas moyen d’établir la communication malgré mon doctorat (honoris causa) de diplomate en communication de périphériques.  La dure vie d’un muvmedois reprend le dessus… DHAL refile lâchement le bébé à la Mère Michèle qui cherche toujours…

Mais là, tout de suite, je suis trop heureux et fatigué pour m’en soucier.. je réglerai le problème le lendemain grâce au généreux studio familial ASIO de Rapid City et leur caméra. Que Dieu les bénisse!

Bilan un film monté en moins de 18 h. Une caméra qui peut tourner mais pas numériser. Elle vient quand même avec moi au Wyoming, elle a bien mérité une dernière danse… le dernier plan qu’elle tournera avec moi sera d’ailleurs dans un cimetière de cow-boys, braqué sur mon nouveau acolyte Jim Peek.  J’écris son nom car ça ne doit pas être son vrai nom… c’est pas possible d’avoir un nom aussi classe.

 

video

Lettre

I.,

 

J’étais heureux de savoir que tu me lisais et que tu verrais bientôt les films.
Et puis je me suis rendu compte que tu étais là, depuis le début de ce voyage.
En fait, depuis notre « séparation », tu es toujours là.
Nous ne nous sommes pas vraiment séparés, n’est ce pas ? 
Est-ce que des gens se séparent ? Les corps oui… mais les êtres qui se sont aimés ?

J’ai vu un très beau film peu de temps avant de partir. Un film de Bellochio … une adaptation du Diable au Corps de Radiguet qui se passe en Italie, lors des procès des Brigades Rouges. Au début du film, il y a une scène sublime d’un procès. De nombreux accusés, hommes et femmes, dans une cage, écoutent sans vraiment écouter le déroulement administratif du procès. Il y a un couple qui se sait condamné à la prison, à la séparation et qui commence à faire l’amour, une dernière fois, au milieu des autres accusés qui les cachent. La justice les voit et veut les séparer, une voix hurle « Séparez les ! Séparez les ! ». La police cherche à rentrer dans la cage mais les autres accusés retiennent les portes et ce qui était prison devient rempart.

 

 

Tu te souviens, du poème de René Char… de l’épave au fond de la mer ?
Il me revient souvent, mais ce n’est pas la bonne image pour ce que tu es, pour moi.
Notre histoire est la fondation de tout ce que je vis depuis.
L’acte fondateur, l’impulsion initiale de ma nouvelle trajectoire.
Je ne pense plus  à toi comme je pouvais le faire, avec rage, folie, désir, espérance ou désespoir, mais tu es là, toujours. Parfois je parle de toi dans mes rencontres, lorsque la relation est assez intime pour que je livre cette partie de mon histoire.
Ce temps de ma vie est un temps fondateur. Il y a des temps comme cela, dans la vie de chacun.
J’ai rencontré un homme, il parlait souvent de deux temps, lorsqu’il était alcoolique et le temps d’après la mort de sa fille.
J’ai rencontré une femme, elle me parlait souvent du temps d’un voyage, en Amérique du Sud.
J’ai rencontré un vieil homme qui ne me parlait que du temps présent qui lui pesait et de sa mort à venir.
J’ai rencontré une femme qui m’a demandé de lui dire quelque chose, quelque chose de moi, que je ne dis pas à tout le monde – je lui ai parlé de notre temps.

Puis, dans ta lettre, cette dernière phrase. Impossible de savoir de quel sentiment elle venait.
Encore aujourd’hui je me demande. Je voudrais tant te voir et être près de toi à cet instant.

Je t’embrasse

G.

The Keek’s Buffalo Taco Meat Tap Dance

6-10 Septembre Badlands et Black Hills

Badlands et Black Hills

Sans J. donc, je suis parti vers Rapid City. J’étais en contact depuis un petit moment avec A., un couchsurfeur dont le profil me plaisait, un easy going et grimpeur. Je me disais que si j’avais le temps, j’en profiterais pour faire une journée d’escalade… mais la date butoir du prochain film s’approchait dangereusement et je n’avais toujours pas trouvé comment aborder concrètement le fXXXing thème : Dualité.

Arrivé à Rapid City, A. vient me chercher avec The Keeks, sa fille de 12 ans.

Aux premiers mots échangés je sais qu’on va bien s’entendre… Sa voiture, une Subaru, est encore plus pourrie que ma 106 et ceux qui connaissent mon bolide, vous diront que c’est chose rare. Plus pourrie et, en prime, un système automatique de ceinture de sécurité ubuesque que je jalouse encore.  Je  tombe immédiatement amoureux de ce tas de rouille motorisé où, sous le vitrail fragile du pare-brise blessé, la danse d’une princesse haïtienne épileptique me met en transe. 

 

La maison d’A est en travaux… il vient de l’acheter et prévoit de faire tomber des murs.
Son sous-sol où je choisi de dormir a été inondé il y a quelque mois et les murs en contre-plaqué avec des auréoles de moisi, tombent en charpie, on dirait du Bacon mélangé à du Soulages.
A. aime Schiele.
Je me sens à l’aise, cela me rappelle lorsque j’avais, il y a quelques années, vécu pendant trois mois, dans la cave de mes grands-parents.

