Archives pour août, 2008

17 Août 2008, Montréal

Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion.
Saint Augustin

Les idées se bousculent au réveil et je sais déjà que je vais les réaliser aujourd’hui.
Les idées que je ne réalise pas sont des fardeaux jusqu’au moment béni de l’oubli, du dégoût ou bien de l’indifférence.

Petit déjeuner de roi au MosaÏk avec A. et son colocataire D.H.
La lumière vive d’un soleil déjà haut fait ressortir les couleurs de l’assiette de fruits sur la nappe blanche.

J’écris FRAISE
et vous voyez rouge.

A. part dans l’après midi pour Londres. Nous évoquons les projets et déjà les souvenirs communs de notre relation vieille d’une semaine. Parfois j’ai l’impression que l’on se connait depuis longtemps, c’est peut-être parce que nous avons mené la même vie ces dernières années. Nous nous complaisons un moment dans notre humour de cimetière. D.H ne laisse pas sa part aux chiens.

D.H a un goût prononcé pour les posters de mauvais goût et pour l’ordre


Moi je goûte sa sérénité quelques minutes dont ces quelques centièmes de secondes

A. fait son paquetage

Fais attention à toi vieux frère.
Que Dieu te bénisse et guide tes pas

Je m’éclipse.

Scènes de dévotions à l’oratoire Saint Joseph.
L’une mystique, l’autre touristique.

Premiers plans enregistrés.

Je dors le soir même dans une autre colocation, rue Gilford. Une tente sur le toit, une vue incroyable sur les clochers de l’église Saint Stanislas, Saint patron de la Pologne qui aurait pris la défense de l’épouse infidèle d’un chevalier qui avait accompagné le roi dans sa campagne contre la Rus’ de Kiev. Le roi avait lourdement condamné cette femme alors que son mari lui avait pardonné. Pour avoir osé s’opposer à la justice royale, Boleslas condamne Stanislas à la peine de mort, de façon à faire un exemple et effrayer ses nombreux opposants.
Dixit Wikipedia

Je termine Le Journal d’un Homme Trompé de Drieu La Rochelle.

16 Août 2008, Montréal

Les obligations remplies le voyage peut commencer.
Quelques degrés de liberté en plus ont un prix.
Tout pouvoir provient d’un pacte.

L’auberge de la jeunesse est derrière nous.
A. m’offre son hospitalité pour les prochaines nuits, ici, à Montréal. Je ne prends pas encore la route. C’est bon signe. D’habitude devant l’inconnu, la curiosité et la peur me font foncer tête baissée et je compose avec les maladresses qui en découlent. C’est la troisième fois que je suis à Montréal avec une caméra et je n’ai pas encore fait une seule image.

Mes premiers sujets sont difficiles d’accès, impénétrables. Il faudrait plus de temps pour avoir les autorisations. Peut-être que je n’y arriverai pas.

Réveil au soleil. Devant la rangée des livres de A., les entretiens de Bergman par Olivier Assayas et Stig Björkman. Je lis vite, j’entends sa voix, elle m’encourage et me donne envie de filmer.

A. a bon goût, c’est-à-dire raffiné, exigeant - tout a une violente nécessité.
Tout le contraire du bon goût bourgeois.

La veille, il m’a présenté à des amis, j’ai glané des informations sur le Mexique et l’histoire peu rassurante d’un vol à la tire assez violent ; en pleine rue, assailli et plaqué au sol par des bandits, dépossédé de tous ses sacs.

Avec A. qui ne boit plus d’alcool, nous avons conversé de la barrière que cette perversion met irrémédiablement entre le documentariste et son sujet. Le partage des fermentations locales scelle souvent les débuts d’une relation de confiance. Dans ma contrée, un homme qui ne boit pas est louche. Refuser le rouge râpeux ou la gnôle du coin attire la méfiance du producteur et l’âme du bougre se referme aussitôt

A., dit leur que tu es un ancien alcoolique. Ne surtout pas en faire un principe.

Court samedi soir :
Recherche de modèle pour deux films aux Etats-Unis : des corps perdus, l’image fonctionnelle, barbarie des archétypes modernes.

Une profonde tristesse. Puis l’envie de caresser une femme, une en particulier, puis un corps imaginaire fait de chair, d’images et du frottement d’un archer sur un violoncelle muet. Dehors, les voitures divinement régulières, comme le va et vient d’une respiration, comme le ressac de la mer.

Le polyptique américain s’esquisse peu à peu.