 

A. et la mère de The Keeks ne vivent pas ensemble. Elle vit deux rues plus loin avec une autre vie de famille. The Keeks passe d’une maison à l’autre tous les deux jours. Ils n’étaient pas mariés. Ils n’ont pas divorcé. Ils ne sont pas allés au tribunal. J’ai vu une photo du couple et de Keeks lorsqu’elle avait un ou deux mois. Sa mère était une femme magnifique. Elle m’a fait penser à toi, Vio.

 

Le soir même, nous allons voir le Crazy Horse century’s blast. Crazy Horse c’était lui 

 

 

et il y a cent ans, le sculpteur Korczak Ziolkowski et Chief Henry Standing Bear ont décidé, à une dizaine de miles du Mount Rushmore, de tailler dans la montagne le grand Crazy Horse sur son cheval. 

 

 

 

 

 

 

Il y a des polémiques… évidemment… pour les indiens, ces montagnes sont sacrées… pour d’autres un monument histouristique… il y a la comparaison avec Mount Rushmore… bref… la soirée, c’est une vidéo projection de photos de l’histoire américaine avec des lasers… et de la mauvaise musique… genre  « We are proud to beAmerican »… puis les cent explosions ! Le son est époustouflant. Je l’utiliserai plus tard pour faire mon propre mémorial en utilisant une partie de l’immense et sublime travail de Edward S.Curtis – pour moi, le plus grand documentariste et photographe de l’histoire Américaine – Un mémorial vivant et violent à l’image de leur Histoire, avec un morceau de Rien, un talentueux groupe grenoblois, qui a utilisé dans ce morceau intitulé : ” il ne peut y avoir de prédiction sans avenir”, le prêche du Bien contre le Mal de Robert Mitchum (un métis d’Irlandais et d’Indien) dans La nuit du Chasseur. Au niveau dualité, j’avais ce qu’il me fallait… 

 


En Anglais faire un plan, ou faire une “picture” c’est : shoot… comme lorsqu’on tue quelqu’un avec un fusil. D’ailleurs l’ancêtre des caméras c’est le fusil d’Étienne-Jules Marey…

Je pense à Curtis, lorsqu’il prenait en photo ces indiens… à quoi pensait-il?

L’art est le frère de la guerre.

   

Northwestern University Library, Edward S. Curtis’s ‘The North American Indian’: the Photographic Images, 2001. 
http://memory.loc.gov/ammem/award98/ienhtml/curthome.html

 

 

Je n’aime pas beaucoup les mémoriaux. Rarement bons.
Il fait froid, la nuit, dans les Black Hills.
Ici, ils mesurent la température en degré Farenheit et j’ai toujours pas intégré la conversion… m’en foutais un peu jusque là, mais je vais commencer à regarder ça de plus près … ou bien descendre dans le sud vite fait…  là où les gens regardent la météo uniquement pour voir la pulpeuse présentatrice et le plus souvent sans le son. Ces nuages là, c’est ce qu’il reste de Gustav.

 

 

 

Le lendemain, nous allons, A., The Keeks et moi chez J. et E., un couple qui vit à Hermosa, 15 miles au sud de Rapid City. A. veut apprendre à monter un tipie. Il a déjà les poteaux et compte peut-être acheter la toile que J., passé la soixantaine, peine à monter seul.
Ils vivent dans une belle petite demeure, au bord d’un petit ruisseau, dans un petit vallon des Black Hills. 

 

 

 

 

Ils ont des chevaux et Keeks trépigne d’impatience pour faire une ballade… je dis trépigne mais, en fait, elle fait plutôt des claquettes… Lorsque The Keeks s’ennuie ou s’impatiente elle se met à faire des pas des claquettes sur place en fronçant les sourcils et ça marche plutôt bien pour faire bouger son monde… 

 

 

 

 

 

The Keeks grande classe.

 The Klass grande cleeks

… d’abord petit échauffement et mise au point technique…  (je ne suis pas monté sur un cheval depuis une chute traumatisante lorsque j’étais enfant…)

 

 

Une heure plus tard l’estomac rempli nous prenons le large, sur les plateaux et les crêtes des Black Hills. La pluie exacerbe les parfums de la prairie… la sauge est enivrante 

 

 

 

 

 

 

Journée sublime.

J’ai rendez vous le lendemain avec J. pour une entrevue et une longue balade à cheval…

 

J’écoute
Rien : il ne peut y avoir de prédiction sans avenir
Shannon Wright : Let in The Light
e
t A. qui joue Bob Dylan le soir sous le porche

4-5 Septembre Fargo’s poetry-Sioux Falls ’s adventure

 

Short step in Fargo
Only one hour
Atomic coffee
Here’s Nathaly
Short whisper
Between customer’s tic tac
Should I come back?

 

 

SIOUX FALLS

J. ma couchsurfeuse d’une chaleureuse gentillesse, jeune mère de trois petites filles. Divorcée. La plus belle couleur d’yeux que j’ai vu dans le réel.


 

Je lui ai demandé si elle aimait l’aventure.
Elle m’a dit oui.
Je lui ai dit…
un road trip ce week-end,
dans les Badlands,
le Crazy Horse Blast,
nous “couchsurferions” ensemble, 
nous rencontrerions des gens incroyables, 
je ferais mon film,
tu serais mon modèle.
Elle a réfléchi toute la journée…

 

… et m’a dit non… 

  … pour d’autres aventures…

 … Children’s Glory … 

… plaisante bourgeoisie de campagne … 

 

 

 

… je suis parti à l’aventure seul.